Amal Chabach : «Dans les couples marocains, on ne sait pas communiquer et s’écouter»

Amal Chabach : «Dans les couples marocains, on ne sait pas communiquer et s’écouter»

ALM : Comment est venue l’idée d’écrire cet ouvrage. Et pourquoi avoir attendu 10 ans pour le faire ?
Amal Chabach : Au départ j’étais occupée pour le lancement de mon cabinet. En 2000, j’étais la première femme sexologue au Maroc et c’était l’inconnu pour moi et pour mes patients. Mon objectif était consacré de faire connaître cette spécialité qu’est la sexologie. J’ai alors commencé à écrire des articles dans des médias qui osaient à l’époque parler de sexualité notamment dans «Femme du Maroc». Au début, les patients étaient plutôt rares. J’avais en moyenne deux à trois patients durant la semaine. Et c’était essentiellement des hommes. Il y a trois ans, je me suis dit qu’il fallait absolument écrire un ouvrage qui traite de la sexualité car les couples n’ont aucun repère. J’ai alors commencé à écrire dès que je trouvais un peu de temps libre, chose qui est assez rare dans ma profession. Au fur et à mesure que j’écrivais, je n’étais pas satisfaite de mon travail car il y avait tellement de choses à dire. Et du coup, j’ai dû me contenter de l’essentiel sinon je n’aurai jamais pu terminer l’écriture de cet ouvrage. J’ai abordé dans cet écrit les problèmes les plus fréquents dans la sexualité mais il y a beaucoup de thèmes qui n’ont pas été traités telles que la sexualité chez la femme ménopausée, l’homosexualité…. Ce n’est pas que je ne voulais pas en parler mais je me suis dit pourquoi ne pas le faire par la suite. Il m’a fallu trois ans pour écrire cet ouvrage mais j’ai finalement réussi à le finaliser en 1 mois et demi. Je n’ai pas essayé à chercher un éditeur. J’ai dû tout financer moi-même. Une décision que je ne regrette pas, bien au contraire. C’est ouvrage est en quelque sorte mon bébé.

Quels sont les messages que vous véhiculez dans cet ouvrage?
Il faut d’abord se demander à qui s’adresse cet ouvrage. Je l’ai écrit d’abord pour les personnes qui ne se sont pas encore mariés pour leur dire que le mariage n’est pas une finalité. C’est une expérience extraordinaire à travers laquelle on évolue à deux. Ce livre est aussi destiné aux couples qui sont souvent déçus. J’essaie de leur donner des conseils. Ce livre est en fait un repère. Une bonne communication, du respect et beaucoup d’amour sont les principaux «outils » pour réussir sa vie conjugale.

Quels sont les problèmes les plus fréquents du couple sur le plan relationnel ?
L’un des principaux problèmes est la non communication. Dans les couples marocains, on ne sait pas  communiquer et s’écouter. Communiquer ce n’est pas seulement parler mais c’est avant tout écouter l’autre. Cela dit, tout dépend de la manière avec laquelle on communique c’est-à-dire les mots que l’on utilise, est ce que l’on parle avec agressivité ou au contraire avec douceur… Il y a aussi les problèmes financiers. La majorité des divorces ont pour origine un conflit financier. Je pense que la meilleure solution pour éviter ce genre de problème est d’avoir un compte maison en commun. Il faut aussi relever les problèmes familiaux. Bon nombre de couples mettent en péril leur mariage pour ne pas décevoir leur parent. Il est important de souligner que l’origine de beaucoup de problèmes conjugaux est la relation fusionnelle de la mère avec son fils ou le père avec sa fille.

Le couple marocain est en souffrance. Qu’est-ce qui explique ce mal être ?
Il y a un malaise réel. Il suffit d’observer les statistiques sur le divorce. Plusieurs raisons expliquent ce malaise. Bon nombre de gens idéalisent le mariage. Ils projettent un bonheur parfait et une fois mariés, ils sont déçus. Ils attendent beaucoup l’un de l’autre. Un jour, une patiente qui me parlait de son mari m’a confié qu’il ne lui disait pas des mots tendres mais je lui ai rappelé que lorsque qu’ elle avait des problèmes, il était toujours à ses côtés. Et je lui ai alors fait comprendre qu’il avait peut-être du mal à communiquer, à exprimer ses émotions et qu’il fallait lui apprendre. Son mari joue pleinement son rôle de partenaire mais cela ne lui suffit pas, elle est toujours insatisfaite. De manière générale, on constate que les gens sont perdus, ils n’ont plus de repères.

Vous déclarez dans votre ouvrage que les femmes utilisent la sorcellerie pour avoir le dessus sur leur conjoint. Est-ce une pratique de plus en plus fréquente dans notre société ?
Il n’y a pas une Marocaine qui par curiosité n’est pas allée voir un fkih ou une voyante. C’est quelque chose qui est ancré dans notre culture. Ces personnes constituent en quelque sorte un second psy pour les gens qui se sentent mal, qui sont en position de faiblesse. Il est difficile de quantifier cette pratique, la sorcellerie constitue un sujet plus tabou que la sexualité. C’est l’interdit de l’interdit. Des hommes viennent me confier que leurs femmes ont recours à la sorcellerie. Certains vont même jusqu’à avouer qu’ils ont peur d’éjaculer par peur que leurs femmes prennent leur sperme pour les ensorceler.

Quels sont les problèmes les plus fréquents que les femmes rencontrent dans leur sexualité?
Je commencerai par la nuit de noces. Quand la femme est encore vierge et qu’elle attend cette défloration, elle pense qu’elle va être transportés au Paradis.Le problème est que si la défloration est faite de manière brutale, elle va alors être très douloureuse et cela peut tourner au cauchemar. Par conséquent, la jeune épouse aura un contact avec la sexualité qui sera désagréable voire même dégoûtant et cela va se répercuter tout au long de sa vie. Il y a des femmes qui n’ont jamais vu leur sexe. Et par conséquent, elle délègue tout à l’homme. Ce qui est une erreur de leur part. Il faut d’abord apprendre à connaître son corps. Le rapport sexuel doit être un plaisir à deux. Parmi les autres problèmes figure l’anorgasmie. De plus en plus de femmes viennent me voir pour apprendre à avoir du plaisir et un orgasme. La femme doit savoir comment activer son orgasme. C’est elle qui en est responsable, son mari est là pour l’accompagner. Autrement dit, c’est elle qui le déclenche. De manière générale, les femmes ne savent pas avoir d’orgasme. Elles ne savent pas le stimuler. Il y a des techniques, des manières de le déclencher. Un jour une de mes patientes m’a dit que son mari l’appelait Jésus parce qu’elle ne bougeait pas au lit. Le partenaire a également un rôle important à jouer .Par exemple, s’ il n’accorde que 2 à 5 minutes de préliminaires et qu’il entre en pénétration durant 2 minutes, sa partenaire ne pourra jamais avoir d’orgasme. Sur le plan mécanique, c’est impossible. Il faut à la femme au minimum 20 à 30 minutes de préliminaire, le temps que son vagin se lubrifie après quoi, il faut compter 15 à 20 minutes de pénétration. L’orgasme de la femme est plus complexe que celui de l’homme. Chez les hommes, c’est purement mécanique alors que pour la femme c’est tout un ensemble ( le cerveau, le relationnel).

Qu’en est- il pour les hommes?
Les problèmes les plus fréquents sur le plan sexuel sont l’éjaculation précoce, la dysfonction érectile ainsi que l’inhibition du désir, un problème que l’on rencontre d’ailleurs chez les deux sexes. En ce qui concerne l’éjaculation rapide, je vois de plus en plus d’hommes qui viennent me voir avant le mariage et qui me confient qu’ils ne peuvent pas se marier tant qu’ils ne seront pas guéris. Ils ont peur de se marier avec ce problème d’éjaculation rapide. Effectivement, c’est un problème sérieux mais cela ne doit pas pour autant les bloquer. Les hommes ont cette peur de ne pas être performant sur le plan sexuel. Cette peur peut se répercuter sur l’érection.

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