80% des ramédistes ont effectué des paiements directs en 2015

80% des ramédistes ont effectué  des paiements directs en 2015

L’Observatoire national du développement humain a réservé au régime un atelier à Rabat

Parmi les 10% les plus pauvres, 24% ne répondent pas aux critères d’éligibilité. C’est d’ailleurs l’une des faiblesses du régime.

Ce sont 80% des ramédistes passant par des hôpitaux qui ont effectué des paiements directs bien que le Régime d’assistance médicale (Ramed) ait été annoncé gratuit. Ce chiffre surprenant, parmi d’autres, a été précisé, jeudi à Rabat, par l’expert, Raphael Cottin, lors de l’atelier national consacré par l’Observatoire national du développement humain (ONDH) à la restitution des résultats de l’évaluation de ce régime. Selon l’expert, les ramédistes pauvres ont payé, en 2015, 580 DH et ceux vulnérables ont déboursé 900 DH. «Pour les ramédistes, ce régime n’est pas de la charité, c’est un droit», précise M. Cottin qui estime que les inégalités d’accès au Ramed persistent, voire augmentent. Quant au taux d’affiliation, il est, selon ses dires, de seulement 33%. «Certains ont même fait le choix de ne pas y adhérer», avance l’expert en précisant que le remboursement n’est pas encore mis en place dans le cadre de ce régime. Il rappelle  que l’enquête a porté sur des hôpitaux de Rabat, Fès, Beni Mellal et Sidi Kacem. Elle couvre, pour rappel, la période de 2012 (année de généralisation) à 2015.

24% des plus pauvres ne sont pas éligibles

Comme le précise Saïd Hanchane, directeur du Laboratoire international associé du Centre national de la recherche scientifique (CNRS)- France, «parmi les 10% les plus pauvres, 24% ne répondent pas aux critères d’éligibilité». C’est d’ailleurs l’une des faiblesses du régime. «Par rapport au seuil de vulnérabilité, une cotisation de 120 DH représente un cinquième (22%) des ressources naturelles», ajoute M. Hanchane en formulant des questions. Ces interrogations portent sur la pertinence du régime, l’évaluation de sa mise en œuvre et les perceptions des citoyens. Pour lui, «le Ramed est pertinent et a procuré des acquis sociaux pour les citoyens». Aussi, ce régime s’intéresse, comme il le précise, aux personnes travaillant dans l’informel. «Chose qui est difficile à observer», commente-t-il.

Contribution de 50% à l’accroissement de la couverture médicale obligatoire

Il ressort également de l’enquête, d’après le secrétaire général de l’Observatoire, El Hassan El Mansouri, que «le Ramed a contribué à hauteur d’environ 50% à l’accroissement de la couverture médicale obligatoire au Maroc». Ce qui l’a portée, en 2015, à 46,7% de la population marocaine contre seulement 33,7% en 2010. Cette progression soutenue s’est accompagnée d’une réduction de presque 50% des inégalités d’accès aux soins entre les ramédistes et les assurés de l’AMO (Assurance-maladie obligatoire). Cependant, cet effet sur les inégalités d’accès aux soins, très marqué en 2012, s’est progressivement atténué entre 2013 et 2015 avec une baisse des taux de consultation des ramédistes pauvres de 75 à 64% et de 70,2 à 60% pour les ramédistes vulnérables. Cette perte d’effectivité du Ramed serait due à l’augmentation des coûts indirects (transport, hébergement, accompagnement, etc.) liés aux situations d’attente vécues par des patients souvent peu informés sur les procédures des filières de soins et au niveau élevé des paiements directs. En 2015, ceux-ci représentaient respectivement 34% des dépenses mensuelles de consommation des ménages pauvres urbains et 74,5% de celles des ménages pauvres ruraux. Pour les ménages vulnérables, ces chiffres atteignaient 45,7% en milieu rural et 28,2% en milieu urbain. Dans l’ensemble, les inégalités se sont, selon M. El Mansouri, «atténuées entre 2013 et 2015 dans le cadre de ce régime». Ce sont également 27% des ménages qui se sont, selon ses dires, affiliés au Ramed en 2015. «L’augmentation de la demande se traduit par des pénuries», enchaîne le secrétaire général de l’ONDH. Quant à la mise en œuvre de ce régime, elle est, d’après lui, «tributaire des moyens financiers». En 2013, les flux financiers destinés au Ramed ont été estimés à environ 5,35 milliards DH. «Malgré les avancées, il existe des défis qu’il faut prendre de façon urgente», estime-t-il.

Les recommandations de l’ONDH

L’Observatoire propose la stabilisation et la sécurisation des ressources financières dédiées au Ramed à travers la définition par le législateur de mécanismes pérennes de financement qui alimenteront un budget propre à ce régime. L’ONDH recommande également la mise en place d’un organisme gestionnaire répondant aux principes de bonne gouvernance d’un régime de couverture maladie et mettant en œuvre la politique de tarification et de remboursement définie par le législateur. L’Observatoire propose, de plus, l’amélioration de l’organisation du système de soins selon une approche intégrée et participative, ainsi que du système actuel de ciblage du Ramed. Le tout en mettant en place un système d’information et de gestion sanitaire intégré.

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