20.000 séropositifs au Maroc

Le plus grand ruban rouge dans le monde sera exposé à la place Jemaâ El Fna à Marrakech. Confectionné par le couturier Dolce & Gabana, ce ruban devrait attirer l’attention sur la prévention contre le sida. Cet événement est prévu selon Simo Ben Bachir, président de l’Association Ruban rouge, pendant le premier trimestre 2003.
Cette grande opération de sensibilisation contre le sida sera soutenue par le chanteur Elton John, Guy Richie le mari de Madonna et Ken Linvington, maire de Londres. La prévention contre le sida bute contre l’incompréhension de nombreuses personnes, selon Simo Ben Bachir. Les sponsors rechignent à associer leur image au sida. Ce qui limite les sources de financement pour mener des opérations de prévention d’envergure. Les pouvoirs publics font la sourde oreille à cette maladie. «Cela fait des années que le chiffre communiqué par le ministère de la Santé demeure invariable. On veut nous laisser croire qu’il y a seulement 912 cas, alors que selon plusieurs sources concordantes, il existe près de 20 000 personnes séropositives ou atteintes du sida au Maroc» estime le président de l’Association Ruban rouge. Cette association axe son action sur la prévention. Elle est établie à Fès et rassemble une vingtaine de personnes. Elle distribue des préservatifs et espère faire de la prévention la meilleure arme contre le sida. Simo Ben Bachir est intarissable sur les conditions très difficiles auxquelles sont confrontés les séropositifs et les sidatiques dans notre pays.
L’un d’eux, M. F., séropositif depuis douze ans et se trouvant aujourd’hui dans une phase critique du sida, a fait part à notre journal du vécu insoutenable de ces personnes au Maroc. «Je ne suis pas le seul. Il y a beaucoup de personnes dans mon cas, mais elles se terrent chez elles comme des rats. Elles n’osent pas sortir, n’ont plus d’amis» dit-il. Il juge dérisoire le fait de parler de ces personnes une seule fois par an, le 2 décembre à l’occasion de la Journée mondiale du sida. Il ajoute que «notre société ne tolère pas un séropositif. Elle ne lui permet pas de vivre ici. La question n’est pas donc de se faire soigner, mais de chercher à vivre, simplement à vivre, mais loin d’ici !» Ils sont en effet nombreux les malades qui cherchent à vivre dans une société plus tolérante et plus compréhensive envers leur maladie.
Les tabous, la religion et souvent l’ignorance en font des parias. Cela reste une autre affaire qui mérite un traitement à part et une implication effective des pouvoirs publics. Il est temps qu’ils reconnaissent une maladie, devenue heureusement banale dans plusieurs pays. En l’absence de cette implication, c’est la prévention qui reste le cheval de bataille pour éviter cette situation injuste envers ceux qui l’endurent. C’est pour cela que l’on ne peut que se féliciter de l’initiative de l’Association Ruban rouge. L’étoffe qu’ils projettent d’exposer est de nature à sensibiliser un large public.
Les atteints par la maladie sont les premiers à appeler de leurs voeux des actions de prévention. Pour M. F: «Je n’arrête pas de demander aux gens de se protéger. Le fameux “ça n’arrive qu’aux autres” est aussi faux que dangereux. Malheureusement “ça n’arrive pas seulement aux autres”».

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