Abbadi : «Le discours moralisateur ne suffit pas»

ALM : Un atelier de formation des ouléma du monde arabe, sur le rôle des leaders religieux dans le changement des comportements dangereux, sera organisé du 12 au 15 mai à Rabat. Dans quel cadre s’inscrit cet atelier de formation ?
Ahmed Abbadi : Cet atelier de formation, organisé par la Rabita Mohammadia des ouléma du Maroc, en collaboration avec le Conseil supérieur des ouléma et le ministère des Habous et des Affaires islamiques, s’inscrit dans le cadre du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et le Programme régional de lutte contre le VIH/sida dans les pays arabes, lancé en 2004. Il s’inscrit donc dans la continuité des actions de formation et de sensibilisation des imams et des prédicatrices pour s’impliquer davantage dans le combat contre cette maladie destructrice.
Le thème de cet atelier est très important car il a pour objectif de renforcer les capacités et les compétences de nos ouléma en matière de psychologie pour inciter les gens au changement de leurs comportements. L’aspect psychologique est désormais une dimension essentielle du discours religieux.

L’un des objectifs de cette rencontre est de développer le discours religieux pour plus d’efficacité. Que voulez-vous dire par là ?
Le discours religieux ne doit pas être uniquement moralisateur, mais accompagné de soutien concret et d’actions. L’important est de ne pas dire uniquement, aux gens, ceci est licite ou cela est illicite. Il faut également comprendre et analyser les causes ayant poussé une personne à adopter tel comportement et l’aider à s’en sortir avec l’aide des psychologues et des associations. La stigmatisation n’est pas profitable ni pour les patients ni pour leur entourage et encore moins pour la société.
Notre approche est novatrice. Notre but est de s’ouvrir beaucoup plus sur le monde extérieur et être à l’écoute des personnes fragiles. Nous voulons nous approcher plus de ces personnes et, à titre d’exemple, les prostituées et les drogués, et de leur apporter notre aide. Les sensibiliser aux dangers de la drogue, de la prostitution, entre autres, en les aidant moralement et financièrement pour mener une vie digne et décente. Nous sommes prêts à œuvrer avec les ONGs pour mettre en place les moyens nécessaires à la réalisation de ces objectifs.

Peut-on dire que les leaders religieux signent ainsi le début de la fin du tabou du sida ?
Le sida est comme n’importe quelle autre maladie. Il est vrai qu’auparavant le sujet était tabou. Aujourd’hui, les ouléma s’expriment ouvertement. Il existe une prise de conscience de l’importance de s’ouvrir sur son environnement. Les ouléma sont censés interagir avec leur environnement. C’est un processus d’évolution naturel.

Peut-on s’attendre un jour à ce qu’un imam prêche l’usage du préservatif dans les mosquées comme moyen de prévention contre le sida ?
Le Prophète Sidna Mohammed a dit en substance dans un hadith que celui qui est amené à pêcher doit s’en tenir à la discrétion. Ainsi, si quelqu’un persiste, malgré les restrictions de la Charia, à commettre un adultère, il doit utiliser le préservatif pour éviter la contamination. En d’autres termes, si ce moyen de prévention permettra de limiter les dégâts, il est conseillé de l’utiliser. (Akhaf dararayne, le moindre mal). Ceci ne veut pas dire que nous encourageons l’adultère ou la prostitution. Non ! Nous exhortons les gens à adopter le meilleur comportement pour éviter le pire. L’adultère et la prostitution sont des pêchés. Les mosquées doivent être des tribunes contribuant efficacement à la lutte contre le sida en expliquant aux gens ce que disent le Coran et la Sunna.

Et qu’en est-il d’éventuelles réactions des poches de résistance ?
Notre référence sont le Coran et la Sunna. Nous n’inventons rien. Ceux qui sont réticents à s’engager dans cette lutte, ou refusent catégoriquement, sont libres de leurs choix. C’est leur opinion personnelle. Le sida n’est pas un châtiment. C’est une maladie. Et ceux qui sont contaminés sont des malades. Le soutien des malades est un devoir.

Cet atelier de formation n’est pas le premier du genre. Plusieurs autres ateliers l’ont précédé. Quelles sont les actions réalisées concrètement sur le terrain par les bénéficiaires de cette formation ?
Les imams et les prédicatrices entretiennent une relation de proximité avec la population. Sur le terrain, ils vont à la rencontre des gens dans les prisons, les fermes… à Taroudant, Agadir, Marrakech, entre autres.
Lors des prêches du vendredi, les imams conseillent les fidèles et les sensibilisent aux dangers de cette maladie et de l’importance d’aider ceux qui en sont affectés. L’objectif étant de limiter la propagation du sida et de créer un éveil de conscience dans la société pour empêcher la stigmatisation et la mise au ban de la société des personnes atteintes par le sida.

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