Abed Jabri et les frères ennemis de l’USFP

Mohamed Abed Jabri, ce vieux routier de la vie politique partisane et intellectuel de renommée internationale, ne mâche pas ses mots. Certes, comme beaucoup d’intellectuels, quand le feu brûle, il préfère l’hibernation à l’activisme et préconise de prendre ses distances par rapport à l’actualité quotidienne, nuisible et dérangeante pour les hommes de lettres, les philosophes et les penseurs. Abed Jabri, comme on le sait, est le premier secrétaire général de la Jeunesse Ittihadia. Il a accédé à ce poste en 1961 ; alors qu’il était secrétaire général du journal «Attahrir», aux côtés de Abderrahman Youssoufi (rédacteur en chef) et Mohamed Fqih Basri (directeur de publication du journal). Il s’est distingué durant la deuxième moitié de la décennie soixante-dix, date durant laquelle il était membre du Bureau politique de l’USFP, soit entre janvier 1975 et mai 1981, le mois où il a présenté sa démission au premier secrétaire du parti. Cette démission est survenue quelques semaines avant les événements de Casablanca (le 20 juin 1981) et l’arrestation des membres du bureau politique du parti, en septembre de la même année. Son apport en ce qui concerne la vulgarisation de la théorie politique marxiste dans l’organe de presse arabophone de l’USFP a joué un rôle important dans le recrutement des jeunes étudiants ainsi que des petits et moyens « enseignants ». Politiquement parlant, il a toujours défendu la thèse du bloc historique en préconisant une sorte de mariage entre l’approche de l’Italien Antonio Gramsci (en empruntant à ce dernier l’acception du rôle et statut de l’intellectuel organique) et celle du président chinois, Mao Tsé-Toung ; avec tout ce que cela sous-entend en termes d’alliance entre les masses paysannes et le Parti de l’avant-garde révolutionnaire. À maintes reprises, Mohamed Abed Jabri a tenté de mettre les jalons d’une théorie de lutte des blocs où l’historique fait face à l' »a-historique ». D’ailleurs, c’est dans ce cadre que s’inscrit sa démarche de collaboration étroite avec Abderrahman Youssoufi, et Mohamed Basri, l’ancien résistant et membre fondateur de l’UNFP ; particulièrement depuis le décès de Abderrahim Bouabid. Après la mort du journaliste Mohamed Bahi, en 1996, il a rédigé tout un réquisitoire contre Mohamed Elyazghi, l’éternel n°2 de l’USFP. Dans un document d’une trentaine de pages, il a cité plus d’une cinquantaine de fois le nom de ce dernier, en lui faisant endosser une bonne partie de la mauvaise gestion des appareils organisationnel et financier du parti. Jabri est allé jusqu’à accuser de manière indirecte, Elyazghi, Kerchaoui et Brini, d’avoir suscité l’attaque cardiaque qui a mis fin à la vie de Mohamed Bahi. Cinq années après cette sortie médiatique, voilà l’enfant de Figuig qui revient ; mais cette fois pour défendre son vieil ami Youssoufi et pour justifier le départ de Noubir Amaoui de l’USFP. Car, au sein de ce parti, dit-il, les dissensions internes sont courantes, ne relèvent guère de « l ‘extraordinaire » et ne constituent nullement un secret de polichinelle. Néanmoins, ce qui surprend dans cette acrobatie « théorique », c’est son aspect réductionniste, qui attribue tous les éléments du conflit à des ambitions personnelles et aspirations à la promotion sociale entre les descendants de l’aristocratie citadine et une élite issue du monde rural. Un schéma qui rappelle la dualité Elyazghi – Amaoui .

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