Amal Chabach : «La sécheresse vaginale induit une diminution du désir sexuel»

Amal Chabach : «La sécheresse vaginale induit une diminution du désir sexuel»

ALM : La ménopause change-  t- elle radicalement le rapport à la sexualité chez la femme? Autrement dit, est-ce que les femmes ménopausées manifestent un déclin de leur intérêt pour la sexualité?
Amal Chabach : Nous vivons dans une société qui a ses croyances bien particulières. De manière générale, les femmes, une fois mariées, ayant eu des enfants, et prenant de l’âge, ne s’intéressent plus à la sexualité. Elles s’occupent de plus en plus de leurs enfants et petits-enfants, et leur intérêt majeur est de «préparer au maximum leur départ pour l’autre monde» et par conséquent, elles se détournent de la sexualité et plongent dans la religion.

Quelles sont les causes des troubles de la sexualité au cours de la ménopause?
Les causes sont multiples. Elles sont tout d’abord, physiques, tels qu’une sécheresse vaginale ou une diminution d’hormones sexuelles induisant une diminution du désir sexuel. Ensuite, relationnelles, car souvent si le couple est resté ensemble pour différentes raisons sans forcement être heureux ensemble, la maturité et le départ des enfants provoquent des querelles interminables.
La femme ne se tait plus et exprime toute sa rancœur enfouie depuis des années pour protéger sa famille et élever ses enfants. Parfois, c’est l’époux, qui, ayant accompli «sa mission», qui est celle d’éduquer et d’élever ses enfants, explose et part, mais cette situation est rare car l’homme en général n’aime pas vivre seul…

Quelles sont les plaintes les plus fréquentes chez les femmes ménopausées par rapport à leur sexualité ?
Sincèrement, depuis dix ans de pratique, j’ai reçu 2 ou 3 femmes ménopausées qui viennent me consulter pour vivre une meilleure sexualité. Par contre, j’ai reçu plusieurs époux qui se plaignent du manque d’intérêt de leur partenaire pour la sexualité, ne comprenant pas pourquoi elles les laissent tomber et se sentent souvent seuls et frustrés. Parfois, par dépit, ils vont même chercher à avoir des rapports extraconjugaux pour ressentir encore leur virilité et l’admiration de la femme. C’est dommage, car leurs épouses sont capables de leur offrir tout cela, il suffit qu’elles soient réceptives et compréhensives quant à leurs demandes, qu’elles respecteront avec amour et émotion juvénile.

Comment faire l’amour après la ménopause ?
Toujours avec amour, attention, créativité, échanges, et sensualité. Nous sommes les mêmes malgré les changements que notre corps subit… des éternels enfants ayant besoin d’être aimés pour ce que nous sommes sans jugements ni critiques, avoir envie de jouer et de ne plus nous en faire pour les aléas de la vie, donc l’échange sexuel est le moment sacré durant lequel tout est possible, où le temps s’arrête, donnant naissance à l’éclosion de nous-mêmes, quel que soit l’âge…

Y a-t-il une limite d’âge chez les femmes pour avoir des rapports sexuels?
Physiologiquement parlant, la femme est apte à avoir des rapports sexuels jusqu’à son dernier soupir. Le problème réside essentiellement dans le manque de certaines hormones que le médecin traitant prescrira en compléments thérapeutiques pour permettre une sexualité fluide et agréable tels que des œstrogènes locaux ou des lubrifiants à cause de la sécheresse vaginale.


La ménopause vue par Nabil Ghazouane

La ménopause, biologiquement, correspond à l’arrêt de fonctionnement des ovaires. En général ce serait entre 40 et 55 ans. Certes, ce processus de cessation est progressif, ne s’installe pas d’un seul coup ; ce qui fait distinguer trois moments de ménopause :
a- la pré ménopause qui s’étend de trois à quatre ans. Ici, la progestérone diminue mais la sécrétion d’estrogène est active. Ceci peut se traduire par une petite prise de poids, un gonflement des seins ou de l’abdomen qui n’est pas du tout méchant. Quand la femme entame sa cinquantaine, elle peut se rendre compte de trois choses surprenantes : une sécheresse vaginale, des bouffées de chaleur et une irrégularité de ses règles, correspondant à une baisse de la production d’estrogènes. b- l’arrêt total des règles, cela veut dire que les ovaires cessent de produire des estrogènes. A cet effet, les bouffées de chaleur augmentent : pour compenser le manque d’estrogènes, par une stimulation des centres cérébraux; augmentation du taux de FSH d’origine cérébrale et effondrement du taux d’œstradiol. c- la post ménopause où on assiste à un arrêt du dérèglement hypothalamique. Les ovaires ne produisent plus d’hormones. Ces données biologiques méconnues, le passage de la ménopause peut induire la femme dans une situation stressante. D’abord, vis-à-vis d’elle-même. On assiste à une baisse du désir libidinal, des troubles d’humeur et des signes d’angoisse. Ensuite au niveau des investissements : on remarque un retrait de motivation et une dépréciation de l’image de soi. En fin au niveau relationnel, la femme en ménopause a tendance à restreindre ses relations, voire à développer une certaine mélancolie paranoïaque. Vous savez, on peut, jusqu’à un certain point, comparer l’état psychologique de la femme en ménopause à celui que traverse la personne lors de l’adolescence. Le drame que traverse la femme ménopausée est souvent inhérent à son environnement et aux considérations culturelles de la féminité, de la fertilité et de la maternité. Bien sur, l’arrivée de la ménopause, si la femme n’y est pas préparée, acceptée et soutenue, pourrait être un facteur déclenchant d’une pathologie psychique maintenue en latence jusqu’ici. Vous savez, notre refoulée n’attend que des après coups pour émerger sous forme d’attitudes, d’idées ou de symptômes. En arabe, on dit, sinne al ya’ss – âge du renoncement ! Comme si la femme devait être sevrée d’un certain caprice, devait renoncer, au fond, à sa féminité, à son statut de femme de mère et d’épouse plaisante et séductrice. Au Maroc, une Association AMEM, est créée pour aider la femme marocaine à traverser cette étape avec le moins de risque. Dans ma pratique thérapeutique, il m’est arrivé de travailler avec des personnes en situation de ménopause. En général, ce sont des femmes qui ont du mal à renoncer à leur féminité, se débattant avec la représentation de la maternité dans la culture musulmane. La femme ménopausée peut aussi avoir le démon de midi et aspirer à être désirée, aimée par l’homme. Pour conclure, ce bref éclairage, je dirais que l’étape de la ménopause est une aventure stimulante, aussi bien pour le conjoint que pour la femme, dans laquelle celle-ci atteint une maturité remarquable à tous les niveaux. Les sentiments ne peuvent être que profonds et sincères. La sexualité n’est plus un pis aller, mais une aventure par laquelle on apprécie la vie, et le sentiment de maternité arrive, avec la femme ménopausée, à décoller de la progéniture pour embrasser tout élément créatif de son entourage à commencer par l’époux, passant par son chez soi à d’autres créations artistiques, littéraires, ou pratiques spirituelles, etc.

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