Abdelfattah Bahjaji : «Des femmes, également, soutiennent notre combat contre les violences à l’égard des hommes»

ALM : Quand est- ce que votre association a été créée ? Et comment ?
Abdelfattah Bahjaji : Le Réseau marocain pour la défense des droits humains a vu le jour le 29 février 2008. La création de ce réseau s’est faite en trois grandes étapes. La première étape a été la cellule de réflexion où nous avons eu l’idée en 2006 de créer ce réseau, soit deux ans après l’entrée en vigueur du nouveau code de la famille. La deuxième étape (début du mois de février 2007) a été la création du comité préparatoire. Et enfin, la troisième phase est la création de la fondation. 
Le Réseau regroupe des intellectuels, des militants associatifs, des professeurs, des fonctionnaires. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, notre association ne comprend pas seulement des hommes mais également des femmes. Elles sont d’ailleurs représentées au niveau de toutes les instances du réseau à savoir le comité préparatoire, l’assemblée générale et le bureau central. Le réseau a des représentants dans toutes les villes du Royaume notamment à Tanger, Ksar El Kébir, Casablanca, Mohammédia, Salé, Marrakech, Agadir …

Pourquoi avoir créé ce réseau ?
Nous avons créé ce réseau pour plusieurs raisons. Tout d’abord, pour défendre les acquis de la Moudawana et pour signaler certaines lacunes qui figurent dans la pratique du nouveau code de la famille. Nous mettons l’accent sur l’incompréhension du code de la famille par la grande majorité des Marocains et sur son interprétation erronée. Il y a une contradiction entre ce que pensent les citoyens et la pratique.
Ensuite, pour défendre les droits des hommes ainsi que ceux des femmes. Ce réseau vise également à préserver les droits de la famille. Le but est d’éviter que le noyau familial soit brisé car ce sont les enfants qui sont les perdants.

Que pensez-vous de la situation des hommes battus au Maroc ?
Il y a effectivement des hommes qui subissent des violences mais la situation n’est pas comparable avec celle des femmes. Le phénomène est encore minoritaire. Les hommes, par coutume, n’osent pas en parler. Il est plus honteux pour un homme de se dire victime de violences féminines que pour une femme d’être victime d’un homme. Cette situation s’explique par le statut de l’homme dans la société. Cela dit, il faut reconnaître que certains hommes violentés par leurs femmes ont osé faire le pas et sont venus nous voir. Depuis la création de la fondation, nous avons reçu 20 cas d’hommes battus dont 3 graves qui portent des séquelles. L’un d’entre eux a même perdu ses dents. Nous les accueillons au sein d’autres associations car nous ne disposons pas encore de local pour les accueillir. Nous leur donnons des conseils pour se réconcilier avec leurs épouses ou dans le cas inverse, lorsque cela n’est pas possible à entamer une procédure de divorce.

Est-ce que des études ont déjà été réalisées à ce sujet ? Y a-t-il des statistiques en mesure de quantifier le phénomène?
Malheureusement, il n’y a encore aucune étude réalisée à ce sujet dans notre pays. Néanmoins, nous envisageons de mener une étude spécifique sur les hommes battus. Il est relativement difficile de quantifier le phénomène car nous ne disposons pas de statistiques contrairement aux pays occidentaux. D’autant plus qu’il n’y a pas encore de centre d’écoute où les hommes peuvent venir témoigner. Nous avons l’intention d’ouvrir un premier centre d’écoute au service des hommes battus à Casablanca.
 
Quelles sont les mesures que vous prévoyez pour sensibiliser les citoyens à ce sujet ?
Nous allons prochainement organiser une conférence de presse pour annoncer la création de notre association et dévoiler notre programme. Prochainement, nous allons tenir une assemblée nationale à Marrakech avec les avocats de la ville. Parmi les autres mesures, figure une campagne de sensibilisation sur la Moudawana dans différents établissements scolaires mais aussi à travers la presse. Enfin, nous avons décidé d’organiser un colloque national sur le phénomène de la violence au sein de la famille.

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