«A nos amis Marocains»

«Nous, citoyens français résidant au Maroc, sommes bien placés pour connaître la valeur des liens profonds qui unissent le Maroc et la France. Nous savons que ces liens passent d’abord et avant tout par les communautés marocaine et française installées de part et d’autre de la Méditerranée. Sensibles à la qualité et à la chaleur de votre accueil, installés dans votre pays – provisoirement pour certains d’entre nous, définitivement pour d’autres -, nous voulons ici vous témoigner de notre profonde gratitude ».
C’est par cette lettre ouverte à leurs hôtes marocains que des Français résidant dans le Royaume ont voulu «exprimer leur refus d’une France repliée sur elle-même, d’une France xénophobe ». Un millier d’entre eux se sont ainsi rassemblé à Rabat, Casablanca et Marrakech à l’occasion de ce 1er mai, placé sous le refus de la présence de Jean-Marie Le Pen, leader de l’extrême droite française, au second tour de l’élection présidentielle.
Ces rendez-vous, organisés notamment à l’appel de l’Association démocratique des Français de l’étranger (ADFE), ont été marqués par une série de petits discours, de lectures et de réactions diverses, mais aussi par la signature de deux textes.
Le premier, « Lettre ouverte de citoyens français résidant au Maroc », entend rappeler que la principale richesse de la République française tient en ses origines diverses, une richesse dont elle « est redevable auprès du peuple marocain». Le second destiné à la France, « Manifeste républicain du 1er mai 2002 », souligne que la présence de M. Le Pen au second tour « est une menace grave pour les valeurs démocratiques et républicaines, de liberté et de fraternité ». Cette devise « Liberté, égalité, fraternité » a été écrite en français mais aussi en arabe sur des affichettes. Elle a aussi été lue et relue à travers une série d’extraits littéraires, de citations et de poèmes d’hier et d’aujourd’hui. A Casablanca, deux enfants ont ainsi repris des textes de Voltaire, Sartre, Zola, ou encore le texte de loi de l’UNESCO sur la tolérance.
Mohamed Nadif, metteur en scène marocain résidant en France, a quant à lui tenu à faire part de ses réactions. «Quand j’ai entendu les résultats à la radio, j’étais vraiment sidéré. C’est dur, dur à supporter, a-t-il confié dans la salle de spectacle de l’Institut – où il présente actuelle une de ses pièces. Je me passais le film de ce que mes amis, les étrangers et les Français pouvaient ressentir là-bas. Je me suis posé des questions sur la démocratie ». Cette journée de mobilisation a également été celle du souvenir en hommage à Brahim Bouarram. Mort il y a sept ans après avoir été poussé dans la Seine par des skinheads du Front national, ce jeune Marocain a été la victime d’une haine aveugle dont tous les Français immigrés de ce côté de la Méditerranée se sentent indignés et honteux. Et contre laquelle ils se mobiliseront toujours, au nom d’une France aussi accueillante et chaleureuse que puisse être le Maroc à leur égard.

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