Asilah : Les agents immobiliers dénoncent la concurrence déloyale

A l’instar des autres villes balnéaires, Asilah attire beaucoup de monde en été. Sa population de près de 30.000 habitants triple pendant cette période entraînant, logiquement, une forte demande en logements. Conséquence : les prix du loyer montent en flèche. Un contexte dont profitent plusieurs en s’initiant au métier de courtier informel. Originaires de différentes régions, ils sillonnent la ville, offrant leurs services aux passants. Leur lieu de prédilection demeure la gare ferroviaire et routière, où se concentrent une partie d’entre eux qui  n’hésitent pas à harceler les nouveaux venus dès qu’ils mettent les pieds à Asilah.
Les cinq agents immobiliers autorisés déclarent que «les estivants ont plus confiance dans les courtiers informels qu’à nous. Nous sommes à leurs yeux des personnes cupides qu’ils évitent de contacter. Pourtant, les courtiers informels demandent une commission dépassant les 20%, alors que celle-ci est fixée à 10% pour les agences immobilières». Un agent immobilier s’indigne de la concurrence des agents informels qui les condamne au chômage : «Je suis obligé de devenir un écrivain public, je rédige et je saisis des documents administratifs, pendant cette période, pour gagner ma vie !». Pour les agents immobiliers de la place, une chose est sûre :  ces courtiers informels représentent un danger face auquel il faut agir. «C’est pourquoi, nous avons jugé  urgent de nous unir pour en faire part aux autorités.
Les responsables ont estimé que c’est un problème social, puisque ce genre d’activité, bien qu’il soit illégal, il représente un métier saisonnier pour plusieurs jeunes au chômage», confie un autre agent immobilier. Et d’indiquer que «des vacanciers risquent le vol de leurs biens en recourant aux services de ces gens, dont la majorité s’adonne à l’alcool et à tout type de haschich et de comprimés psychotropes».
Les courtiers informels gagnent, selon les agents immobiliers, de 300 à 500 dirhams par jour. Ils connaissent pratiquement toutes les familles qui louent leurs maisons en été. «Certains d’entre eux sont insupportables et n’arrêtent pas à m’apporter des clients alors qu’ils savent d’ores et déjà que ma maison est occupée par d’autres locataires», confie une vieille dame qui a l’habitude de louer sa petite maison pendant l’été. 
Pour Abdeslam Fillaili, agent immobilier depuis le début des années 70, «nous faisions, il y a dix ans, de bons chiffres d’affaires en été. Les estivants venaient directement nous contacter et nous faisaient confiance. Nos agences ne se désemplissaient pas des bagages de nos clients. Actuellement, les courtiers informels se comptent par centaines. Même les fonctionnaires se convertissent en agents immobiliers, pour se faire de l’argent. Du coup, nous nous contentons, aujourd’hui, de l’achat et de la vente du foncier».   
Les estivants, eux, se plaignent non seulement de ces courtiers informels, mais aussi du comportement de quelques familles qui le pratiquent. «Elles demandent des loyers de plus en plus élevés pour un local inconfortable. Les meubles sont généralement dans un mauvais état et sentent la moisissure. C’est pourquoi, j’ai choisi de passer mes vacances en compagnie de ma femme et de mes deux enfants dans un hôtel 2* », explique un professeur universitaire.   
Par ailleurs, de nombreuses familles louent leurs maisons pour faire face à des dépenses notamment de la rentrée scolaire et des fêtes religieuses : Ramadan, Aïd El Kébir… «Plusieurs parviennent ainsi à offrir à leurs fils ou filles de belles cérémonies de mariage.
D’autres investissent ces revenus dans la rénovation ou la construction de leur résidence. Nombre de familles et surtout les veuves n’ont aucune source de revenu et vivent pratiquement de la location de leurs maisons pendant la période estivale», précise Saïda Massâoudi, jeune institutrice habitant l’ancienne médina. Et d’ajouter que «des familles partagent leur propre logement avec des locataires ou louent toute leur maison pour aller vivre sous des tentes ou sur les terrasses pour s’assurer un revenu pérenne».

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