Alcootests au Maroc: Indispensables bien qu’impopulaires ?

Alcootests au Maroc: Indispensables bien qu’impopulaires ?

On l’avait annoncé il y a quelque temps déjà, et voilà que le grand méchant éthylotest fait son entrée dans nombre de grandes villes du Royaume: Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger, Agadir… Dans la capitale économique, le soir venu, des barrages sont installés un peu partout autour de Ain Diab dans le but de contrôler les automobilistes «pompette».

Une mesure qui reste impopulaire chez bon nombre de consommateurs d’alcool, mais aussi chez de nombreux propriétaires de bars et débits de boisson à la corniche. Nous sommes, en effet, un vendredi soir, un jour de la semaine où la corniche de Casablanca est d’habitude fort achalandée. Pourtant, ses promenades semblent cette fois désertées. Le froid y serait-il pour quelque chose ? «Non», nous dit-on.  

«C’est depuis l’installation des barrages d’alcootests, que nous avons remarqué une baisse sensible de notre chiffre d’affaires et aussi un fort amenuisement des fréquentations», déclare le propriétaire d’un bar restaurant célèbre à Casablanca.  

Sévérité pour les contrevenants

Mais qu’est-ce qui dissuade donc tellement les gens à sortir faire la fête ? Tout simplement une loi jugée «draconienne». Ainsi est punie d’un emprisonnement de six mois à un an, «toute personne qui, même en l’absence de tout signe d’ivresse manifeste, conduit un véhicule, alors qu’elle se trouve en état d’ivresse ou sous l’influence de l’alcool caractérisé par la présence dans l’air expiré ou dans le sang d’un taux d’alcool fixé par l’administration ou sous l’influence de substances stupéfiantes ou sous l’effet de certaines substances médicamenteuses contre-indiquées pour la conduite d’un véhicule».

Les contrevenants risquent gros : une amende salée qui se situe entre 5.000 et 10.000 dirhams, mais aussi une suspension du permis de conduire de six mois à un an. Cette dernière peine pourrait même être doublée pour les récidivistes. La définition même de «récidiviste» est sans équivoque et la loi est claire : «Est en état de récidive, l’auteur qui commet l’infraction dans les cinq (5) ans qui suivent une condamnation ayant acquis la force de la chose jugée pour des faits similaires».

Un seuil de tolérance pas très… tolérant !

Plusieurs analystes s’accordent à dire que les alcootests sont le symbole que la pratique de boire de l’alcool est désormais acceptée. D’ailleurs des spots télévisés de sensibilisation sur les dangers de l’alcool au volant, notamment chez les jeunes, ont été largement diffusés aux heures de grandes audience. «On commence donc à admettre ouvertement le fait que l’alcool est consommé au Maroc et par une grande frange de la société», nous apprend un sociologue du laboratoire universitaire CM2S.

Mais si cette pratique est «acceptée», elle reste toujours aussi réprimée. Ainsi pour les alcootests, le seuil de tolérance est établi au Maroc à seulement 0,2 gramme par litre de sang. À titre comparatif, la limite fixée dans un pays comme la Belgique correspond à 0,5 gramme par litre de sang. Des mesures considérées comme «indispensables» par le ministère du transport. Selon les dernières statistiques publiées, l’alcool se place en tant que deuxième cause d’accidents au Maroc avec une moyenne de 3.500 morts et 10.000 blessés par an.

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