Au nom du père

À son seizième printemps, Ilham a l’allure et le charme d’une belle adulte. Taille élancée, cheveux souvent relevés en chignon, front lisse, des sourcils fins, des joues roses, une petite bouche aux lèvres charnues.
Depuis qu’elle a quitté l’école avec un niveau de la cinquième année d’enseignement fondamental, elle ne sort pas souvent. Et elle ne pouvait pas aller loin de son douar, à la périphérie de Khouribga, pour apprendre un métier. Sa soeur aînée de trois ans lui a appris la couture. C’est sa seule occupation et son unique refuge dans un monde privé du minimum vital; résultat de la négligence du monde rural. Ilham a tenté une fois de fuir l’oisiveté de son douar. Elle a accompagné sa cousine à Casablanca ; la ville des rêves de tout jeune marocain. Seulement, elle n’a pu supporter le travail dans les foyers. Elle n’y passe qu’une dizaine de jours pour retourner chez elle. Mais l’oisiveté la tue à petit feu. C’est un fardeau insupportable pour elle. Elle doit en même temps se trouver une occupation et gagner un peu d’argent. Ilham décide donc d’aller chez une de ses voisines à Agadir. Elle pense qu’elle peut trouver un job, surtout que sa voisine lui assure qu’elle peut lui trouver du travail dans un hôtel. Mais elle ignore la qualité de ce travail. « Mais tu dois avoir ta carte d’identité nationale (CIN) C’est nécessaire… » , la prévient sa voisine.
Ilham commence à préparer les papiers nécessaires pour avoir sa CIN. Elle s’adresse à l’arrondissement urbain, puis au commissariat de police à Khouribga. Fin janvier. Vers dix-sept heures. La nuit commence à tomber tôt en ce mois d’hiver. Ilham est en chemin, à destination du domicile familial. Elle repense au calvaire qu’il faut éprouver pour avoir ses papiers. «Si elle ne m’avait pas demandé d’établir ma carte d’identité nationale, je n’aurais pas vécu cette situation incompréhensible…», pense-t-elle. Elle n’avait aucune idée sur la manière et le temps qu’il faut pour se procurer le moindre document. Une nouvelle leçon qu’elle apprend. Mais en un laps de temps son cerveau dévie vers Agadir. Elle commence à rêver à sa nouvelle situation. De l’argent en poche, des tenues élégantes…et de nouveaux amis. Seulement, un jeune interrompt ce rêve : «Tu viens avec moi sans dire un mot…», lui intime-t-il, un couteau à la main.
Estomaquée, Ilham ne sait quoi faire, laisse choir les documents qu’elle avait en main. Figée, elle ne peut plus avancer d’un pas. «Mais…que tu veux de moi ?…», lui demande-t-elle. «N’ajoute pas un mot …», lui intime-t-il d’un ton menaçant. Les larmes coulent de ses yeux en cascade, son coeur bat la chamade. Il menace de la tuer si elle crie. Elle se contente de regarder droit devant elle. Il la conduit, donnant l’air d’être une vieille connaissance et qu’elle l’accompagne donc de son plein gré. Mais elle sent toujours le couteau sur ses côtes. Il s’arrête dans un champ, couvert d’arbres, lui demande de se déshabiller. Elle refuse. Il la gifle. «Je te tue si tu ne le fais pas !», la menace-t-il. Elle obtempère. Il la viole et la déflore.
Ilham retourne chez Elle. Elle ne dit rien à sa mère. Mais elle s’aperçoit au bout d’un certain temps qu’elle est enceinte de son violeur. Et elle finit par s’en confier à sa mère. Elles finissent par tomber sur l’individu en question : Saïd, vingt ans. «Ce n’est pas moi qui lui ai fait ça…Non je ne peux rien vous dire et allez chez les gendarmes si vous voulez…». Saïd s’arrête, clame toujours son innocence, attend son jugement. Mais Ilham l’accuse toujours. Jusque-là, le foetus est l’enfant d’Ilham. Sera-t-il celui de Saïd ?

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