Ben Barka : Paris serait dans le coup…

Ben Barka : Paris serait dans le coup…

La complicité, voire l’implication de la France, dans l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka ne fait désormais pas l’ombre d’un doute. C’est, en tout cas, ce que laisse entendre un récit publié récemment par un ancien commissaire français, Lucien Aimé-Blanc. Dans ce récit, relayé par le magazine « L’Express » dans sa dernière édition, l’ex-grand flic donne à lire les rapports d’écoutes rédigées pour l’ex-ministre de l’Intérieur, Roger Frey, quelques jours avant le kidnapping du leader de la gauche marocaine, à Paris le 29 octobre 1965. C’est la preuve, si besoin est, que les services de police français avaient «trempé» dans cette opération. Cette preuve, qui constituait la chaîne manquante dans ce vieux et néanmoins très épineux dossier, vient faire éclater au grand jour une vérité que les autorités françaises ont toujours pris le soin de cacher, en invoquant, à chaque fois, le vieil-nouvel alibi : « secret d’Etat ». Elle vient également infirmer le célèbre « déni » qu’avait opposé, au lendemain de cet acte qui coûta la vie à l’opposant marocain, le Général De Gaulle : « Rien, absolument rien, n’indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient connu l’opération, a fortiori qu’ils l’aient couverte ». Or, si, affirme Lucien Aimé-Blanc. « Le contre-espionnage et la police » étaient bel et bien au courant de l’un des plus grands scandales qu’ait connus l’histoire des assassinats politiques, resté, depuis, comme une tache noire sur le front de la « France libre ». Les extraits d’écoutes téléphoniques réalisées six jours avant que l’irréparable ne soit arrivé, c’est-à-dire le 23 octobre 1965, ne laisse aucun doute sur la compromission des services secrets français dans l’enlèvement et l’assassinat du fondateur de l’Union nationale des forces populaires (UNFP). Ces extraits, qui se laissent lire comme un « Journal de bord », rapportent, jour pour jour, les manigances des assassins pour entraîner leur « proie » dans un lieu de macabre mémoire, « Brasserie Lipp ».
Un scénario d’enfer avait été soigneusement monté par les auteurs du crime, au su et au vu des autorités de la Vème République : Invité, en ce 29 octobre 1965, dans la brasserie diabolique, située sur le boulevard Saint-Germain, pour livrer son point de vue de conseiller historique sur un film sur la décolonisation intitulé «Basta», Mehdi Ben Barka ne croyait pas avoir mordu à l’hameçon d’une bande de criminels: Georges Figon, ancien taulard qui s’est découvert subitement une vocation d’intello, Philippe Bernier, présenté comme journaliste, Antoine Lopez, chef d’escale d’Air France à Orly, proche du Sdece (Service de renseignement français), mais aussi des services secrets du général Oufkir (ex-ministre de l’Intérieur), sans oublier, côté marocain, un vrai-faux diplomate en poste à l’ambassade de Rabat à Paris, Ghali el-Mahi de son nom. Présentations faites, le leader Mehdi Ben Barka se voit proposer par deux policiers de la Brigade mondaine, Louis Souchon et Roger Voitot, «une rencontre avec un responsable français». Or, au lieu du «responsable français», c’est un dangereux truand, George Boucheseiche, alias «Jo», qui allait «accueillir» le leader marocain, dans une luxueuse villa située à Fontenay-le-Vicomte, dans l’Essonne. Ancien lieutenant de Pierre le Fou, l’une des figures redoutables de la Gestapo française, «Jo» s’est converti dans le «proxénétisme». Outre Paris, il a réussi, avec la bénédiction des autorités marocaines, à construire à l’époque des bordels, entre autres villes, à Casablanca (Le Bel Abri), et à Mohammédia (Le Sphinx). On comprend évidemment pourquoi «Jo» a proposé ses «loyaux services» au général Oufkir, qui se trouvait à Paris au moment où l’assassinat de Mehdi Ben Barka se préparait dans la villa de son agent français.
Après la publication de ces révélations, la France officielle finira-t-elle par reconnaître sa part de responsabilité dans l’assassinat de Mehdi Ben Barka ?

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