Mohamed Allal Sinaceur : «SM le Roi fait d’Oujda un des leviers du modernisme»

Mohamed Allal Sinaceur : «SM le Roi fait d’Oujda un des leviers du modernisme»

ALM : La Fondation Moulay Slimane vient de boucler ses dix ans d’activités au service de la médina d’Oujda. Peut-on dresser un bilan ?
Mohamed Allal Sinaceur : Notre Fondation s’est assignée comme tâche de contribuer par les moyens dont elle dispose, au rayonnement d’une ville millénaire, en revalorisant le cachet architectural local, en encourageant la création artistique et en favorisant les échanges des expériences culturelles. La Fondation a aussi mené des actions pour soutenir des initiatives ciblées se rapportant à la pérennisation de métiers traditionnels menacés de disparition. Elle fonctionne comme plate-forme regroupant des acteurs associatifs favorisant la mise en orbite du patrimoine local et de l’ouverture d’Oujda sur d’autres horizons. En somme, c’est tenter la difficile équation du spécifique qui se nourrit et alimente ce qui est en commun aux autres villes marocaines et méditerranéennes. Pour concrétiser ses desseins, la Fondation Moulay Slimane anime des programmes d’activités qui lui sont propres ou en partenariat avec des associations nationales et étrangères notamment italiennes. Elle a initié dans ce cadre des événements qui concourent à la consolidation d’un modèle architectural et urbanistique local pour qu’il serve d’exemple et soit généralisé sur un ensemble de quartiers de la médina. L’icône architecturale d’Oujda mérite une implication continue dans le temps et l’espace.

Cette action semble, cependant, se limiter à la médina au lieu de couvrir l’ensemble des quartiers de la ville ?
La médina d’Oujda jouit d’une symbolique qui lui est spécifique. En plus, notre association n’est ni un conseil élu ni une autorité impliquée dans le développement de la ville. On était obligé de limiter notre action à un espace réduit pour des raisons de commodité. Notre apport est d’éveiller les consciences et sensibiliser à l’importance du cachet local et de travailler dans le sens de rendre à la ville son lustre d’antan. La Fondation est attirée par la symbolique du nom de Moulay Slimane, un roi qui a donné à la ville sa dimension de ville ouverte sur son large espace géographique. Dimension qui n’a pas été prise en considération durant une certaine période et la ville n’avait pas bénéficié de soins particuliers.

Si cela était difficile par le passé, peut-on rectifier le tir de manière à rendre à la médina son rayonnement avec cette éclosion des modèles architecturaux ?
C’est possible, car Oujda était petite mais jolie et c’est ce paramètre civilisationnel et urbanistique qui a été omis pour longtemps. Elle était jolie. Elle ne l’est plus. Le phénomène démographique est évoqué en pare-feu, mais certaines villes du Maroc ont su garder des spécificités qu’on n’a pas pu conserver à Oujda. C’est de la responsabilité de ceux qui se sont mal occupés de la ville. Des ajustements commencent à être apportées grâce à SM Mohammed VI qui a fait d’Oujda un de ses chevaux de bataille et un des leviers du modernisme. Il ne cesse d’expliciter les contours de sa perception de l’urbanisme et du développement qui va avec. Il fallait faire sortir Oujda de son marasme et corriger toutes les agressions de couleurs, d’architecture chaotique, de matériaux incompatibles qui ont complètement altéré la ville.

Comment une Fondation culturelle peut-elle contribuer à la revalorisation d’un urbanisme menacé à un moment où l’on parle d’autres attentes ?
Le développement et le modernisme n’excluent pas la sauvegarde du patrimoine. Bien au contraire, il s’en inspire. Et lorsque nous avons focalisé notre action sur la médina, c’était dans le but de s’inscrire dans cette mouvance qui fait d’Oujda un espace spécifique mais ouvert sur ses alentours pluriels : berbère, arabe, andalou, africain et turque. Il fallait définir un petit modèle dans lequel on pouvait travailler. On a restauré un certain nombre de maisons à Derb Sania non pour les mettre à l’abri et les enfermer, mais pour qu’elles servent de repères architecturaux et affermir les rapports du bon voisinage pour consolider tout ce qui se rapporte à la bonne image de la ville. Les ressources naturelles de l’Oriental sont limitées d’où l’importance de miser sur le facteur humain. En somme, c’est développer nos moyens intellectuels pour ne pas être prisonniers dans nos limites géographiques.

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