Anapec : La poudre aux yeux

L’Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) a décidé, dimanche, de sortir de son mutisme, devant la pression des mouvements de protestation des milliers de victimes de l’opération des 30 000 emplois fictifs de la société émiratie Al Najat. Mais les propos du communiqué n’éclairent rien, en définitive, et n’apportent aucun élément concret à même de susciter un quelconque espoir chez les victimes de cette arnaque qui risque de donner lieu à des réactions en chaîne que tout le monde redoute.
Le communiqué n’a pas, non plus, et contrairement à l’intention de ses auteurs, dégagé la responsabilité de l’ANAPEC dans la caution donnée à cette opération qui est en train de se révéler une pure escroquerie. Une certaine manière de réécrire l’histoire de cette triste affaire ne peut en aucun cas cacher pour longtemps l’accumulation des décisions hâtives, le manque de discernement dont ont fait preuve ceux qui ne se sont pas entourés des précautions nécessaires avant d’engager la responsabilité de l’État marocain dans cette mascarade.
Le communiqué pèche d’abord par son caractère évasif qui n’appelle pas les choses par leur nom et laisse planer le doute, encore une fois, sur le fiasco de l’opération. Le directeur de l’ANAPEC continue à parler de «retard de l’opération de recrutement», de «mesures nécessaires pour protéger les droits des candidats», là où il ne s’agit plus de candidats à quoi que ce soit, et où il importe beaucoup plus de parler de personnes abusées, trompées, volées, arnaquées… Que veut dire Chafik Rached lorsqu’il affirme que l’ANAPEC « a veillé depuis le début à ce que l’opération soit entourée de toutes les garanties »? et qu' »elle a fait tout ce qu’il fallait faire allant jusqu’à mener ses propres enquêtes et qu’aucun élément matériel pouvant faire douter de l’opération n’est apparu ni au début de l’inscription des candidats ni à toute autre étape » ?
Qu’est-ce qu’il faut comprendre par là, lorsqu’on sait que de partout dans le monde, du Kénya, de la Syrie, de la Jordanie, de l’Inde, du Pakistan, de Londres, de la Roumanie, du Vietnam, sont parvenus des signaux et des mises en garde pour alerter les gouvernements sur les agissements délictueux d’Al Najat ?
Mieux encore, dans son communiqué, l’ANAPEC évoque les dernières tractations entre elle et les responsables d’Al Najat. «Le 12 août 2002, la société Al Najat a envoyé une lettre par laquelle elle demande d’entamer les procédures de transport pour 5.000 personnes vers Oslo et ceci aux frais des employeurs. Elle a transmis, selon le communiqué, une autre lettre au directeur d’une clinique à Casablanca demandant une contre-visite médicale pour les membres du premier groupe, également aux frais de l’employeur », nous dit le texte signé Chafik Rached, D.G de l’ANAPEC. Mais pas un mot sur la signification et la suite qu’il donne à cet épisode dont le timing a coïncidé avec la période de pré-campagne électorale et dont le seul objectif fut de gagner du temps avant l’inévitable flop de l’ensemble de l’opération. Sinon, qu’est-ce qui a été entamé concrètement comme procédures pour l’expatriation des candidats ? A-t-on demandé finalement un seul visa à la Norvège ou à tout autre pays étranger qui devait accueillir, ne serait-ce qu’en transit, les candidats à l’émigration ? Mais sans même évoquer cet aspect des choses, le seul examen des formulaires et documents qui ont supporté toute cette opération révèle qu’ils n’ont aucune valeur juridique, selon les spécialistes et experts en la matière. Même, pour établir le préjudice, les victimes ne sont pas en possession de contrats de travail en bonne et due forme qui leur permettront de faire valoir leurs droits.
Alors quand l’ANAPEC exprime « son engagement à défendre leurs intérêts et leur affirme qu’en tout état de cause, ils bénéficieront de leurs droits », ce n’est que pure phraséologie. Outre le fait que cet organisme public ne dispose d’aucune ressource qui lui permettrait de mobiliser des fonds correspondant aux montants faramineux qu’il se propose de rembourser aux dizaines de milliers de victimes, toutes les déclarations concernant les garanties fournies par Al Najat ne tarderont pas à s’avérer aussi fallacieuses que celles relatives aux emplois promis sur des bateaux fictifs. Il demeure qu’une commission ministérielle va se réunir incessamment sous la présidence du Premier ministre, Président du conseil d’administration de l’ANAPEC Ce sera l’occasion de prendre les décisions vigoureuses et radicales qui s’imposent et qui sont attendues par les foules d’escroqués et leurs familles. Le nouveau gouvernement et la Chambre des représentants qui seront installés dans le proche avenir auront, rapidement, à prendre à bras le corps ce scandale social et à diligenter une vaste enquête pour délimiter les responsabilités et faire la vérité la plus exhaustive sur les dessous de cette affaire et ses ramifications tant nationales qu’internationales.

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