Ali Bensouda : «La gouvernance est un élément structurant et capital»

Ali Bensouda : «La gouvernance est un élément structurant et capital»

Entretien avec Ali Bensouda, directeur du Pôle prévoyance de la CDG en charge de la gestion de la CNRA et du RCAR

Le big-bang en général peut avoir des effets d’explosion avec des conséquences non souhaitables. Mais les réformes qui concernent des millions de Marocains doivent apporter une réponse globale qui s’inscrit dans la durée en impliquant l’ensemble de intervenants.

ALM : Combien avez-vous de retraités et cotisants ?

Ali Bensouda : Permettez-moi de replacer la gestion de du RCAR et de la CNRA dans un cadre plus global. Les métiers de la prévoyance et celui de la retraite en particulier ont été à l’origine de la création de la CDG. Nous le faisons pour les pouvoirs publics, pour l’Etat et au service du citoyen.  Nos réserves s’élèvent aujourd’hui à 100 milliards de dirhams (MMDH) en valeur comptable et 115 MMDH en valeur marché. A travers le RCAR et la CNRA, nous interagissons avec 850.000 citoyens dont 450.000 dans le domaine des retraites alors que le reste est géré à travers le fonds de solidarité. Cette interaction se fait également au profit d’un certain nombre d’adhérents puisque la configuration initiale du RCAR telle qu’elle a été structurée est de gérer les retraites des salariés des établissements publics sous contrôle de l’Etat et aussi le personnel des collectivités locales et de l’Etat. C’est l’un des régimes qui de par son architecture est basé sur une mixité entre capitalisation et répartition qui comprend une population de 450.000 actifs à droit (qui n’ont pas une carrière forcément pleine mais qui auront droit à une pension) et 130.000 actifs cotisants. L’horizon de viabilité du régime va jusqu’en 2042.

Quel a été le mode de gouvernance adopté au sein du RCAR ?       

La gouvernance est un élément structurant et capital pour pouvoir gérer selon les meilleures pratiques. Le RCAR est une institution de prévoyance et de retraite qui est confiée en gestion à la CNRA qui est elle-même gérée  par la CDG. Nous avons décidé de faire une séparation de rôles entre la fonction gouvernance du RCAR et la fonction exécutive. La fonction gouvernance est incarnée par un comité de direction composé des représentants des pouvoirs publics ainsi qu’une représentation des adhérents affiliés. La fonction exécutive qui gère est, quant à elle, dotée d’un certain nombre de dispositifs organisationnels qui permettent de servir toujours l’intérêt du retraité. Concernant la gestion financière, nous avons introduit une gouvernance à trois étages avec un comité de pilotage global, soutenu par un comité d’investissement qui applique les grandes orientations d’investissements en plus d’un comité de suivi. Par ailleurs, nous avons procédé depuis 2003 à l’intégration de 22 caisses internes de retraites dans les établissements publics qui étaient dans le passé génératrices de certaines hétérogénéités. Le RCAR a été le réceptacle naturel pour l’intégration de ces caisses tout en permettant aux entreprises publiques concernées de se concentrer sur leurs métiers de base.

De par votre expérience, quelle est votre lecture de la réforme et les mesures à prendre à court et long termes ?

Si vos permettez, je voudrais bien apporter une nuance. La réforme des régimes de retraites n’est pas une prérogative des gestionnaires que nous sommes. Notre rôle est surtout celui d’informer, d’alerter ou de participer à tous les débats en tant qu’experts ou gestionnaires mais la décision est prise par les instances compétentes. Nous avons donc un rôle en tant que gestionnaires d’éclairer de manière factuelle sur les pistes de réforme mais la réforme est une prérogative des pouvoirs publics. Il faut dire aussi que la réforme des retraites est un long processus en raison de la nature même de notre «industrie». Ainsi, des mesures ont déjà été prises, notamment la réforme paramétrique de 2016 qui a permis d’apporter une réponse conjoncturelle. Sur la base des travaux déjà effectués, le schéma retenu devait nous permettre d’aller vers un système de retraite bipolaire avec un premier pôle pour le public et un second pour le secteur privé.

Selon vous, à quel horizon la réforme systémique sera-t-elle mise en œuvre? Croyez-vous dans le big-bang pour réformer ?

Il faut d’abord prendre en considération deux éléments structurants. D’abord, la confiance qui doit être toujours là ainsi que la confiance dans la volonté des pouvoirs publics d’apporter des réponses qui s’inscrivent dans la durée pour apporter de l’équité et de la cohérence dans la gestion des régimes de retraite. Il y a aussi le lancement d’une nouvelle étude qui permettra de définir avec des données plus techniques et de manière factuelle l’ensemble des facettes qui sont à même de répondre à cette problématique d’équité et de convergence. Le big-bang en général peut avoir des effets d’explosion avec des conséquences non souhaitables. Mais les réformes qui concernent des millions de Marocains, doivent apporter une réponse globale qui s’inscrit dans la durée en impliquant l’ensemble de intervenants, à savoir les pouvoirs publics, les employeurs et les représentants des affiliés.

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