Accouchement : Plus d’un milliard DH déboursé entre 2006 et 2015

Accouchement : Plus d’un milliard DH déboursé entre 2006 et 2015

Les dépenses de l’accouchement par césarienne sont passées de 39% en 2006 à 82% en 2015 de l’ensemble des dépenses du poste accouchement.

1,093 milliard de dirhams, c’est ce qu’a déboursé la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS) de 2006 à 2015 dans le cadre des prises en charge en mode tiers payant des accouchements. La Caisse fait remarquer que ce poste a évolué de 333% durant cette période. Les dépenses ont ainsi quadruplé avec une augmentation de 42% en 2008 suite à la revalorisation du tarif national de référence de la césarienne dans le secteur privé, passant de 6.000 DH à 8.000 DH à partir de février 2008. Ainsi, les dépenses des accouchements par voie normale sont passés de 21 millions DH en 2006 à 30 millions DH en 2008.

En revanche, ces dépenses ont régressé en 2015 pour atteindre 27 millions DH. Ce qui est loin d’être le cas pour l’accouchement par césarienne où les dépenses ont explosé en passant de 13 millions DH en 2006 à 96 millions DH en 2008 puis 120 millions DH en 2015. Les dépenses de l’accouchement par césarienne sont passées de 39% en 2006 à 82% en 2015 de l’ensemble des dépenses du poste accouchement. Il faut dire que durant ces dernières années, les accouchements par césarienne ont fortement augmenté. Au Maroc s’est instaurée une véritable «culture de la césarienne». Une étude réalisée par la CNOPS en 2012 avait révélé des taux anormalement élevés du recours à la césarienne (56% en termes de fréquence). Ce qui signifierait que plus de la moitié des bébés naissent par césarienne.

Ce taux dépasse de très loin le seuil recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui, rappelons-le, est fixé entre 5 et 15%. Un taux inférieur à 5% indiquerait que certaines femmes avec des complications sévères ne recevraient pas le niveau de soins adéquat. Au-delà de 15%, le recours à la césarienne est jugé comme abusif. Il faut signaler à ce sujet qu’en avril 2015, l’OMS avait publié un document sur la pratique des césariennes dans lequel elle avait recommandé pour la première fois que ces actes ne soient effectués que lorsqu’ils sont «médicalement nécessaires». Cette «épidémie», comme la qualifie l’institution internationale, s’explique surtout par la volonté des médecins de se simplifier la vie dans la mesure où les césariennes peuvent être planifiées. 

Quant aux raisons de cette augmentation, la CNOPS avait avancé dans son étude plusieurs facteurs, à savoir le secteur de soins, l’âge de l’accouchée et le type de bénéficiaire (assurée cotisante/conjointe à charge). Mais il faut reconnaître que la césarienne représente un gain financier important pour les cliniques privées. Celle-ci est facturée deux fois, voire trois fois le prix d’un accouchement normal. Outre l’appât du gain, la césarienne permet aussi une économie de temps.  Pour remédier à cette situation, la CNOPS estime que ces taux anormaux de césarienne doivent inciter les parties concernées à instaurer des mesures de maîtrise médicalisée de ce poste en constante évolution.

La CNOPS s’alarme

Dans son étude publiée en juillet 2012 sur les accouchements durant la période 2007-2011, la CNOPS avait pointé du doigt le recours préoccupant de la césarienne au Maroc. Son poids a connu une nette croissance durant cette période  en passant de 36% (8.476 actes) à 50% (12.691) du nombre total des accouchements effectués.  En revanche, l’accouchement par voie basse a régressé en passant de 64 (15.400 actes) à 50% (12.944 actes).   Cette tendance à la hausse des césariennes est également perceptible en termes de dépenses. En 2007, elles ont représenté 62% des dépenses totales d’accouchement contre 75% en 2011. Les dépenses d’accouchement par voie basse ont chuté de 38 à 25%.  Et sans grande surprise, c’est le secteur privé qui accapare les parts les plus importantes en termes de nombre d’actes et de montants réglés pour la césarienne avec respectivement 48 et 74% en 2011 contre 32 et 56% en 2007 du total des actes et des montants réglés en tiers payant de l’accouchement.  Autre constat: en 2011, les cliniques privées ont accaparé 78% du total des actes et 90% du total des remboursements en tiers payant du poste accouchement. A noter que 59% de ces actes ont concerné  la césarienne, ce qui a permis de drainer 79% du total des montants réglés aux cliniques privées en accouchements.

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