Anis Birou: «La grande majorité des jeunes MRE est attachée à son pays d’origine et maîtrise l’arabe, l’amazigh et les dialectes»

Anis Birou: «La grande majorité des jeunes MRE est attachée à son pays d’origine et maîtrise l’arabe, l’amazigh et les dialectes»

Entretien avec Anis Birou, Ministre chargé des Marocains résidant à l’étranger et des affaires de la migration

Le ministère chargé des Marocains résidant à l’étranger et des affaires de la migration met les jeunes marocains résidant à l’étranger au cœur de ses préoccupations. Anis Birou, ministre de tutelle, nous explique les grandes lignes de la stratégie établie pour accompagner les jeunes MRE dans leur développement dans leur pays d’origine et les pays d’accueil.

ALM : Pourquoi le ministère des Marocains résidants à l’étranger et des affaires de la migration met les jeunes au cœur de ses préoccupations ?

Anis Birou : La question des jeunes MRE revêt une importance particulière pour notre pays. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a souligné de son discours prononcé le 20 août 2012 et qui avait valeur prémonitoire, qu’on ne peut évoquer aujourd’hui la jeunesse marocaine, sans s’adresser également à sa composante représentant nos jeunes compatriotes issus de l’immigration et établis à l’étranger. «Leur solide attachement à leur pays qui entretient avec eux des relations de grande proximité reflète leur pleine adhésion aux orientations que nous avons tracées et aux chantiers de développement que nous avons lancés», précise Sa Majesté le Roi. La culture, l’identité, le renforcement des liens avec le Maroc, l’éducation et l’insertion économique, sont autant de questions qui nous préoccupent envers les jeunes MRE.

Que fait le ministère dans ce sens pour mieux connaître ces jeunes MRE avant de leur faire connaître le Maroc ?

Le Ministère a lancé une série d’études pour connaître les attentes et les besoins des MRE et identifier leur situation. Il est très important pour nous de mieux connaître les jeunes générations des marocains à l’étranger afin d’identifier les leviers favorisant leur réussite mais aussi pour les protéger. Les jeunes issus de l’immigration en général sont la cible de propagandes et d’influences dans un contexte assez particulier marqué notamment par la montée des partis de l’extrême droite et de l’accroissement de l’islamophobie dans les pays d’accueil. Voici le véritable défi qui nous est tous lancé aujourd’hui, c’est de prémunir nos jeunes compatriotes à l’étranger à la fois des courants radicaux et des politiques islamophobes de certains pays de résidence.
Dans le même sens et compte tenu de l’importance particulière accordée aux jeunes marocains résidant à l’étranger, il a été décidé de célébrer la journée nationale du migrant, organisée le 10 août de chaque année, sous le thème : «Nos jeunes à l’étranger : potentialités et défis d’avenir».

Pourquoi avoir choisi cette thématique et quel est l’objectif de cette année ?

Le choix de la thématique de cette année est évidemment motivé par le fait que les jeunes constituent le levier de développement socio-économique du Maroc et les porteurs de l’identité et de la culture marocaines dans les pays d’accueil. L’objectif est de s’arrêter sur le bilan des réalisations en faveur des jeunes marocains résidant à l’étranger et les grands défis futurs. De même, cette occasion permettra de présenter les expériences réussies de nos jeunes à l’étranger dans différents domaines et d’aboutir à des propositions opérationnelles à même de participer à la promotion de la situation de cette population.

De combien de jeunes MRE parle-t-on aujourd’hui ? Où est-ce qu’ils sont basés?

Les jeunes MRE sont estimés à près d’un million, dont la moitié sont des femmes, soit plus de 20% de l’ensemble de la communauté marocaine établie à l’étranger, qui est répartie dans plus de 100 pays d’accueil. L’analyse qualitative et quantitative de la dynamique migratoire marocaine laisse présager que la majorité des jeunes MRE est établie dans les pays à forte concentration de la communauté marocaine, particulièrement dans les pays d’Europe, notamment la France, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique. La majorité de ces jeunes, environ 62%, a un niveau d’études supérieur au baccalauréat.

Quels sont les besoins et les attentes des jeunes MRE ?

Le ministère a lancé une étude dans ce sens, afin de diagnostiquer les besoins et les attentes des jeunes MRE et pour définir, par la même occasion, les mesures à mettre en place afin de mieux les accompagner dans leurs parcours. Les premiers résultats du diagnostic révèlent que la grande majorité des jeunes, âgés entre 15 et 30 ans, reste attaché à son pays d’origine. Ils maîtrisent l’arabe, l’amazigh et les dialectes, ils visitent régulièrement le Maroc et considèrent leur double culture comme une richesse inestimable dont ils sont fiers. Les besoins de ces jeunes sont généralement liés au renforcement de leur lien avec le Maroc, à la promotion de leur participation à la vie politique et associative dans le pays d’accueil, ainsi qu’à l’insertion dans le marché d’emploi. Il est donc nécessaire pour nous de les accompagner afin d’assurer leur intégration socio-économique et veiller à leur réussite scolaire.

L’enseignement des enfants MRE revêt une importance capitale dans la stratégie adoptée par votre ministère, quel constat faites-vous sur les performances scolaires de ces enfants ?

Afin de mieux les accompagner dans leur scolarité, il est nécessaire d’avoir une vision claire de leur situation. Vu les circonstances actuelles que traversent plusieurs pays d’accueil, caractérisées essentiellement par les évolutions et les transformations démographiques, le ministère a lancé une étude d’abord pour diagnostiquer les performances scolaires des enfants des MRE et par la suite définir les besoins et les mesures à mettre en place. Ce diagnostic a été réalisé à travers une analyse documentaire, des entretiens et des focus groups dans les pays d’accueil et l’analyse des politiques éducatives de ces pays.

Quels sont les résultats de ce diagnostic ?

Il ressort des résultats de ce diagnostic que la performance scolaire des enfants de la communauté marocaine à l’étranger est conditionnée par plusieurs facteurs liés principalement à leur environnement social et familial et au faible niveau d’encadrement associatif. Nous avons constaté que la faible implication des parents et tuteurs d’élèves est considérée comme le facteur majeur de leur démotivation et par conséquent de la faiblesse de leur performance scolaire. A cela s’ajoute le manque des ressources humaines, financières et des moyens techniques des associations de soutien scolaire. Ce qui entrave l’efficacité de leurs programmes.

Quels sont les outils mis en œuvre par votre ministère afin d’améliorer la performance scolaire des élèves MRE ?

Afin de mieux contribuer à l’amélioration de la performance scolaire des élèves MRE, le ministère a jugé utile d’inscrire la stratégie proposée dans le cadre d’une approche participative. Pour ce faire, il a organisé un atelier auquel ont pris part dix-huit représentants d’associations de MRE, actives dans le soutien scolaire dans les pays d’accueil, en plus des acteurs institutionnels concernés. Lors de cette rencontre consacrée à la présentation et à la discussion des résultats du diagnostic réalisé et du plan d’actions, différents programmes traduits par plus de vingt projets ont été retenus d’un commun accord. Ils ciblent essentiellement la mobilisation des acteurs concernés, l’accompagnement scolaire des élèves, ainsi que le renforcement des acteurs associatifs et la coopération internationale. La sensibilisation et la communication ciblant surtout les familles, les parents et les tuteurs des élèves sont un volet qui a fait l’unanimité de tous les acteurs.

Qu’en est-il de l’implication du secteur associatif dans ce cadre ?

Le ministère mise sur les associations de MRE œuvrant dans le domaine du soutien scolaire des élèves MRE dans les pays d’accueil. En leur qualité de relais et de courroie de transmission entre le ministère et la communauté marocaine à l’étranger, elles sont capables de mobiliser les partenaires dans les pays de résidence pour plaider en faveur de leurs projets. Le ministère a ainsi signé, le mois dernier, des conventions de soutien et de partenariat avec 18 associations exerçant dans les pays d’accueil et porteuses de 20 projets entre autres celles dont le centre de préoccupation est le soutien et la performance scolaire des enfants MRE.

Quelles sont les activités organisées par le ministère dans le cadre des programmes socioculturels en faveur des jeunes MRE ?

Le ministère a lancé une série d’actions au profit des jeunes MRE, dont la plus récente est le forum des jeunes MRE organisé en mai 2016 à Marrakech, en présence de quelque 200 jeunes en provenance de 21 pays d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique et âgés entre 18 et 25 ans. C’était une occasion pour les jeunes participants d’approfondir leurs connaissances sur le Maroc dans différents domaines et connaître mieux les problématiques liées à la question du Sahara marocain tout en mettant en exergue leurs attentes et préoccupations. Ces programmes socioculturels tendent ainsi à renforcer les liens de la jeune communauté marocaine établie à l’étranger avec son pays d’origine, au même titre que les programmes des Universités d’été, des colonies de vacances et des séjours culturels.

Qui sont les partenaires qui ont pris part à l’organisation de la programmation socioculturelle pour les jeunes MRE cette année ?

Les Universités d’été, destinées aux jeunes étudiants MRE âgés entre 18 et 25 ans, sont organisées chaque année en partenariat avec les universités marocaines. L’édition de 2016 a été organisée en partenariat avec l’Université Abdelmalek Essaâdi à Tétouan et a permis aux jeunes MRE de se rencontrer, de tisser des liens et de constituer des réseaux entre eux en prenant connaissance de l’histoire et de la civilisation du Maroc et des chantiers lancés. Le Forum des jeunes MRE, comme déjà mentionné, a été organisé du 11 au 15 mai à Marrakech, en partenariat avec l’Université Cadi Ayyad. Les séjours culturels, autre programme initié par le ministère en faveur des MRE de tout âge, sont par ailleurs organisés avec le tissu associatif marocain à l’étranger.

Quel est le principal objectif de ces programmes ?

Faire connaître le Maroc aux jeunes MRE et leur permettre de s’intégrer davantage dans la société d’accueil sont les objectifs de la politique culturelle dont font partie ces programmes. Car ces jeunes, compétences de demain, constituent l’un des principaux atouts du Maroc et un pont important entre leur pays d’origine et le pays d’accueil.

Ces programmes font donc partie de toute une politique culturelle à destination de la diaspora ?
Effectivement. Afin de répondre aux attentes et aux besoin des Marocains du monde, le ministère chargé des Marocains résidant à l’étranger et des affaires de la migration a élaboré une nouvelle politique culturelle en 2015. Elle permet ainsi d’avoir une offre culturelle variée et compatible avec les particularités des Marocains résidant à l’étranger selon chaque pays de résidence et chaque zone géographique.

Quels sont les piliers et les axes stratégiques de cette politique culturelle ?

Cette politique culturelle à fort impact repose sur deux piliers. Il s’agit en effet de la concrétisation de l’image d’un Maroc moderne et attaché à ses traditions, ouvert et résolument fier de ses ressortissants ainsi que de la mobilisation des moyens innovants. Les axes stratégiques sont au nombre de quatre. Il s’agit tout d’abord de mettre en place une offre culturelle reposant sur les traditions et les valeurs, connectée et en phase avec les attentes des Marocains du monde. D’assurer ensuite un environnement favorable à la création et à la diffusion qui met en relation les acteurs MRE et le Maroc et de mettre en place des moyens efficients pour une action culturelle à fort impact. Et enfin, d’encourager une dynamique de professionnalisation de l’action culturelle en faveur de la communauté marocaine résidant à l’étranger tout en définissant un mode de gouvernance adéquat.

Qu’en est-il des actions menées dans ce sens à l’étranger ?

Un intérêt particulier a été porté au programme des centres culturels marocains à l’étranger «Dar Al Maghrib». Cette nouvelle politique à laquelle adhèrent plusieurs partenaires gouvernementaux et institutions concernées ambitionne de valoriser les efforts visant à préserver l’identité nationale des Marocains du monde dans ses dimensions culturelles, linguistiques et religieuses et à renforcer leurs liens avec leur pays d’origine. Les activités sont programmées, dans ce sens, dans les pays de résidence comme au Maroc.

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1 Comment

  1. BENHAIDA

    Vraiment cet article me fait rire M.Anis vous vous foutez de nos gueules mais c’ est tjrs le pays qui va payer cher.on va voir avec le prochain gouvernement

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