Au-delà du plaisir… la mort

Le matin du lundi 13 janvier 2003. Les éléments du 12ème arrondissement de la police de Casablanca-Anfa conduisaient une fille vers le siège du tribunal de première instance de cette préfecture.
Ce n’est pas la première fois qu’elle y est conduite.
C’est la énième fois. Elle a été arrêtée à maintes reprises et conduite devant le procureur du Roi. Cette fille, qui ne dépasse pas le seuil de la vingtaine, est l’une des prostituées qui errent dans les boulevards et les rues de Casablanca en quête d’un chercheur de plaisir.
Elle a été mise entre les mains du procureur du Roi. Ce dernier a feuilleté le PV de son audition avant de lever les yeux vers elle.
«Tu es Fatima Zahra ?», lui demande-t-il.
«Non, Monsieur, je m’appelle…», lui répond-elle.
Le procureur du Roi a relu une fois encore le PV. Ce dernier signale que le gardien de voiture de la rue Arroumane, à Aïn Diab, a donné la description d’une fille de joie qui ressemble à cette fille et qui s’appelle Fatima Zahra.
«Non, je ne m’appelle pas Fatima Zahra et je n’étais pas à la rue Arroumane le matin du mercredi…», confirme-t-elle au procureur du Roi.
En effet, la majorité des filles de joie utilisent un pseudonyme. Pourquoi pas elle ? Elle a rejeté catégoriquement cette hypothèse.
Qui était en compagnie de cet homme ? C’est la question qui a été posée à cette fille de joie et à laquelle elle a répondu : « Je ne le sais pas». D’abord qui est cet homme et pourquoi cherche-t-on la fille de joie qui était en sa compagnie ?
Il est un retraité de soixante et un an, père de sept enfants. Il est de bonne réputation, discret, pieux et respecté par ses voisins et amis. Depuis qu’il a eu sa retraite, le temps est à lui. Il ne se rend pas le week-end au bain maure. Il préfère, depuis plus d’une année, y aller les autres jours de la semaine.
Mercredi 15 janvier. Ce retraité s’est réveillé le matin, a pris son petit-déjeuner et a demandé à son épouse de lui préparer les accessoires nécessaires pour aller au hammam.
A neuf heures, il a pris sa sacoche et est sorti de chez lui. Il s’est dirigé vers sa voiture, une R12 garée pas loin de chez lui. Il y est monté et a démarré. Sa destination est-elle le hammam comme il l’avait dit à sa femme ?
La réalité a confirmé le contraire. En fait, il a dévié la direction de son chemin vers la route côtière. Voulait-il boire un café avant de se rendre au hammam ? Lui seul avait la réponse dans la tête. Lorsqu’il est arrivé à Aïn Diab, il a pris la direction de la rue Arroumane. Là, il a ralenti la vitesse de sa voiture, pour commencer à tourner sa tête à gauche et à droite comme s’il cherchait quelqu’un. Tout à coup, il a freiné pour lancer un clin d’oeil à une fille de joie. Elle s’est adressée à lui et a causé avec lui avant de monter dans la voiture. Il a démarré, une fois encore, pour se garer dans une ruelle déserte. Aussitôt, elle lui a déboutonné son pantalon, lui a tiré sa culotte, a saisi son sexe et a commencé à lui faire une fellation…Le sang tournait à grande vitesse dans ses veines. Son plaisir montait crescendo…jusqu’à un ultime gémissement, il a eu son orgasme et en même temps il a rendu son âme. La fille de joie a levé la tête, a remarqué que l’état de l’homme n’est plus ce qu’il était. Elle a ouvert la portière et a disparu dans la nature.
Il était 11h quand le gardien des voitures s’est rendu compte de la présence d’un homme, corps sans âme.
Il a alerté aussitôt la police. Les éléments du 12ème arrondissement se sont dépêchés sur les lieux. Le cadavre de l’homme a été évacué, après les premiers constats d’usage, vers l’hôpital médico-légal. L’autopsie a révélé que l’homme a rendu l’âme suite à une crise cardiaque.
Le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Casablanca-Anfa a relâché la fille de joie arrêtée et l’enquête policière se poursuit toujours…

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