Abdelmajid Zyad : «Il faut réduire la toxicité de la chimiothérapie»


ALM : Comment se présente le traitement anti-cancéreux au Maroc ?
Abdelmajid Zyad :
Le cancer est la deuxième cause de mortalité dans le monde après les maladies cardio-vasculaires. Le nombre de malades atteints par le cancer au Maroc est très alarmant.  D’après l’Association Lalla Salma de lutte contre le cancer, on enregistre entre 30.000 à 50.000 cas annuellement. Le traitement du cancer est de trois types souvent associés : la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie.  Néanmoins, cette dernière méthode de soins pose des problèmes liés à la cytotoxicité systémique des produits utilisés d’une part et la résistance des cellules tumorales à l’effet lytique de ces produits d’autre part. Il faut donc chercher des molécules antitumorales nouvelles, d’où l’importance des plantes médicinales car, il faut savoir que certaines plantes ont une activité anticancéreuse bien établie comme le thé vert, le thym, la nigelle, l’astragale, l’ail, etc.

Comment l’usage de ces plantes peut-il aider dans la lutte contre le cancer ?
Les plantes sont à l’origine de nombreux produits anticancéreux utilisés actuellement en chimiothérapie anticancéreuse. Citons en l’occurrence les alcaloïdes de la pervenche telle que la vincristine (oncovin) et des extraits de plantes comme l’if (Taxus baccifère) qui poussent dans le monde entier, et entre autres le Maroc. Récemment, nous avons isolé quatre composés purs à partir d’une plante médicinale marocaine et ce sur la base de leur activité anticancéreuse contre un panel de lignées tumorales établies. Nous avons pu réaliser ce travail grâce à notre collaboration fructueuse avec le laboratoire de phytochimie et de pharmacognosie dirigé par le docteur Ahmed Melhaoui de la Faculté des sciences d’Oujda.
Les composés isolés ont été testés contre différentes lignées cancéreuses principalement des lymphomes et des adénocarcinomes. Il faut noter que d’une façon spectaculaire, certains de ces nouveaux produits ont une action antitumorale in vitro (sur des cellules isolées) et in vivo (sur des souris porteuses de tumeur syngénique).

Est-ce que ce travail rentre dans le cadre d’une collaboration ?

Un travail de cette ampleur ne peut se réaliser par un seul laboratoire mais c’est plutôt une synergie, entre les efforts de notre laboratoire et celui de la Faculté des sciences d’Oujda, qui a permis de réaliser ces résultats.
Il est à noter que d’autres collaborations ont contribué à ce travail en l’occurrence celle avec le laboratoire d’oxyde d’azote, inflammation et immunité de l’université de Paris XI dirigé par le docteur Michel Lepoivre. Nous souhaitons contourner le problème de la cytotoxicité systémique de la chimiothérapie ainsi que celui de la résistance des cellules cancéreuses à l’effet lytique des produits utilisés.
La toxicité peut être réduite en associant différents produits ayant une activité synergique et par conséquent, une petite quantité de chaque produit est suffisante pour induire la lyse de la cellule tumorale.
De façon très intéressante, un produit antitumoral ne peut avoir de valeur que s’il est toléré par l’organisme et que ses effets sur les cellules normales ne sont que minimes.

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