Adoption en noir des enfants

Faire un enfant d’une relation extraconjugale, dans la société marocaine, suffirait à s’attirer toutes les foudres. Induites en erreur ou séduites, ignorantes ou conscientes, violentées ou complaisantes, elles sont des mères célibataires.
Exclues, poursuivies judiciairement, ces mères célibataires endurent silencieusement des souffrances inhumaines, sous toutes les formes. Notre société ne les reconnaît pas et ne les accepte pas. Les souffrances se multiplient lorsqu’elles pensent à sauver l’enfant-né et échapper aux poursuites de la justice et à l’indignation de l’entourage. Livrer son enfant à une famille pour le prendre en charge dans le cadre de la « Kafala », la procédure relève du parcours de combattant. La famille désirant «adopter» cet enfant est appelée à déposer une demande auprès du juge chargé de l’authentification. Lequel ordonne à la police d’effectuer une enquête pour savoir si la famille demandeuse dispose des moyens nécessaires pour la prise en charge de l’enfant en question. Une fois, l’enquête montre que la famille est en mesure d’adopter cet enfant, le juge leur livre l’acquiescement pour une première inscription chez les « Adouls ». Après c’est l’étape du livret de l’état-civil. Et l’on indique dans la rubrique de « nom du père », la mention « sans père ».
Cet état de choses en plus des poursuites judiciaires poussent la mère célibataire à livrer son enfant « en noir » à une famille pour le prendre en charge. Si cette formule qualifiée par les associations actives dans le domaine « d’adoption sauvage » permet aux deux parties de s’en sortir facilement, elle pose un problème à l’enfant lorsqu’il arrive à l’âge de la scolarité.
Du côté de l’Institution nationale de Solidarité avec les femmes en détresse, (INSAF), on souligne que la majorité des mères célibataires et des familles procèdent de la sorte. « La femme livre son enfant à une famille, visée d’avance ou par intermédiaire, en noir pour retourner rapidement chez elle ou à son travail et échapper à l’indignation de l’entourage », indique une responsable à INSAF.
Une fois l’enfant arrivé à l’âge de la scolarité, c’est la même procédure qui est de mise, ajoute-t-elle. Seulement dans ce cas, la famille dépose une demande auprès du juge chargé de l’authentification en signalant que la mère biologique de l’enfant est inconnue, indique-t-elle. Mais dans les deux cas, l’enfant est inscrit avec la mention « sans père ». Il est à souligner dans ce sens, que certaines familles recourent à des moyens illégaux, falsification de l’attestation d’accouchement et faux témoins, pour inscrire l’enfant avec leur nom de famille.
Maintenant, la réforme de l’état-civil, notamment l’article 16, qui vient d’être adopté par la Chambre des députés, permet à l’enfant naturel de porter le nom de famille du père qui l’adopte. Car, c’est de son avenir qu’il s’agit. Son intérêt doit être au-dessus de toute considération.

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