Ajdir : un destin détourné

Ajdir : un destin détourné

La commune d’Ajdir est située à une soixantaine de kilomètres de Taza. En septembre 2004, le caïd, le chef de la commune, des conseillers de la deuxième Chambre au Parlement et des élus s’étaient déplacés pour inaugurer en grande pompe les sites archéologiques qui ont été découverts dans la région. La grotte El Houria, vielle de près de 350 millions d’années et la source Assaloua attirent chaque année des centaines de touristes venus parfois de l’autre bout du monde. «La deuxième chaîne nationale avait tourné un reportage dans notre province. Elle avait parlé de la richesse culturelle et historique de ces sites archéologiques. Depuis, beaucoup de touristes, surtout étrangers, viennent visiter le coin», raconte Mohamed Boudlah, originaire d’Ajdir. 
Les habitants de cette petite commune attendaient cette visite avec beaucoup d’intérêt et d’impatience. Ils avaient tout prévu ; le buffet qu’ils ont payé de leur poche et le traiteur qu’ils ont ramené de Fès. Ils ont généreusement dépensé la somme de 30.000 DH-une fortune pour les habitants- pour offrir un copieux déjeuner à leurs hôtes.
Ces derniers étaient venus aussi avec des promesses et des idées de projets qui contribueraient au désenclavement de Taza et de sa province. Le conseiller de la commune d’Ajdir avait, en effet, annoncé dans son discours le lancement de plusieurs projets touristiques et sociaux. «Il a promis du travail aux jeunes filles et garçons de la commune. Il nous a promis de faire le nécessaire pour faire de notre village un coin touristique très prisé. Nous l’avons vraiment cru», précise M. Boudlah.
En fait, les habitants, longtemps oubliés et marginalisés, nourrissent dès lors un grand espoir. L’avenir prend pour eux les couleurs de l’optimisme. Du coup, certains ont même  commencé à  réfléchir à des petits projets générateurs de revenus, mais ils ont dû vite déchanter. Trois jours à peine après l’inauguration du site archéologique, ils ont eu droit à un autre comportement pour le moins brutal. “Le caïd arrive et ordonne la démolition du site, explique Boudlah, en colère.  « Très tôt le matin, on est surpris de constater que l’intérieur de la grotte a été démoli. Le Caïd a même menacé d’emprisonnement toute personne qui s’approcherait de la source d’eau. Nous nous sommes réunis au centre du village pour manifester contre cette attitude inacceptable», ajoute M. Boudlah.
Une manifestation qui n’a, en fait, rien changé à la situation.
Le chef de la commune d’Ajdir, Abdessalam Amghar, affirme qu’il ignore ce qui s’est réellement passé: «Il n’y a jamais eu de problème de ce genre, c’est juste de la propagande. C’est vrai qu’il y a eu des promesses au sujet de quelques projets mais jusqu’à ce jour, rien n’a encore été réalisé ».
El Bied Hassan, conseiller à la commune, indique de son côté que «la région a toujours été marginalisée. Nous faisons des mains et des pieds pour créer des associations et communiquer sur les besoins de notre commune. Qui n’aimerait pas voir sa commune sortir de l’isolement et s’enrichir?»
C’est aussi la question que se posent les habitants d’Ajdir. Ils n’arrivent toujours pas à comprendre ce qui leur arrive.
D’ailleurs, ils ne sont pas à leur première déception. Plusieurs projets ont essayé de prendre forme dans la région, mais peine perdue.
En 1999, Hassan Boudlah, originaire de la même commune, implante une usine de fabrication de tapis à Ajdir. «J’ai quitté mon village très jeune pour aller m’installer à Salé où j’ai monté une usine de tapis.
Lorsque j’ai acquis de l’expérience dans ce domaine, j’ai voulu monter le même projet à la commune d’Ajdir. Je voulais surtout aider les jeunes filles de la région à disposer d’un revenu ». Au début, tout se passait très bien. Près de 140 jeunes filles gagnaient ainsi leur vie en travaillant comme ouvrières dans cette  petite unité  «Elles étaient ravies de travailler et d’apprendre un métier. Elles étaient surtout heureuses d’occuper leurs journées et de gagner de l’argent », explique le promoteur de l’investissement.
Au bout de quatre mois, le travail s’arrête. Les ouvrières s’absentent les unes après les autres. Hassan Boudlah ne sait plus quoi faire pour faire revenir les filles.
Quand il apprend la raison de ce qui ressemble à une grève qui ne dit pas son nom, il en est resté abasourdi : «Le caïd avait engagé des hommes, dont un Fquih, pour menacer mes ouvrières. La majorité d’entre elles sont des analphabètes, faciles à manipuler et prêtes à croire toutes sortes de mensonges». M. Boudlah s’est alors retrouvé seul, avec une manufacture dans les bras, ne sachant quoi entreprendre devant ce qu’il qualifie d’abus de pouvoir.

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