Algérie : Une menace nucléaire ?

Le programme nucléaire algérien suscite la préoccupation de la communauté internationale et spécialement des pays riverains de la Méditerranée occidentale qui y voient une menace pour la sécurité et la stabilité de la région.
Cette préoccupation s’est dernièrement accrue après la visite du président de la république populaire de Chine, Hu Jintao, à ce pays et ses entretiens privés avec le chef de l’Etat algérien, Abdelaziz Bouteflika. Mais, ce qui a sonné l’alarme dans les capitales occidentales demeure la signature, à l’occasion de la visite du président chinois, d’un « Accord de coopération technologique » entre les deux pays et dont la teneur a été maintenue secrète. Toutefois, l’objet de l’accord en question est un secret de polichinelle puisque nul n’ignore que la Chine soutient l’Algérie depuis plus d’une dizaine d’années dans le développement de son programme nucléaire.
En effet, l’Algérie possède deux centrales nucléaires qui ont été construites et dont les réacteurs ont été fournis par la Chine populaire. Il s’agit du réacteur « Essalam » (la paix) construit dans la région d’Ain Oussara située à quelque 150 kilomètres au sud de la capitale algérienne, et du réacteur dit « Annour » (lumière) situé à Douira.
Et si ce dernier, construit par une entreprise argentine, est d’une petite capacité ne dépassant pas théoriquement « un mégawatt » et ne constitue donc aucun véritable danger, le premier constitue une menace réelle à la sécurité dans la région. En effet, la centrale d’Ain Oussara, contrairement à celle de Douira, a été construite dans un objectif militaire. D’ailleurs, dès son inauguration, vers la fin de l’année 1993, elle a suscité la polémique quant à son objectif réel, et ce pour plusieurs raisons.
Premièrement, le réacteur de cette centrale est d’une capacité de 15 mégawatts ce qui lui permet de produire annuellement jusqu’à cinq kilogrammes de plutonium destiné à des fins militaires. Ce qui signifie, selon les experts des services d’intelligence occidentaux, que l’Algérie peut fabriquer une bombe nucléaire par an. D’ailleurs, la centrale est dotée de tous les laboratoires et la technologie nécessaires à la transformation du Plutonium. Il est à signaler qu’en 1995, une inspection menée par des experts de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) dans cette centrale avait permis de découvrir plus de trois kilogrammes d’uranium enrichi ainsi que d’autres dérivés nucléaires dont l’Algérie n’avait pas informé de leur existence. Cette découverte avait été à l’origine d’une grande polémique entre l’Agence internationale et l’Etat algérien.
Deuxièmement, il est à signaler que les cheminées de refroidissement de la centrale « Essalam » sont très grandes par rapport à une capacité de 15 mégawatts et peuvent accueillir parfaitement un réacteur allant jusqu’à 60 mégawatts. À ce propos, les observateurs internationaux estiment que l’accord conclu entre Pékin et Alger, il y a deux semaines, pourrait concerner l’achat et l’installation d’un réacteur ayant une grande capacité.
Troisièmement, la centrale est protégée par des batteries de lancement de missiles Sam de grande capacité, ce qui signifie que le pouvoir algérien la considère comme un site militairement stratégique et la défend ainsi de toute tentative d’espionnage ou de destruction aérienne. Enfin, il est à rappeler que bien qu’elle ait adhéré en 1995 au traité de non-prolifération d’armes nucléaires, elle refuse toujours de signer un protocole permettant à l’AIEA d’effectuer des visites-surprise aux installations nucléaires algériennes.
Outre ces données techniques, plusieurs rapports émanant d’organismes gouvernementaux occidentaux ont sonné l’alarme contre le programme nucléaire algérien. Aux Etats-Unis, l’un des plus grands experts américains sur la question de la prolifération d’armes nucléaires, Henry Sokolski, a publié, en mars 2003, dans le journal américain «The Weekly Standard», un article dans lequel il affirme que l’Algérie a l’intention de fabriquer des armes nucléaires. L’article intitulé « Two, three, many North Koreas » affirme que la centrale d’Ain Oussara « suscite la crainte de certains experts à cause de la taille de son réacteur, du grand système de défense aérienne dont il est entouré et du fait que ses constructions soient couvertes ». Les craintes de Sokolski sont très importantes du fait qu’elles émanent d’un ancien conseiller politique de l’ex-président américain, George Bush père. Sokolski est aussi un ancien cadre du Pentagone et de la Centrale américaine d’intelligence (CIA). D’ailleurs des photos du site d’Oussara prises par des satellites américains ont récemment été publiées. Leur analyse confirme, selon des sources américaines, les soupçons des experts internationaux quant à l’usage militaire du réacteur dit « la paix ».
La préoccupation de l’agence américaine d’intelligence rejoint ainsi plusieurs rapports émanant d’autres services. Rappelons qu’en Espagne, le Centre National d’Intelligence (CNI) avait affirmé, dès 1998, que l’Algérie aurait des armes nucléaires à partir de l’année 2000. Un rapport des services secrets espagnols réalisé en juillet 1998 avait informé ses services alliés des intentions algériennes. « Le programme nucléaire algérien conçu à son origine dans un objectif clairement militaire, continue à se doter des installations nécessaires pour effectuer toutes les activités relatives au cycle de production du plutonium de degré militaire et qui constitue un élément-clé dans tout programme d’armement nucléaire » affirmait le rapport du CNI.
En somme, tout semble indiquer que l’Algérie continue avec son projet de se doter de l’armement nucléaire menaçant la stabilité de la région, ce qui devrait inciter la communauté internationale à l’obliger à se conformer à la légalité internationale et à suivre l’exemple de la Libye qui a pris la décision courageuse d’abandonner la course aux armes de destruction massive.

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