Accès à l’eau potable : Un projet de collecte d’eau de brouillard primé à Paris

Accès à l’eau potable : Un projet de collecte d’eau de brouillard primé à Paris

Le projet «du paysage déserté au pays sage reboisé» de collecte d’eau de brouillard pour renforcer l’accès à l’eau potable basé à Sidi Ifni a remporté récemment à Paris le prix «Suez-Institut de France» dans la catégorie «Accès aux services essentiels».

Ce projet mis en œuvre par l’association Dar Si Hmad pour le développement, l’éducation et la culture s’appuie sur la nouvelle technologie de «CloudFishers» (filets attrape-nuages) qui collecte l’eau de brouillard, la stocke puis la filtre pour approvisionner des hameaux arides, situés hors du réseau d’alimentation en eau potable, dans les territoires de l’Anti-Atlas, au sud-ouest du Maroc. Le projet inclut la formation des habitants et le partage des savoir-faire en adduction et en installation de filets de collecte de brouillard, aux niveaux national et international. Près de 1.200 personnes ont d’ores et déjà accès à l’eau et la consommation quotidienne par personne est passée de 7 à 26 litres entre 2011 à 2016. Aujourd’hui, ce projet de collecte de brouillard est unique en Afrique du Nord. En effet, il est innovant par plusieurs aspects : en termes techniques, car il réside dans la mise en place d’unité de CloudFisher dont le rendement moyen quotidien est de 20 tonnes d’eau moissonnées du brouillard, avec seulement 870m2 de surface de récolte, sur un terrain montagneux difficile, et qui malgré tout requiert une maintenance minime.

En termes sociaux, car les femmes sont gardiennes de cette ressource. Initiées à des ateliers de plomberie et à informer l’association en cas de dysfonctionnement ou de coupure d’eau, ces femmes, analphabètes et mono-langues, sont formées afin de communiquer avec l’association via SMS. De plus, la corvée d’eau leur étant normalement attribuée, leurs nouvelles fonctions et les systèmes des CloudFisher leur font gagner 3,5 heures par jour.

Depuis 2014 des programmes scolaires sur l’eau ont été mis en place et enseignés à des enfants au primaire, dans des écoles généralement mal desservies avec un taux d’attrition élevé pour les filles.

Les filets de collecte de brouillard sont installés sur le sommet du mont Boutmezguida, le plus haut dans la région de l’Anti-Atlas. Les forages servent à minéraliser l’eau pure du brouillard, afin de respecter les normes marocaines de potabilité. En utilisant un unique forage pour mélanger à l’eau de brouillard et en mettant en place un véritable réseau d’adduction, la pression des communautés sur la ressource hydrique baisse considérablement. Les innovations incluent le travail avec les partenaires locaux comme agents du changement et leur mise en relation avec les milieux universitaires pour lier la recherche fondamentale et les espaces ruraux.

Les objectifs sont d’enrayer la désertification rurale en donnant des opportunités de vie, d’enrayer la dégradation des sols en reboisant et en recréant des espaces humides de production fruitière, et de plantes aromatiques et médicinales. Les sous-objectifs incluent de redonner confiance aux habitants en pointant les connaissances qu’ils ont de leur écosystème et des techniques ancestrales.

Les 14 villages sont aujourd’hui desservis par l’eau de brouillard et s’étalent sur une superficie de 32,8 km², pour 119 ménages et environ 660 résidents permanents.  S’y ajoutent près de 600 personnes en situation de «transhumance». Ils reviennent pour les saisons de récolte d’argane, des figues de barbarie ou durant les vacances scolaires pour les travailleurs urbains. Malgré quelques pistes carrossables, la région reste très enclavée.

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