Al Bachir : «la RASD, une cause chimérique»

ALM : Après trente ans de service dans les rangs de l’armée du Polisario, vous êtes revenu au Maroc. Pour quelle raison avez-vous fait défection ?
Sid Al Bachir Ould Brahim : Je ne suis pas le seul soldat à avoir fait défection des forces armées du Polisario. Plusieurs autres, dont des hauts gradés, ont fui les camps de Tindouf pour aller s’installer en Espagne, en Mauritanie, entre autres pays. Depuis quelques années, la situation militaire est insoutenable. En plus de l’ennui, qui sape le moral des troupes, un fort sentiment d’indignation couve au sein de cette armée. De plus en plus de voix s’élèvent dans les casernes pour attirer l’attention sur la détérioration des conditions de vie de soldats sous-payés. Personnellement, quoi que responsable d’une unité militaire, je n’arrivais pas à joindre les deux bouts avec un salaire d’1 million de dinars algériens. Ce n’était pas suffisant pour nourrir huit enfants. L’enrichissement illégal des dirigeants du Polisario, par le détournement des aides humanitaires internationales, en a rajouté au sentiment de privation et de frustration. Nos familles manquaient du strict minimum pour leur survie, les mieux d’entre elles habitaient dans des maisons construites en pisé, alors que le reste était loti sous des tentes. En plus, nos enfants étaient exposés à toutes sortes de maladies, compte tenu de l’absence notable de services de soins.

De retour chez vous, comptez-vous poursuivre votre carrière militaire dans les Forces armées royales ?
Contrairement à plusieurs ralliés, qui sont d’anciens cadres politiques du Polisario, je suis soldat de formation. J’ai une expérience militaire de trente ans, et donc je voudrais mettre cette expérience au service des Forces armées royales (FAR).

Qu’avez-vous retenu de votre passé militaire avec le Polisario ?
Après avoir servi, en 1972 à Laâyoune, dans les forces d’occupation espagnoles, j’ai intégré en 1975 l’armée du Polisario. Sergent, j’ai d’abord participé à des combats contre l’armée mauritanienne. Par la suite, j’ai été promu pour diriger une division de blindés basée dans la troisième zone qui était sous le commandement d’Ayoub Lahbib, un autre rallié. J’étais à la tête d’une division de 200 soldats, qui a livré plusieurs batailles contre l’armée marocaine. Peine perdue. Aujourd’hui, je me rends compte que je me suis battu pour une cause chimérique. C’est une conviction partagée aujourd’hui par le commun des soldats restés à Tindouf, contre leur gré. L’humiliation, voire l’intimidation qu’ils subissent au quotidien, nourrit chez eux un sentiment de révolte accru.

Que pensez-vous des menaces de «retour aux armes» proférées par le Polisario ?
De quelles armes parle le Polisario ? En plus des défections en série qu’a connues son armée, réduisant l’effectif humain à son strict minimum, la direction du Polisario doit également faire face à la dégradation notoire de son matériel militaire. Pour s’en rendre compte, il suffit de rappeler que, lors de la commémoration du soi-disant trentième anniversaire de la création du Polisario, plusieurs véhicules militaires étaient tombés en panne en plein défilé à Tifariti.

En retournant dans votre pays natal, vous avez ramené avec vous un seul fils. Qu’en est-il du reste de votre famille ?
Je n’ai réussi à ramener que le fils benjamin, un adolescent de 16 ans. J’ai laissé dans les camps un autre enfant, il s’agit d’un soldat comme moi. Fuir avec son père en même temps était très risqué, sachant que les soldats sont soumis à un régime très répressif. J’ai d’ailleurs déjà perdu plusieurs frères dans les camps de Tindouf, morts sous la torture dans les geôles de Dhaïbia : il s’agit des regrettés Mahjoub, Cheïkh Ould Brahim, et M’Hamed Ould Brahim. Je ne voulais donc pas que mon fils soldat subisse le même sort. Pour le reste de mes enfants, ils sont maintenant en Andalousie, avec leur mère ayant la nationalité espagnole.

Après être rentré à Laâyoune, quel est votre état d’esprit actuel ?
Je suis heureux d’avoir pu retrouver ma mère vivante, je l’avais quittée il y a trente ans. Elle est aujourd’hui âgée de 84 ans. Avec ma mère, mes quatre frères et sœurs, et mon fils Saïloum, je mène, aujourd’hui à Laâyoune, un train de vie paisible. 

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