Belmokhtar: «Pour sauver l’école, il faut frapper là où ça fait mal »

Belmokhtar: «Pour sauver l’école, il faut frapper là où ça fait mal »

Où en est aujourd’hui l’évaluation du système de l’enseignement initiée par votre département et le conseil supérieur de l’enseignement?

Pour le conseil, le texte de loi organisant ses fonctions est en cours d’adoption au Parlement.

Dès que le texte passera, le conseil mettra en place ses organes et commencera son travail. Ce n’est pas pour autant que cette instance est restée les bras croisés: beaucoup de choses ont été faites, des études, des audits, et des auditions des responsables éducatifs …

De notre côté, nous aussi au ministère de l’enseignement, faisons des évaluations, des analyses et proposons des idées.

Arrivera un moment où les travaux du ministère et ceux du conseil  convergeront et feront ressortir des propositions et des solutions à même de sauver la situation, et que chacun accomplira selon ses prérogatives..

Quel constat tirer aujourd’hui?

Il n’y a plus de constat à faire, la situation est mauvaise.

Quels sont les leviers à actionner pour y remédier ?

Pour trouver la solution il faudra être prêt à emprunter le chemin le plus difficile. Aujourd'hui,il faut définir la nature des facteurs déterminants.
 

Il faut donc être radical ?

Oui, radical. Et c’est sur quoi nous nous penchons.

Vous restez mystérieux M. le ministre.

Je reste mystérieux parce que je ne veux pas dire des choses sur lesquelles je pourrais revenir. Parce qu’aujourd’hui on est toujours dans la phase de l’analyse. Et l’identification des facteurs est une étape importante. Quand il y a plusieurs facteurs à la fois, on ne peut pas hasarder et en pointer un du doigt. C’est comme en médecine, il faut éliminer toutes les causes possibles pour tomber sur la bonne. C’est ce qu’on est en train de faire. On se demande pourquoi l’école marocaine ne marche pas. Est ce que c’est dû à l’environnement scolaire ? au niveau socio-culturel des parents ? Est ce que c’est dû au programme ? A la pédagogie utilisée ? Est ce que c’est dû à l’enseignant ? A sa formation ? A un problème de discipline… ? On essaye ainsi d’analyser  tout cela en profondeur pour mettre le doigt sur les véritables problèmes.

 
Le dernier rapport de l’UNESCO souligne que 75% des élèves en 5ème année de l’enseignement primaire ne savent pas bien lire.

Malheureusement, c’est confirmé par d’autres travaux.

Comment y remédier ? Faire redoubler ces élèves serait-il la solution radicale?

Faire redoubler 75% d’une population qui fait à peu près 650.000 élèves. Ce n’est pas possible. Et si on applique cette mesure pour ces derniers, il faudrait faire de même pour les autres qui sont passés l’année d’avant et qui n’ont pas le niveau requis.

Il vaudrait mieux imaginer des solutions de rattrapage pour ces 75% en question.  Et en même temps empêcher ceux qui arrivent de se retrouver dans la même situation. C’est là un exemple de l'étendue du problème et de la complexité des solutions sur lesquelles nous travaillons.

Le programme d’urgence s'était focalisé sur les constructions d'écoles, pourquoi cela n’a-t-il pas donné les effets attendus ?

Les choses ne sont pas aussi faciles qu’on le croit. Il faut réfléchir à des solutions plus ciblées aujourd’hui.

Avec le programme d’urgence, nous nous sommes concentrés sur les constructions.  Mais au final cela n’a pas donné les résultats escomptés parce qu’il y a des facteurs hétérogènes qu’on ne retrouve pas partout. On s’était ainsi trompé en croyant, jusqu’à présent,  qu’une même solution pouvait être transposable partout. Ce n’est pas vrai, c’est au cas par cas qu’on peut faire la différence. Il faut essayer de regrouper les cas, créer des ensembles homogènes, cohérents. C’est tout un travail.

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