Algérie-Espagne : de l’eau dans le gaz

Algérie-Espagne : de l’eau dans le gaz

Les rois d’Espagne, Juan Carlos 1er et Sofia ont entamé, hier mardi 13 mars, une visite d’Etat en Algérie. Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, qui a accueilli les Souverains espagnols à l’aéroport d’Alger, affichait un air de satisfaction remarquable. Celui de quelqu’un qui voit son rêve s’accomplir, enfin, après une très longue attente.
En effet, cela fait des années que le président algérien demandait cette visite d’Etat des rois d’Espagne à son pays. Ce fut le cas sous le gouvernement de José Maria Aznar. Mais, ce dernier, dont il vient de faire l’éloge dans un entretien au quotidien espagnol El Pais, n’avait pas réussi à convaincre le Souverain espagnol de faire le déplacement à Alger. Homme d’Etat expérimenté et doué d’une grande finesse diplomatique, SM Juan Carlos 1er savait que le fait d’envisager une telle visite en Algérie en pleine crise avec le Maroc n’était pas dans l’intérêt de l’avenir des relations de l’Espagne avec ses voisins du sud. La demande d’Aznar fut rejetée. Et enfin, quand il a commencé à désespérer, il a fini par en faire une condition préalable à toute coopération avec le royaume d’Espagne. Un message allant dans ce sens a été transmis aux autorités espagnoles par le ministre algérien des Affaires étrangères, Mohamed Bedjaoui, en novembre de l’année dernière.
Mais, ce n’est que trois ans après la normalisation des relations avec le Maroc que le chef de l’Etat espagnol a accepté l’invitation algérienne. Et la visite a été programmée au lendemain de la réunion à Rabat de la Haute commission mixte maroco-espagnole dont les travaux ont été couronnés de succès et qui a été marquée par l’annonce du soutien du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero au projet de l’autonomie comme une voie de solution pour le conflit du Sahara.
Un soutien qui a été très mal apprécié par le pouvoir algérien qui est allé jusqu’à vouloir «sanctionner» le gouvernement espagnol en décidant d’augmenter les prix du gaz naturel qu’Alger exporte vers l’Espagne à travers le gazoduc du détroit et qui transite par le Maroc. Dans un article intitulé « Madrid paie son alignement sur le Maroc » publié dans son édition d’hier mardi, le quotidien algérien El Watan a indiqué que : «Si la politique algérienne en matière de prix du gaz était jusque-là imbriquée, à tort ou à raison, à ses rapports, voire ses proximités avec certains puissants pays d’Europe, sans qu’elle n’en tire forcément une plus-value politique, la démarche va apparemment changer». L’auteur de l’article ajoute par ailleurs que : «au-delà des 150 millions de dollars supplémentaires qu’elle engrangera en augmentant d’un seul dollar le prix de son gaz, l’Algérie dispose d’un instrument aussi puissant que le pétrole pour "punir" économiquement ceux qui la contrarient diplomatiquement». Le message est clair : du chantage au gaz.
Mais, le gouvernement espagnol ne cédera pas au chantage. Le jour où il devait arriver en Algérie, le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos, a publié une «tribune libre» sur les colonnes du quotidien espagnol El Pais où il a réitéré la position de son gouvernement sur la question du Sahara. «Le Maroc a mis sur la table un élément nouveau, d’un intérêt indubitable, et considère que cela pourrait générer une nouvelle dynamique de dialogue pour sortir de l’impasse actuelle», a dit M. Moratinos. Le chef de la diplomatie espagnole a aussi envoyé un message clair aux Algériens en soulignant que la recherche d’une solution acceptée par les deux parties est de nature à «aider les pays du Maghreb à refermer la plaie ouverte il y a trente ans et qui empêche la naissance de ce Maghreb uni et prospère». Moratinos rappelle ainsi que le règlement définitif de l’affaire du Sahara sert aussi bien les intérêts d’Alger que ceux des autres pays maghrébins. Mais le pouvoir algérien ne semble pas être intéressé par la stabilité de la région. Dans un entretien accordé (par écrit) au quotidien El Pais, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a non seulement rejeté le projet d’autonomie au Sahara marocain, mais il est même allé jusqu’à menacer le Maroc de la reprise des armes par le Polisario. «C’est une hypothèse qui, à mon avis, ne devrait pas être exclue», a-t-il répondu au journaliste qui l’interrogeait sur une éventuelle reprise des hostilités entre le Maroc et la bande à Abdelaziz.

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