Ahmed Herzenni : «Je suis confiant quant à l’avenir des droits de l’Homme au Maroc»

Ahmed Herzenni : «Je suis confiant quant à l’avenir des droits de l’Homme au Maroc»

ALM : Comment se passe votre prise de fonction à la tête du Conseil consultatif des droits de l’Homme ?
Ahmed Herzenni : Elle se passe dans d’excellentes conditions, surtout que je connais la plupart des gens qui travaillent au Conseil consultatif des droits de l’Homme. J’ai récemment fait une visite à l’annexe du CCDH à Rabat, après avoir fait connaissance avec l’ensemble du personnel du siège principal de l’institution. Lors de cette visite, j’ai constaté un grand enthousiasme et une volonté commune d’aller de l’avant. Nous sommes en phase de deuil, après la perte douloureuse du regretté Driss Benzekri, en même temps nous sommes conscients des futurs défis et nous sommes déterminés à y faire face. Il faut dire que le défunt est un modèle de dévouement et, en même temps, un exemple de rigueur. Nous allons continuer ce qu’il a commencé.

Quels sont vos chantiers prioritaires ?
SM le Roi Mohammed VI a été clair là-dessus, et cela se reflète dans le communiqué de ma désignation. Il s’agit d’achever le processus des indemnisations individuelles, de signer la convention sur la couverture médicale, et d’enclencher le processus des réparations collectives. Dans ce cadre, nous allons créer des antennes régionales du CCDH. De manière générale, nous allons nous atteler à poursuivre l’exécution des recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation (IER). S’agissant des indemnisations individuelles, nous avons déjà envoyé des chèques à la majorité des postulants. Il y a encore quelques cas difficiles, dus notamment au manque de documents à fournir ou à l’absence de cohérence entre ces documents, mais nous allons essayer de les régler. En ce qui concerne la couverture médicale, la convention était déjà prête à la veille du décès de Driss Benzekri. Nous avons déjà convenu avec le Premier ministre, Driss Jettou, de signer cette convention dans le cadre de la célébration du 40ème jour du décès de M. Benzekri.
Pour ce qui est des réparations collectives, nous nous préparons à créer des antennes régionales. Nous avons déjà des conventions avec les différents ministères concernés et avec des bailleurs de fonds étrangers comme l’Union européenne (UE). Ces conventions, qui portent sur la mise en place de projets de développement régionaux, seront également signées dans le cadre de la célébration du 40ème jour du décès de M. Benzekri.

A qui profiteront les subventions allouées par le gouvernement et l’Union européenne ?
La contribution de l’Union européenne va nous permettre d’obtenir une subvention importante, qui va s’ajouter aux contributions du gouvernement marocain.
Ces subventions permettront, somme toute, de réaliser des projets de développement dans les régions qui ont particulièrement souffert de la répression et de la marginalisation.

On parle dernièrement d’une éventuelle implication du CCDH dans les élections législatives du 7 septembre 2007. Pourriez-vous en préciser les contours ?
Officiellement, nous n’avons pas encore été saisis de cette mission. Mais si on nous demande d’apporter une contribution à l’observation du déroulement du prochain scrutin, nous apporterons cette contribution avec le même dévouement et la même rigueur que nous apportons à toutes nos activités.

À votre avis, les conditions sont-elles réunies pour un déroulement transparent du prochain scrutin ?
Ce n’est pas la première fois que nous aurons des élections. L’exemple de 2002 est assez rassurant, puisque tous les partis qui ont participé à ces élections se sont déclaré satisfaits de leur déroulement et il y a eu très peu de contestation.
Il n’y a pas de raison que les prochaines élections se déroulent dans des conditions moins bonnes.
Les travaux de l’Instance Equité et Réconciliation, comme ceux du CCDH, ont été confrontés à une forte résistance de la part de certains opposants. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Il est normal qu’au tout début du travail de l’Instance Equité et Réconciliation, beaucoup de gens craignent que ces activités soient nuisibles à la stabilité du pays. D’autres craignaient qu’il y ait de la complaisance. Mais à mesure que les travaux se déroulaient, l’IER a démenti les uns et les autres. Et grâce à des personnes comme Driss Benzekri, le CCDH a aujourd’hui une crédibilité considérable, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays.

En ce qui concerne l’affaire de Mehdi Ben Barka, certains font état de « progrès ». En quoi consistent ces progrès ?
Le CCDH va s’atteler à compléter le travail de l’IER, mais tout le monde conviendra qu’il y a des dossiers plus complexes que les autres. Ce que je peux vous garantir, c’est que nous poursuivrons l’étude de tous les dossiers avec le même sérieux et de manière simultanée.

Lors de sa visite fin 2006 au Maroc, l’avocat français de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin, avait reconnu l’évolution de l’enquête menée par le CCDH sur cette affaire, appelant Paris à faire de même. Les autorités françaises refusent-elles de collaborer sur cette affaire ?
Je crois que Me Maurice Buttin avait raison. Effectivement, il faudrait que les Français, aussi bien d’ailleurs que d’autres parties étrangères, aident à régler les questions que pose ce dossier.

Sur quel obstacle achoppe l’enquête sur cette affaire ?
L’obstacle se situe au niveau des témoins et des archives. S’il y a encore des témoins dans l’affaire, je les appelle à se manifester ; d’autre part, toutes les archives nécessaires à l’accomplissement de l’enquête devraient être ouvertes.

L’installation du Conseil supérieur des Marocains résidant à l’étranger est au centre de vos travaux ces derniers mois. A quel stade en êtes-vous arrivés ?
Nous avons mené un processus assez laborieux. Outre un cycle de colloques, au nombre de quatre, ajouté à des consultations intenses entreprises dans tous les pays d’accueil, nous avons distribué un questionnaire à remplir à des centaines de personnes. Nous en sommes aujourd’hui au stade de la synthèse. A cet effet, un comité spécial a été constitué. Il devra livrer un rapport sur lequel le CCDH va se baser pour élaborer une proposition qui sera soumise à SM le Roi Mohammed VI.

Etes-vous confiant quant l’avenir des droits de l’Homme au Maroc ?
Les droits de l’Homme se portent de mieux en mieux au Maroc. Je ne vois pas qui pourrait dire le contraire. Nous sommes à un moment de consensus, sinon d’unanimité, et je crois que nous devrions tous veiller à ce que ce soit ainsi dans le futur.


Herzenni, un parcours dévoué à la bonne cause

M. Ahmed Herzenni que SM le Roi Mohammed VI a nommé président du Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH), est né en 1948 à Guercif. Titulaire en 1994 d’un doctorat en sociologie et en anthropologie de l’université du Kentucky (Lexington) aux Etats-Unis, M. Herzenni a occupé plusieurs postes. M. Herzenni, ancien détenu, a entamé sa carrière professionnelle en tant qu’enseignant au collège (1971-1986) avant d’exercer en tant que chercheur à l’Institut national de recherche agronomique de Settat (1986-1995) et de Rabat et Settat (1997-2006) puis en tant que professeur à l’université Al Akhawayne d’Ifrane (1995-1996). En novembre 2006, il a été nommé par SM le Roi Mohammed VI secrétaire général du conseil supérieur de l’enseignement. M. Herzenni a occupé les postes de consultant national et international sur les questions agricoles, de développement rural et de gestion des ressources naturelles et environnementales, d’approche participative et de formation professionnelle outre sa fonction de directeur de la revue de l’INRA et membre participant aux unités de formation et de recherche à la faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat-Agdal.  Il est également membre du réseau maghrébin des experts en sciences sociales, du forum maghrébin des études sociologiques, de la commission scientifique de traitement des résultats du recensement général de la population et de l’habitat (2004) et du comité scientifique du rapport sur les 50 ans de développement humain au Maroc.  M. Herzenni a, en outre, occupé les postes de secrétaire national d’"Appel citoyen" et celui de coordonnateur de l’observatoire national de la transition démocratique et est fondateur du groupe national de recherche sur la démocratie locale.
Le nouveau président du CCDH est également titulaire d’un diplôme d’études approfondies en sociologie (faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat). M. Herzenni, qui a obtenu en 2005 le prix de la FAO, est depuis 2001 membre de la commission administrative exécutive du groupe international sur l’action collective et les droits de propriété jusqu’à sa nomination en tant que membre du conseil supérieur de l’enseignement. M. Herzenni est marié et père de deux enfants.
 

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