Abdelaâli Hadi passe aux aveux

Abdelaâli Hadi passe aux aveux

Il a trouvé l’emploi idéal pour repérer ses victimes. Aide-gargotier à la gare routière de Taroudant. Il servait des sandwichs à des voyageurs affamés, des gens de passage, des enfants qui préféraient au tagine familial la moitié d’une baguette remplie de sardines à l’huile, d’oeufs durs et parfois de viande grillée. Qui pouvait reprocher à Abdelaâli Hadi Benbrahim Benmbarek de regarder avec insistance certains clients ?
Particulièrement des enfants. Il se montrait généreux avec eux, à l’insu du propriétaire. Toujours la poignée de frites en plus, la fameuse sauce-tomate servie abondamment et parfois la boulette de viande hachée qui fait mouche. C’étaient les premières manoeuvres de séduction d’Abdelaâli Hadi, né en 1962 à Taroudant, pour devenir sympathique à l’enfant en quête du sandwich qui le change des habitudes culinaires de sa maman. Comment l’homme contraignait-il ensuite l’enfant à le suivre de la gare routière jusqu’à un terrain isolé ?
Une source policière autorisée affirme que Abdelaâli Hadi mettait à ses victimes un couteau à la gorge. Un enfant qui sent le froid du métal sur la tendre peau de son cou n’aura certainement pas la force pour faire le moindre signe de nature à alerter les passants. Mais comment un homme et un enfant avec un couteau sur la gorge pouvaient-ils passer inaperçus ? Car la distance de ce qu’on appelle la gare routière de Taroudant jusqu’au lieu où demeure Abdelaâli Hadi est longue. Peut-être que mettre le couteau à la gorge d’une personne est une expression, une façon de parler, et que l’aide gargotier tenait solidement par la main l’enfant en le menaçant de sortir son couteau en cas de tentative de fuite ou de cri. Peut-être était-ce simplement la promesse d’autres boulettes de viande hachée…
Arrivé au terrain entouré d’un mur de clôture, où est aménagée une porte d’entrée, Abdelaâli Hadi sortait son trousseau de clefs. Il ne squattait pas le lieu, n’y pénétrait pas par effraction : le lot appartient à son cousin qui le lui cédait de bonne grâce. Dans ce terrain clôturé, Abdelaâli Hadi opérait de la même façon. Il attachait les mains de sa victime, la bâillonnait avec un scotch épais et la retournait pour abuser d’elle sexuellement. Pendant qu’il prenait l’enfant, l’abominable pédophile empoignait brutalement son visage, écrasant le nez. Il empêchait ainsi sa victime de respirer jusqu’à ce qu’elle rende l’âme. Abdelaâli Hadi a agi de la sorte pendant trois ans. Il a assassiné huit enfants qu’il a enterrés, à chaque fois, dans le lieu du crime – à l’intérieur de l’enceinte. Il aurait pu allonger la liste de ses victimes, n’était la décision du cousin de bâtir une maison. Dans la précipitation, l’assassin a déterré ses victimes et les a jetées sur une voie publique non loin du terrain qu’il occupe. Pourquoi juste à côté ? Pourquoi n’a-t-il pas cherché à les enterrer ? Difficile de répondre. Mais il est certain que celui qui a été décrit comme un vagabond voulait aussi exhiber ses victimes comme des trophées. Mieux. La police a fait un travail de ratissage remarquable. Tout a été collecté à proximité de l’endroit où les corps ont été découverts, y compris une feuille volante arrachée à un agenda. On y lisait en caractères latins : HADI. Est-ce une signature ? Le serial killer qui a longtemps caché les traces de ses assassinats les jetait, brutalement en bloc, pour occuper l’actualité nationale. Les criminologues pourront expliquer cette soudaine démangeaison qui a poussé un assassin en série discret à proclamer la paternité de ses crimes. Il a même laissé sur le théâtre de ses assassinats des marques patentes.
L’enquête menée sous la supervision directe du préfet de la sûreté d’Agadir, Abdellah Mountassir, a permis de remonter à Abdelaâli Hadi. Il a été arrêté sur le terrain où il perpétrait ses crimes. «Des preuves matérielles» ont été trouvées : les vêtements des enfants assassinés, des sacs en plastique de la même nature que ceux où ont été enveloppés les restes des corps et un ruban de scotch. L’intéressé a avoué ses crimes.

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