Alaoui : «Le seuil de 7 % n’est pas démocratique»

Alaoui : «Le seuil de 7 % n’est pas démocratique»

ALM : Les problèmes et la polémique refont surface au sein de la Koutla et la majorité à propos des lois électorales. Qu’en est-il exactement ?
Ismaïl Alaoui : Il n’y a pas de problèmes entre nous et nos alliés aussi bien au sein de la Koutla qu’au sein de la majorité gouvernementale. Ce qu’il y a, est que nous avons des idées différentes concernant les décisions prises par la majorité et notamment celles décidées pour les partis qui n’ont pas eu 3 % des voix lors du scrutin législatif de 2002. Il faut souligner ici que ces décisions concernent aussi bien des formations politiques créées après ce scrutin, mais aussi des partis qui sont là depuis longtemps.

On a aussi l’impression que votre parti n’est pas d’accord avec le seuil de 7 %. Qu’en dites-vous ?
Le pourcentage de 7 % est un peu excessif. Cela représente, à titre de comparaison avec celui retenu pour les législatives de septembre 2002, une progression de près de 130 %. Il faut dire aussi que ce pourcentage, en soi, ne pose pas de problème quand on sait que l’écrasante majorité des députés siégeant actuellement au Parlement ont été élus avec un taux qui dépasse 7%. Mais, pour rester dans le cadre des lois, ce pourcentage ne correspond pas au taux des 5 % retenu par la loi sur les partis politiques et qui est pris en considération pour la répartition de la subvention étatique. Il y a quelque chose qui ne colle pas dans tout cela.

Mais vous semblez plutôt vous soucier plus pour vos camarades des partis de la gauche radicale…
Je le redis encore : le seuil de 7 % est une décision qui n’est pas démocratique et non pas uniquement pour les partis de la gauche. Toutefois, des formations de gauche, qui ont toujours boycotté les élections (PADS et Annahj Addimocrati notamment, NDLR), ont exprimé leur volonté de participer au changement que connaît tout le pays, mais le seuil décidé par la majorité pourrait les en empêcher et les pousser à camper sur leurs positions antérieures. C’est un grand danger pour les forces progressistes au moment où le pays en a le plus besoin. On peut s’attendre aussi à ce que beaucoup de citoyens n’aillent pas voter et cela aussi ne sert en rien le projet démocratique du pays auquel nous travaillons tous.

Le PPS et l’Alliance socialiste pourraient-ils voter contre ces projets de lois électorales au Parlement ?
Le Parlement est fait pour discuter, aborder tous les aspects et parvenir aussi à des solutions qui arrangent tout le monde. Je pense que lors de cette étape, il pourrait y avoir une chance pour parvenir à des dispositions mieux adaptées à la réalité de notre champ politique et social.

L’USFP, votre allié au gouvernement et dans la Koutla, appelait à l’instauration d’un seuil de 10 %. Ne s’agit-il pas d’un point de vue qui vous est hostile ?
Je ne le crois pas. C’est un point de vue qui se respecte, mais qui, dans la réalité, n’est pas praticable vu, comme je l’ai dit, la nature de notre champ politique et les caractéristiques de la société marocaine en général.

Pour le reste, que préconisez-vous ?
Hormis les décisions concernant les partis politiques nouvellement créés ou ceux qui n’ont pas eu 3 % des voix en 2002 et le seuil de 7 %, nous aurions aimé que les prochaines élections se déroulent dans des circonscriptions plus grandes avec, comme corollaire, un nombre plus grand de candidats. Cela permet, à mon avis, plus de représentativité.

CADRAGE

Les petits partis (PP) ont leur mot à dire dans les élections pour peu qu’ils se rassemblent au sein d’une coalition. À partir de là, leur dénonciation du seuil de représentativité de 7% comme un moyen anti-démocratique destiné à les exclure est un argument très discutable. Pourquoi ne pas inverser le problème et voir dans ce taux certes élevé une occasion de les pousser à fusionner ? A condition bien sûr de dépasser les querelles autour de la chefferie.
Cela dit, s’aligner sur un pourcentage inférieur par un nivellement par le bas est faisable mais cela ne va faire que renforcer davantage la dispersion des voix et l’émiettement de la carte politique dont les PP sont les premières victimes  alors que tout le monde appelle de ses vœux la recomposition d’un champ partisan très éclaté. Il faut savoir ce que l’on veut.
On a d’ailleurs vu les scores électoraux des petites formations lors des dernières législatives. Trop insignifiants même à un seuil minimal de 3% pour prétendre à une représentation au Parlement.
Si celles-ci avaient fait campagne sous la bannière de l’union, elles auraient probablement siégé sous la coupole. Autrement, pourquoi se présenter aux élections si on n’a pas la capacité d’enlever des sièges? D’où la question essentielle que les chefs des petits partis doivent se poser à eux-mêmes : participe-t-on eux élections pour faire de la figuration ou pour espérer prendre part à la gestion des affaires publiques? En matière électorale, c’est le dernier objectif qui doit primer y compris pour la coalition des petits partis (CPP) que le PPS peut éventuellement très bien encadrer.

3 % et 7 %, le casse-tête des pourcentages

Dans le projet de loi 22-06, adopté lors du dernier Conseil de gouvernement, les candidats qui se présenteront sous les couleurs des partis n’ayant pas atteint 3 % du total des voix en 2002 doivent réunir 1.000 signatures d’électeurs dans, au moins, 8 régions du Royaume et à condition que les signatures collectées dans chaque région ne représentent pas moins de 5 % du total. Pour le 7 %, c’est le taux de voix requis pour participer à la répartition des sièges que ce soit au niveau national ou local. Autrement dit, toute liste n’ayant pas obtenu 7 % au moins des votes exprimés est éliminée d’office. En 2002, ce pourcentage était de 3 % seulement.

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