Assises de la presse : Le nouveau contrat

Assises de la presse : Le nouveau contrat

Vendredi 11 mars, Centre international Mohammed VI des conférences à Skhirat. Le temps, particulièrement clément par cette matinée se prêtait franchement plus à une balade en solitaire ou en amoureux sur les bords de la superbe plage avoisinante, qu’à une séance de travail. Mais les centaines de ceux et celles parmi cette petite communauté de journalistes que compte le Maroc qui ont fait le déplacement n’ont pas eu à le regretter.
L’ambiance est bon enfant, le climat détendu et serein. Annoncées comme une première dans les annales de l’Histoire du journalisme écrit au Maroc, les Assises de la presse (11 et 12 mars) auront bel et bien atteint leurs objectifs. Entre séances, tirées parfois à l’excès, de « thérapie de groupe », selon l’expression d’une consoeur et réflexions sérieuses et de propositions pour améliorer le présent comme l’avenir de la profession, cet événement via les différents débats qui l’ont traversé, les grandes nouvelles qui l’ont marqué, aura été, sans conteste, un succès.
Dès la séance d’ouverture, le ministre de la Communication, Nabil Benabdellah annonce la couleur : une enveloppe budgétaire annuelle de 50 millions de DH sera consacrée au soutien des entreprises de presse.
Une somme allouée aux entreprises de presse dans le cadre du contrat-programme signé entre le gouvernement et la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ) (voir ALM n°854 du 11 au 13 mars). L’aide sera accordée en contrepartie du respect par les entreprises de presse des dispositions du contrat-programme relatives notamment à l’évolution et à la modernisation de leurs structures et sera soumise à une évaluation après une année. Une avancée réelle donc, doublée de bien d’autres, tant en termes de partenariat qu’en termes de la volonté du secteur d’agir en toute liberté, mais aussi en toute responsabilité, au service de sa mission, celle d’informer. Une volonté dont les différents aspects ont été débattus lors de séances plénières marquées par des interventions de qualité allant dans le sens de la nécessaire modernisation du secteur, son indépendance et son développement, avec toutes les dispositions et mesures que de tels chantiers impliquent.
Dressant un état des lieux exhaustif du secteur, ces Assises auront été, dans ce sens, l’occasion de formuler plusieurs recommandations, regroupées dans un rapport final présenté samedi à l’issue des deux jours de travaux, par l’ancien ministre de la Communication, Mohamed Larbi Messari. Parmi ces recommandations, figure en bonne place la nécessaire réforme du cadre juridique, étant donné que le code en vigueur n’accompagne pas les développements en cours et que la profession est soumise à plusieurs législations (code de la presse, code pénal, loi antiterroriste…), qui ne sont pas toujours cohérentes. Appelant à cet égard à l’amendement et à l’actualisation du cadre juridique de la profession dans le cadre d’une réforme globale, le rapport souligne également la nécessaire indépendance de la justice.
Dans leurs recommandations, les participants ont souligné la nécessité de créer une chambre chargée de gérer les affaires journalistiques et de garantir le droit du journaliste à accéder à l’information, à ne pas divulguer ses sources et à présenter les preuves dont il dispose durant toutes les étapes d’un éventuel procès. L’accès à l’information doit s’ériger en droit, les sanctions privatives de liberté supprimées, la déontologie de la profession renforcée.
Il a été également souligné que la création de l’Instance nationale indépendante de la déontologie de la profession de presse et de liberté d’expression constitue un premier jalon sur la voie de la mise en place d’un conseil national de la presse. Appel a été fait pour éviter l’amalgame entre liberté d’expression, un droit de société, et liberté de la presse, qui est un droit du journaliste, «ce qui nécessite, selon le rapport, la révision du rôle du journaliste et de la classe politique».
Adaptation des lois, autorégulation mais aussi modernisation de l’entreprise de presse et l’organisation du marché. Sur ce point, les participants ont mis l’accent sur la nécessité de procéder à un diagnostic des besoins et d’entamer une série de réformes accompagnatrices, notamment celles visant à assurer les conditions de l’émergence d’une entreprise de presse, à travers l’organisation du marché sur la base de la transparence, l’adoption d’une approche de gestion avec des objectifs précis, la modernisation du système de distribution et l’élaboration d’un plan d’action réaliste permettant de promouvoir le lectorat, maillon aussi vital pour le développement de la presse, mais qui demeure très faible. Maillon tout aussi vital, l’élément humain : un intérêt particulier aux journalistes doit par là être accordé. L’harmonisation du statut des journalistes professionnels aux nouvelles dispositions du code du travail, la signature de la convention collective, l’instauration d’un régime salarial digne de la mission du journaliste, la promotion de la formation et de la formation continue s’imposent de fait. Du chemin reste donc à faire, mais la volonté, illustrée par la tenue même d’une telle manifestation, ne manque pas.
Une manifestation que l’on veut désormais régulière et tenue une fois par an, le meilleur moyen d’avancer étant la concertation. Et à chacun de tirer ses propres conclusions.

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