À quand un sex-shop au Maroc ?

À quand un sex-shop au Maroc ?

Depuis presque deux semaines, Khadija Ahmad défraye la chronique dans le Monde arabe. Cette jeune maman de trois enfants a pu, d’un jour à l’autre, passer de l’anonymat à la notoriété, parfois même au scandale. Issue du Bahreïn, Khadija a suscité la polémique dans l’archipel du Golfe. Elle a défié le regard apparemment conservateur de sa société, et a prôné, haut et fort, l’émancipation. Par quel moyen ? Khadija Ahmad a fait du sex-shop son cheval de bataille. Vêtue de son voile, Khadija gère au quotidien son commerce dans lequel elle expose des produits Halal, dit-elle.  Mais quelle place occupe le Halal dans un sex-shop ? Khadija, sereine et sur un ton ferme, s’est expliquée dans un talk-show diffusé récemment sur la chaîne libanaise «Future» : «Mes articles sont dédiés aux couples mariés. A travers mon projet, je viens en aide aux clients pour jouir, dans un cadre licite, d’une sexualité épanouie avec leurs partenaires». Les téléspectateurs, qui suivaient cette émission, se sont demandés comment une musulmane a-t-elle pu recourir à ce genre d’activité pas du tout en odeur de sainteté dans la société arabe.  «Tenant compte de mes besoins en tant que ,femme j’ai trouvé judicieux d’offrir un tel service. D’autant plus que je suis consommatrice de ce genre de produit», a-t-elle précisé. «Pourquoi nous mentir et faire croire aux autres que la femme arabe est déconnectée des nouvelles tendances en matière de sex-toys. Nos femmes sont autant plus curieuses que les Occidentales. Pourquoi les priver de ce plaisir, sachant bien qu’elles le partageront avec leur époux», s’interroge-t-elle.  Sur les étalages de «Dar Khadija», le nom que porte son sex-shop, la clientèle retrouve des articles plus au moins pudiques. «Je ne commercialise pas des gadgets érotiques en l’occurrence les godemichés et poupées gonflables. Ma clientèle retrouvera son dada plutôt dans des crèmes de massage, robes de nuit, produits de beauté, jeux, vibros et décors coquins», souligne-t-elle.  Malgré le bruit qu’elle a fait autour d’elle, Khadija compte en perspective ouvrir des boutiques au Liban et à Dubai. La tendance des sex-shops Halal touche également l’Europe. Initié par le Néerlando-Marocain, Abdelaziz Aouragh, 29 ans, «El Asira» se veut une vitrine pour les deux sexes leur offrant toutes sortes de stimulants sensuels et lubrifiants bio.  Face à la floraison de ce genre de commerce, allons-nous assister à l’ouverture de sex-shops dans d’autres pays arabes ? La question est sur toutes les lèvres.  Au Maroc, comme dans d’autres pays voisins, la commercialisation des sex-toys se fait en catimini. Les commandes se passent de bouche à oreille sans déclarer officiellement la naissance d’un sex-store au pays. D’autres profitent de leurs passages à l’étranger pour faire leurs emplettes. Après le Bahreïn, peut-on s’attendre à voir un sex-shop au Maroc ? «Le code pénal marocain est clair. L’ouverture d’un magasin de vente de gadgets sexuels à l’image de ce qui se passe en Europe pourrait être qualifié d’incitation à la débauche et devrait être immédiatement fermé», affirme à ALM Réda Oulamine, avocat au barreau de Casablanca. Et d’ajouter : «L’article 497 du Code pénal dispose que :  «quiconque excite, favorise ou facilite habituellement la débauche ou la corruption de mineurs de dix-huit ans, de l’un ou l’autre sexe, ou même occasionnellement de mineurs de quinze ans, est puni de l’emprisonnement de deux à cinq ans et d’une amende de 200 à 5.000 dirhams». Ceci concerne donc les mineurs, pourquoi interdire l’ouverture de pareils commerces destinés uniquement aux adultes ? «En fait, il suffit de trouver une formule plus adoucie pour éviter de tomber sous le coup du Code pénal», souligne Maître Oulamine.


Les sex-toys : genèse, histoire et modernité
Contrairement à ce qui est répandu, le sex-toy n’est pas une invention récente. Dans les cultes les plus anciens, les objets en forme de phallus ont été utilisés comme imitation des organes mâles, absents ou défaillants. Leur première apparition date de l’ère de Moise où ces gadgets ont été utilisés comme symboles de fécondité. Les Grecs, quant à eux, ont inventé les olisbos (objets en forme de phallus), simples ou doubles, de tailles très variées, que leurs femmes utilisent pour leur plaisir privé. Ces pratiques ont été également maintenues durant l’époque médiévale où des pucelles de 14 ans y trouvaient goût. À la Renaissance, on baptisa cet objet par «gaude mihi» (réjouis-moi) et qui donnera par la suite le «godemiché». Ce fut l’objet fétiche des femmes de la cour. Les objets sexuels connaîtront une évolution au fil du temps. Du modèles en verre au 18ème siècle en Italie aux objets en bois en Afrique, les gadgets sexuels ont gagné en quelque sorte une notoriété. Et ce n’est qu’au 20ème siècle qu’ils battront leur plein. De nouveaux modèles, plus tendance et réjouissants, ont vu le jour. Ainsi, on constate la floraison de modèles à piles, des vibromasseurs qui chauffent, vibrent et massent, agrémentés ou non de variateurs de vitesse et de têtes différentes interchangeables. Un éventail de produits érotiques a envahi, dès lors, les étalages des sex-shops. En plus de ces objets, la bijouterie érotique, la décoration coquine, les poupées gonflables et la lingerie alléchante ont gagné du terrain lançant , ainsi, un nouveau mode de commerce en faveur d’une clientèle fervente.

 

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