Laâyoune : Ahmed El Khar : 14 ans dans les geôles du Polisario

Après des études primaires et secondaires dans la ville de Tan Tan, il rejoint le Polisario en 1974 en tant que commissaire militaire dont la mission principale était d’animer la propagande séparatiste parmi les tribus du Sahara occupé à cette époque par les Espagnols. Quelques mois plus tard, il prend part aux travaux du deuxième congrès du Polisario et qui a eu pour résultat l‘adoption des 16 principes de la «République sahraouie». Pour Ahmed El Khar, ce congrès est un tournant décisif qui a marqué la rupture entre les Polisariens acquis à Alger et les séparatistes affidés à la Libye et notamment au niveau du groupe des dirigeants.
«A cette époque j’étais naïf et jeune (19 ans). Je n’ai pas compris que le conflit opposait deux Etats», dit Ahmed El Khar qui a été chargé par El Ouali Mustapha Essayed de créer le premier noyau des camps de Tindouf. Deux mois plus tard, El Ouali a été limogé de ses fonctions parce qu’il n’avait pas voulu suivre la politique des Algériens allant jusqu’à considérer que le mouvement avait dévié de ses objectifs. «On a réussi à gagner la confiance de plusieurs personnes et tribus, chose qui n’était pas pour plaire aux Algériens qui m’ont jeté en prison le 25 mai 1975 avec quatre de mes collègues», se souvient M. El Khar qui affirme que ses ex-compagons d’armes sont devenus par la suite ses propres bourreaux jusqu’en 1988. «Nous avons été torturés et insultés quotidiennement. Chaque fois qu’il y avait des émeutes dans les camps, ils nous accusaient d’en être les instigateurs», ajoute-t-il.
Selon M. El Khar, entre 1982 et 1988, le conflit entre les dirigeants du Polisario avait atteint son paroxysme, chacun d’entre eux cherchant l’appui de sa tribu. Après l’avoir libéré, les Polisariens ont obligé Ahmed El Khar de préparer un programme radio en se servant des détenus de guerre marocains. Ce programme était dirigé contre le Royaume. Par la suite, il a été nommé vice-président de l’école de formation des cadres. «Mes parents qui résidaient en Europe, étaient malades. J’ai demandé à Mohamed Abdelaziz l’autorisation de leur rendre visite, en vain. Il m’a répondu qu’il n’a pas le droit de me délivrer cette autorisation et j ai compris que j’étais toujours considéré comme rebelle à leurs yeux», se rappelle Ahmed El Khar.
Quelque temps après, il s’est efforcé de chercher une solution pour s’évader de l’enfer des camps et il recourt aux services des trafiquants, chose qui a été très difficile vu qu’il a été toujours sous contrôle des services de renseignement du Polisario et des Algériens. En août 1994, moyennant la somme de 15000 dinars algériens versés à l’un des trafiquants, il arrive à s’échapper après une course-poursuite de près d’une heure où les milices du Polisario n’ont pas hésité à utiliser les armes. Trois jours d’errance en plein Sahara n’ont pas empêché sa détermination. Le quatrième jour, il franchissait les frontières mauritaniennes.
Ahmed El Khar ajoute qu’il était resté en Mauritanie en attendant que sa famille l’y rejoigne, chose qui n’a pas été facile. Quelques mois après, cette dernière a réussi également à fuir pour un ralliement au Maroc.
Aujourd’hui, M. El Khar vit avec sa famille à Laâyoune avec ses cinq enfants dont deux ont vu le jour dans les camps de Tindouf. Il préside une association locale dont le but est de défendre les détenus et les séquestrés des camps de Tindouf.

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