Attentat d’Istanbul : Les commentaires de la honte

Attentat d’Istanbul : Les commentaires de la honte

Des centaines de publications sur Facebook ont traité les victimes de tous les mots

La bêtise humaine n’a pas de limite. À quelques heures de l’annonce de l’attentat d’Istanbul, des centaines de publications sur Facebook ont traité les victimes de tous les mots. «Mécréants», «la honte du pays» ou encore «prostituées» ont été, entre autres, les propos diffamatoires balancés sur la Toile. Si ces commentaires ont suscité l’indignation des internautes qui n’ont pas hésité à signaler certains comptes, la réaction des autorités se fait toujours attendre. Ainsi, le tragique attentat qui a eu lieu dans la nuit du 31 décembre dans une boîte de nuit à Istanbul a fait couler beaucoup d’encre. Pour rappel, cet attentat a causé la mort de 39 personnes de différentes nationalités dont deux Marocaines. Cette attaque rappelle la cruauté et la sauvagerie des terroristes mais aussi l’insouciance et le degré très bas de maturité chez certains internautes. Quelques heures après l’annonce du décès des deux victimes marocaines, des centaines de publications ont fait l’apologie de la haine. Les victimes ont été lynchées par des propos diffamatoires, s’indigne Leila : «Dès l’annonce de l’attentat d’Istanbul, je me suis connectée pour comprendre ce qui s’est passé. Je n’arrivais toujours pas à comprendre cette bêtise humaine. Comment peut-on tuer des personnes le jour de l’an juste parce qu’elles voulaient faire la fête ? Quelques minutes plus tard je tombe sur des publications qui m’ont donné la gerbe. Des publications où on se moquait carrément des victimes et sur la façon et le lieu où ils ont perdu la vie. Ces réactions m’ont vraiment dégoûtée».

Si Leila regrette la disparition des victimes dans ces conditions atroces, d’autres internautes n’ont pas été tendres avec les victimes et se sont même réjouis de leur disparition.  «C’est bien fait pour elles, je ne comprends pas comment des Marocaines musulmanes font la fête dans une boîte de nuit, boivent de l’alcool et dansent avec des mécréants. C’est ce genre de personnes qui salit l’image du pays. L’ange de la mort était tout prêt d’elles et a vengé notre réputation», peut-on lire sur un profil qui a été largement signalé sur Facebook et qui a fini par être supprimé.

Pour Najat, les personnes qui publient ce genre de messages ne doivent pas seulement être signalées sur Facebook mais carrément poursuivies en justice : «Les personnes qui publient ce genre de conneries doivent être poursuivies en justice. Au lieu de se concentrer sur leurs propres défauts, ils vomissent leurs débilités sur les réseaux sociaux. Pire encore, ces mêmes personnes qui se prennent pour des saints font elles-mêmes la fête dans les boîtes de nuit, boivent de l’alcool et sortent avec des prostituées. Honnêtement, je ne supporte plus cette hypocrisie sociale, cette haine, ce racisme et cette méchanceté gratuite. Heureusement que les clés du paradis et de l’enfer ne sont pas entre les mains de ces débiles mentaux». Malheureusement, certains médias sont aussi tombés dans le piège. Si certains sites se sont autorisés de «voler» les photos des victimes sur leur compte facebook et de les publier sans prendre la peine de les masquer, d’autres ont même réalisé des enquêtes qui accusent certaines Marocaines de partir en Turquie pour se prostituer et rencontrer les hommes du Golfe en cachette. Bien évidemment, cet acte est punissable par la loi, il suffit juste que les victimes ou leurs familles portent plainte contre les personnes ou les sites de publications. Il faut dire que ces propos qui salissent la mémoire des victimes parties à la fleur de l’âge ne prennent pas en considération la douleur des parents et des proches. Ils rappellent encore une fois le manque de déontologie, de professionnalisme et d’humanité chez certaines personnes.

Questions à Maria Bichra, coach: «C’est une apologie de la haine»

ALM : Comment peut-on expliquer la réaction de ces «pseudo humains» qui se réjouissent du malheur des autres ?

Maria Bichra : C’est mon coup de gueule de l’année 2017. Je trouve que c’est inadmissible d’insulter des personnes mortes dans des conditions atroces. Pire encore, de les juger et de se réjouir de leur mort.  Pour moi, c’est une apologie de la haine et c’est au même degré que le terrorisme.

Pourquoi toute cette haine ? Ces personnes seraient-elles en souffrance ?

Bien sûr qu’elles sont en souffrance, et elles sont en train de la vomir sur les réseaux sociaux. Elles sont dangereuses pour elles-mêmes et pour la société, je dirais même qu’elles sont des bombes à retardement. Sur une échelle de souffrance, il y en a ceux qui tuent, ceux qui violent, ceux qui volent et ceux qui se contentent de se venger des autres en les insultant et en les jugeant. Ces personnes-là doivent absolument être repérées, punies mais surtout suivies par des spécialistes. Il faut les prendre en charge en créant des cellules d’écoute. Elles ont besoin de thérapie.

Ces propos diffamatoires n’ont pas été publiés uniquement au Maroc mais aussi au Liban et dans d’autres pays arabes. Peut-on parler d’un malaise dans le monde arabe?

Effectivement, j’ai rarement vu des personnes qui insultent ou qui se réjouissent de la mort de quelqu’un dans les pays européens. Dans les pays arabes, il y a une grande crise identitaire et une grande souffrance mêlée à une frustration exaspérée chez les jeunes. Ces derniers sont manipulés par des personnes qui véhiculent une mauvaise image de l’Islam et par des personnes qui déshumanisent l’humain et c’est justement pour cela qu’ils doivent être repérés et suivis avant qu’ils ne commettent l’irréparable.

Par : Khaoula Benhadou

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