Auriez-vous préféré naître femme au Maroc ?

Auriez-vous préféré naître  femme au Maroc ?

Jamaâ Baida, directeur des Archives du Maroc

Naître femme au Maroc ne semble pas gêner le directeur des Archives du Maroc. «Pourquoi pas !?», avance-t-il spontanément en prenant appui sur la fameuse citation de Louis Aragon: «La femme, c’est l’avenir de l’homme». C’est pourquoi
M. Baida, qui répondait dimanche à ALM en marchant dans un espace naturel, ne voit pas la société avancer sans les deux. «La société marocaine n’est pas tout à fait à l’avantage de la femme qui a beaucoup plus d’effort à faire», enchaîne le directeur des Archives du Maroc qui estime que la femme mérite beaucoup mieux qu’un 8 mars et plus qu’un seul jour dans le calendrier. Cette fête est, cependant, une pause, aux yeux de M. Baida, pour s’arrêter sur les réalisations faites dans le pays. «Le Maroc revient de loin et la femme encore plus !», conclut le directeur des Archives du Maroc en souhaitant une bonne fête à toutes les femmes

Younes Lazrak, journaliste

Le Maroc, ce pays qui autorise le mariage des mineurs, ce pays qui traîne les pieds pour voter une loi protégeant les femmes des violences à leur encontre, ou une autre pénalisant le travail des petites bonnes, le Maroc où les femmes victimes de viol se retrouvent parfois mariées à leurs agresseurs, et où le harcèlement sexuel fait partie du quotidien des femmes ? Non! Le Maroc n’est pas un pays où il fait bon naître femme !

Fouad Ahidar, vice-président du Parlement bruxellois

En tant que fils, époux, père de quatre filles et frère de cinq sœurs, la condition de la femme a toujours eu de quoi me préoccuper, puisqu’elle touche au quotidien les personnes les plus chères à mon cœur. De plus, en tant qu’homme politique et assistant social, je n’ai pas cessé de voir tout au long de ma carrière la femme bafouée dans ses droits, dans sa dignité et réduite à ce que l’homme voulait bien faire d’elle. Tant que l’homme ne cessera pas de voir son autre comme son inférieure plutôt que son complémentaire, je crois que nous ne pourrons redonner pleinement aux femmes ce qui leur appartient. Les rôles de reproductrice et gestionnaire du foyer accordés à la femme ont été de tout temps influencés par des facteurs historiques et socioculturels. Cesser avec cette perception des choses prendra des générations encore.  Maintenant en tant que père, aurais-je souhaité que ma fille soit née au Maroc? A travers l’adoption de la Moudawana en 2004, un pas considérable a été fait en accordant à la femme le droit de demander le divorce, en passant l’âge légal du mariage à 18 ans ou encore en plaçant la famille sous la responsabilité conjointe des époux.  Mais je crains que dans la réalité, les jeunes filles restent défavorisées face à l’éducation et face à l’emploi, ce qui leur empêche toute indépendance financière et les pousse à rester au crochet du mari. Ce que je voudrais pour ma fille, c’est qu’elle puisse marcher la tête haute, qu’elle  puisse être instruite, reconnue pour ses valeurs et libre de ses choix sans avoir peur d’être mal perçue par les mentalités les plus rétrogrades. Malgré toute la volonté qu’y met le Maroc, beaucoup reste à faire en termes d’application des droits mais aussi de leur perception et de leur adhésion par la société.

Rachid Allali, animateur TV

Non je n’aurai pas voulu naître femme au Maroc, je vous dirais pourquoi. Je suis né en 1988. À cette époque, la Moudawana n’était pas encore adoptée et la femme n’était pas choyée en matière de droits. Si j’étais né femme, j’échouerais dans ma vie privée. Je suis de nature à me lasser vite. Je ne me serais donc entendue avec aucun des hommes (rires). Plus sérieusement, la femme a beaucoup de mal à se faire la place qui lui revient de droit au sein de notre société. Une majorité d’hommes est malheureusement macho. Ils préfèrent une femme qui ne leur soit pas égale et qui ne leur fasse pas de l’ombre. Si j’étais femme, pensez-vous que j’allais pouvoir présenter mon Talk Show (Rachid Show sur 2M, ndlr) de la même approche ? Pas du tout. Mon humour serait très mal perçu et je serais peut-être réorientée vers des cases où le diktat de la masse voudrait que la femme se positionne. Je parle de la météo à titre d’exemple. D’ailleurs, vous verrez très peu d’humoristes femmes rayonner. Celles qui ont réussi l’ont fait dans la douleur. Je rêve d’un Maroc où tout cela relèverait du passé et où le statut de la femme serait rehaussé aux rangs les plus élevés.

Lhoussaine El Mourabit, transporteur touristique

Si Dieu m’avait créé femme, je me serais adapté à la réalité. J’aurais une vie de «femme» au Maroc. C’est-à-dire, je vivrais sous l’aile de mes parents jusqu’au mariage. Je m’obligerais peut-être même  à partir d’un certain âge à me marier pour ne pas être la risée de mon entourage. Rien ne m’épargnerait la médisance des gens. Je ne choisirais pas mon partenaire, c’est lui ou ma famille qui le ferait pour moi. La vérité est que je n’ai jamais eu envie d’être femme. Je n’avais même pas pensé à cette probabilité avant que vous me posiez la question. Subir le harcèlement dans la rue, la violence sous toutes ses formes sans que je puisse me défendre me sera inconcevable. A l’époque de mes parents, la femme vivait mieux. Elle était respectée au foyer. Il faut dire aussi que la femme était moins exigeante, ce qui posait moins de problèmes au sein du couple. être homme au Maroc me permet plus d’autonomie. J’ai plus d’avantages et plus de facilités à m’affirmer en société. Chose que la femme n’a pas.

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