Reportage : Le calvaire des passagers du transport en commun

Reportage : Le calvaire des passagers du transport en commun

Gare routière de Tanger, à trois jours de l’Aïd El Fitr. Des centaines de passagers y affluent depuis les premières heures du matin. Les guichets affichent complet pour certaines lignes. D’aucuns doivent donc attendre beaucoup de temps l’autocar qui doit les mener à destination. La plupart de ceux qui travaillent à Tanger mais qui sont originaires d’autres villes disent vivre un véritable calvaire à l’occasion de chaque fête religieuse. Puisqu’ils profitent de ces jours fériés pour rendre visite à leurs familles.  C’est le cas de Fouad Sedouki, 25 ans, employé dans un centre d’appel à Tanger. Il est venu à la gare routière depuis les premières heures du matin pour prendre le premier autocar à destination de Rabat. «J’ai beaucoup travaillé ces derniers temps pour qu’on m’autorise à voyager à Rabat quelques jours avant l’Aïd. Je souhaitais rompre le jeûne lors de la Nuit du Destin (26ème jour du Ramadan) en famille. Mais je ne suis arrivé, après plusieurs heures d’attente, qu’à acheter un ticket pour voyager dans un autocar à destination de Kénitra et dont le départ n’aura lieu que vers 16 heures», confie M. Sedouki avant de poursuivre, très déçu : «Je ne sais pas quand je vais arriver à Rabat, puisque nous allons marquer un arrêt dans une station pendant l’heure de la rupture du jeûne. Je crains d’attendre encore beaucoup avant d’arriver à destination».
La plupart des passagers ne sont pas satisfaits des services de la gare routière. Outre les retards, ils se disent obligés de supporter les mauvaises pratiques de quelques transporteurs. «J’ai dû payer pour le voyage Tanger- Casablanca alors que j’ai demandé au guichetier un billet pour Salé. Je suis en congé et c’est la première fois que je voyage seule pendant la période de fête», affirme Karima, originaire de Kénitra, 29 ans, et employée dans une société de câblage dans la zone franche de Tanger.
Laïla Fatmi, 36 ans, chef de chaîne dans une société de confection et originaire de Khémisset, a décidé de prendre quelques jours de congé pour pouvoir passer le jour de l’Aïd parmi sa famille. «Toutes ces foules et ce va-et-vient des courtiers me rappellent ce que j’ai enduré la veille et le jour de l’Aïd El Kébir de l’année dernière. J’ai passé toute la nuit à la gare routière et je n’ai pu voyagé que le lendemain. Alors que mes parents tenaient à voir toute la famille réunie pendant les fêtes religieuses et surtout le jour de l’Aïd El Kébir. Et je dois m’estimer heureuse de pouvoir prendre l’autocar après quelques heures d’attente seulement. Puisque le guichet affiche déjà complet pour la ligne Tanger-Khémisset pendant les jours de jeudi et vendredi».
Quelques passagers n’ont pas pu attendre plus longtemps et ont décidé de partir prendre le train. Comme c’est le cas de Abderrahim Badaoui, 26 ans, maçon originaire de Meknès et qui n’a pas pu trouver de place dans l’autocar de huit heures. «Je voyage pour la première fois par train. J’ai pris le ticket pour le train de 11heures et je pense que le voyage par ce moyen de transport est beaucoup plus confortable qu’en autocar. Et je suis d’ailleurs plus à l’aise dans la gare ferroviaire, loin du bruit et des grandes foules de la gare routière».
Bouchra Aloui, 27 ans, employée dans une société dans la zone franche de Tanger, n’est pourtant pas du même avis que M. Badaoui : «Les deux gares ferroviaires de Tanger connaissent une grande bousculade pendant les fêtes religieuses et les autres périodes de vacances. Je me rappelle l’année dernière pendant la période de l’Aïd El Kébir, j’étais dans la nouvelle gare ferroviaire depuis une heure du matin et je n’ai pu embarquer dans le train qu’à 18 heures».
Pour ces occasions de fêtes, les grands taxis sont presque exclus du transport en commun pour les longs trajets. Ils se contentent ainsi de faire les liaisons courtes entre Tanger et d’autres villes avoisinantes comme Asilah, Larache, Tétouan… «C’est rare qu’un client vienne nous demander une longue course puisque, à leur avis, nos tarifs sont très chers. Nous ne pouvons pas baisser nos tarifs à cause de la hausse constante des prix des carburants et d’autres dépenses. Par exemple le prix d’une course pour Casablanca est fixé à 1500 DH et qui nous revient à 1200 DH : 200 DH pour le tarif du péage de l’autoroute et 500 DH pour faire le plein de carburant», assurent en concert Abdeslam Jaïbak et Abdelilah Oued Ali, deux chauffeurs de taxis faisant pendant plusieurs années la liaison Tanger-Asilah.  
Beaucoup de gens originaires d’autres villes cherchent, pendant les périodes de fêtes, d’autres moyens de transport pour éviter ces problèmes du transport public. Des employés ont l’habitude de cotiser ensemble pour voyager dans des minibus.
D’autres font de même et voyagent en groupe dans la voiture d’un ami ou collègue. Les plus chanceux voient leur voyage assurer par leurs employeurs comme c’est le cas des employés d’une grande société basée dans la zone franche de Tanger. Cette société japonaise, a réservé à son personnel dix-sept autocars de compagnie CTM pour leur aller-retour.
Pour cette période des fêtes, les compagnies de transport et les gares routière et ferroviaire ont pris des mesures pour faire face à la grande demande de leur clientèle. Pour le responsable de la section de voyageurs au ministère du Transport et de l’Equipement au sein de la gare routière, Benaïssa Bouya : «les préparatifs pour satisfaire la demande pendant cette haute saison ont été entamés une semaine avant par une réunion présidée par le délégué du transport à Tanger, le directeur de la gare routière de Tanger, l’ensemble des transporteurs et autres intervenants», faisant remarquer que «c’est en quelque sorte une réunion de sensibilisation sur la grande utilité du contrôle régulier de leurs autocars. Nous avons procédé en même temps à l’évaluation des demandes auprès de chaque guichetier pour nous permettre d’entamer notre politique de renforcement des lignes existantes ou la mise en ligne d’autres autocars supplémentaires et l’avancement des horaires pour le désencombrement de la gare routière qui connaît à cette occasion une grande affluence des passagers».
M. Bouya tient à préciser que les passagers doivent toujours consulter les tarifs sur les tableaux d’affichage. «Ils sont ainsi appelés à savoir que les tarifs pour les autocars de première catégorie Tanger- Casablanca coûtent 90 DH et 70 DH pour ceux de catégorie ordinaire. Mais les transporteurs doivent baisser leurs prix pendant la basse saison jusqu’à 50 DH pour attirer plus de passagers afin de faire face à leurs dépenses. Nous devons plusieurs fois intervenir auprès de ces derniers pour leur expliquer gentiment la loi de l’offre et la demande pratiquées par les propriétaires des autocars».
Même son de cloche pour le directeur de la gare routière de Tanger, L’Miki Togou, qui indique que plusieurs mesures doivent être prises pour le bon déroulement de cette phase de l’Aïd. «Nous exigeons un renforcement du contrôle des services de la police. Nous envisageons l’ouverture de la deuxième porte pour le décongestionnement de la gare routière. Nous sommes toujours en contact avec les courtiers pour les sensibiliser sur l’obligation du port du tablier et les badges pour se distinguer des autres courtiers clandestins. Ils sont chargés de rendre services aussi bien aux transporteurs qu’aux passagers. Je multiplie en cette période mes descentes de contrôle dans la gare routière et aux guichets pour la bonne marche de cet établissement», souligne-t-il.
Et comme pour chaque fête religieuse, l’Office national des chemins de fer (ONCF) a pris des mesures pour le renforcement des lignes.
Les responsables ont envisagé, cette année, la fermeture de la gare ferroviaire de Mghougha qui connaît une grande bousculade pendant ces périodes de fêtes.
Seule la nouvelle gare demeure opérationnelle car le train y affiche complet et ne peut desservir les passagers de la deuxième station.
La société civile a réagi quelques mois avant le Ramadan en adressant une lettre aux autorités pour l’amélioration des services pendant la période des fêtes. «Nous avons déjà eu une rencontre avec les autorités pour la discussion de la dégradation constante des services de ce secteur et les mauvaises pratiques de quelques transporteurs concernant les hausses des prix non justifiées aussi bien pour les autocars que pour les grands taxis. Les autorités viennent de nous inviter ainsi que d’autres intervenants pour nous réunir une deuxième fois pour trouver des solutions à cette problématique», affirme le président de la Ligue de défense des droits des consommateurs, Mohamed Mansour.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *