Quand les petits marchands ambulants squattent les rues

Quand les petits marchands ambulants squattent les rues

Le travail des enfants est défini comme la participation d’une personne mineure à des activités économiques faisant partie d’une profession réservée aux adultes. Or, des enfants qui travaillent ou font du commerce sont légion. C’est un   phénomène à proportion mondiale. Des enfants qu’on croise à chaque rond-point et qui proposent des mouchoirs, des freshballs (diffuseur de parfum pour voiture),  ou autres gadgets. Même phénomène dans les stations de bus ou d’autocars, aux souks, sur les terrasses de cafés, où des produits bon marché sont proposés  à flot et à longueur de journée.
Ces  enfants sont forcés de travailler pour arrondir les revenus familiaux de fin du mois ou tout simplement se prendre en charge et tenter l’aventure commerciale dès un âge précoce. «Après le décés de mon père, j’ai quitté ma famille à l’âge de huit ans et j’ai du me débrouiller seul. Actuellement je possède l’une des meilleures terres agricoles de l’Oriental», se confie Saïd à ALM un exemple de réussite parmi tant d’autres. D’ailleurs plusieurs docteurs, pharmaciens  et avocats ont fait du commerce lorsqu’ils étaient au collège ou même à l’école primaire. Ils sont fiers de ce qu’ils ont fait. Seulement ils avancent que les temps ont changé et qu’il faut surtout accompagner les enfants commerçants pour les protéger des marchands avides de gain ou de mafieux rapaces qui les exploitent dans des activités illicites. En plus le revers de la médaille existe. Plusieurs enfants succombent aux diverses tentations. D’abord ils commencent à aimer l’argent et s’apprêtent à tout faire pour le procurer même au péril de leur honneur et fierté. D’autres prennent le chemin de la drogue puisque la vie est parsemée de dérapages et d’exploitations diverses. Plusieurs d’entre eux  ne retournent plus à l’école et se perdent entre les dédales de la vie. Ils  peuvent même finir leurs vies entre les quatre murs d’une geôle.
«Je viens de Tandite, région de Guercif, rapporte le jeune Imade (12 ans), j’ai loué avec mon grand frère une chambre avec des voisins. Lui, il est artisan peintre ; moi je fais du commerce, le matin. Je m’approvisionne chez un commerçant de la place et le soir on partage les gains. Les bénéfices varient entre 10 et 40 DH. Cela dépend des journées et de la demande».  Son camarade de place Mouhcine  gagne 100 DH par semaine. Il travaille chez le boutiquier d’en face. «L’avantage c’est que j’ai un parrain et que chaque jeudi soir je donne la paie à  ma mère», renchérit  l’enfant béni. 
De son côté Mohammed (17 ans) déclare : «un vendeur de cigarettes ne cache pas sa satisfaction du travail qu’il assume et de raconter avec la fierté d’un enfant qui subvient aux besoins de sa famille,  même s’il  préférait continuer ses études. Une fois le père malade j’ai dû quitter l’école pour assumer la responsabilité de l’aîné. La vente des cigarettes me procure des bénéfices qui varient entre 45 et 80 DH par jour. Je gagne 3,5 à 4 DH par paquet vendu au détail. Le bénéfice est de l’ordre de  2, 5 à 3 DH pour une vente d’un paquet complet».
De son côté Youness (11 ans) souligne : «moi je ne travaille que durant les vacances. Je suis un bon élève et je dois prouver que je suis un bon commerçant. Avec l’argent gagné j’achèterai ma fourniture scolaire et les espadrilles que j’aime. Je peux aussi avoir de l’argent de poche de coté que je confie à ma mère. Elle est mon trésorier mais qui peut l’utiliser en cas de besoin. Moi aussi j’aurais aimé partir en vacances. Mais à chacun son destin et je suis fier de ce que je fais. Je n’ai peur que des agents la police qui de temps à autre me prennent tout du moment que la vente des cigarettes n’est pas autorisée». Quant à Hamid, vendeur de boites de conserve,  il a refusé tout commentaire. Le regard était ailleurs et l’esprit on ne sait où. Il n’est pas le seul.
On peut regrouper les travaux assumés par les enfants en quatre catégories : travail dangereux, travail dégradant  ou  non légal et travail valorisant. La législation marocaine a connu d’importantes réformes en matière de travail des enfants. Ces dernières s’inspirent de deux accords de base adoptés par l’Organisation mondiale du travail, à savoir  les accords 137 et 172 qui sont ratifiés par le Maroc. Ces lois interdisent d’exploiter par le travail les mineurs âgés de moins de quinze ans tout en  prohibant les travaux dangereux pour les moins de dix-huit  ans. Elles  prévoient aussi  des sanctions contre les employeurs qui recruteraient des enfants âgés de moins de quinze ans. Des lois et des textes pour persuader plus d’un. Mais comment se comporter à l’égard de mineurs qui travaillent à leurs propres comptes ?
La stratégie nationale en la matière prône l’amélioration de l’éducation scolaire et des conditions de vie notamment,  en milieu rural. Elle stipule aussi   la sensibilisation des adultes aux méfaits du travail des enfants. N’est-il pas normal  d’offrir à l’ensemble des enfants l’opportunité de mener une vie  décente, d’étudier et de jouer comme ceux qui en ont les moyens, rappellent les plus sceptiques. N’est-il pas préférable d’oser le  risque que de rester sclérosé? «Ces enfants qui seront adultes dans quelques années risquent de se réfugier dans la débauche ou le crime s’ils n’arrivent pas à s’en sortir. Ils deviendront vulnérables car on les a privés du droit à l’initiative», a précisé Mamoun Alem, un cadre associatif.

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