Achoura et sorcellerie

Les origines de la sorcellerie remontent à la nuit des temps. Longtemps perçue comme inspirée du démon, elle n’est en fait que le reflet des craintes et des haines les plus poussées d’une société.
La sorcière croit avoir le pouvoir, avec l’aide du démon, bien entendu, de manipuler, comme bon lui semble, tous ceux qu’elle voulait. Elle intervient pour le bien comme pour le mal. Dans le premier cas, elle croit pouvoir rendre un époux, qui a déserté le lit conjugal, amoureux de sa femme, activer un commerce dont l’activité stagne, assurer la réussite d’un candidat, qui fait appel à ses services, dans un examen décisif, faciliter le mariage d’une fille avancée dans l’âge, etc.
Dans l’autre sens, la sorcière, prétendant qu’elle a signé un pacte avec Satan, agit également pour tourmenter tous ceux qu’elle visait. Ainsi, elle croit pouvoir rendre ses victimes sujettes à l’étouffement, au dépérissement, aux meurtrissures, aux contusions, aux douleurs, aux maladies, à la torture ou même à la mort.
Dans la société marocaine, les pratiques sorcières battent leur plein pour ce qui a trait généralement au premier cas, le bien. Les dix premiers jours de l’année de l’Hégire, notamment le dixième jour « la fête de l’Achoura », sont propices à ces pratiques superstitieuses. Les esprits, qui les pratiquent, avancent que pendant ce jour une porte du ciel s’ouvre. Chose qui pourrait favoriser l’aboutissement de l’acte préparé par la sorcière ou par la personne, elle même, en suivant strictement des consignes transmises, notamment dans les cercles des vieilles femmes.
Pendant cette période, les lieux de la vente de certaines plantes médicinales « Laâchoub » utilisées dans ce sens, connaît une forte affluence des femmes. Parmi les pratiques de sorcellerie les plus connues et les plus utilisées à cette occasion, celle de la serviette, communément appelée « Charouita ». Cette pratique consiste à brûler dans un «kanoun » la serviette ayant servi lors d’un rapport sexuel. Cette opération s’effectue après la prière d’Al Asr, au-delà de 16 heures. Ainsi, une fois les spermatozoïdes de l’homme s’allument au feu, ils servent de «bkhour» pour la femme. Cette pratique de « charouita », dit-on dans ces milieux, pousse l’homme à ne plus penser à un acte sexuel avec une autre. Cela revient à dire que son amour pour elle s’intensifie.
La pratique du « kouboul », acceptation, surgit également à l’occasion. La personne, qui cherche à ce que ses demandes soient satisfaites, commerce, administration, mariage, etc, prépare un « hijab » qu’elle porte toujours sur elle ou qu’elle accroche à une branche d’un arbre. Ce « hijab » est constitué d’un « écrit » et des morceaux bien déterminés de certaines herbes médicinales ainsi que d’autres produits exotiques. Plusieurs autres pratiques refont surface à cette occasion. La plus dangereuse et la plus horrible est lorsque les sorcières creusent une tombe et retirent le bras droit du mort pour l’utiliser dans la préparation du couscous. Ce dernier est généralement utilisé, par les femmes, pour la vengeance. La fête de l’Achoura est un événement pieux. Et l’Islam est une religion puissante qui ne laisse aucune place aux pratiques sorcières. Pourtant ces pratiques se sont greffées dans la société depuis la nuit des temps.

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