Benabdallah : L’état des médias

Benabdallah : L’état des médias

Si le critère de performance d’un passage télévisé c’est de monopoliser la parole et confondre débat et plaidoirie, la prestation du ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement mardi 28 septembre à l’occasion de l’émission Hiwar sur la première chaîne est une réussite. Mais qu’en est-il du fond des propos tenus pendant deux heures environ par l’invité venu livrer- à l’occasion d’une rentrée politique qui devait normalement être inaugurée par des sujets qui préoccupent plus les Marocains- sa vision sur la libéralisation des médias audiovisuels marocains ?
Tout d’abord, un constat. Mohamed Nabil Benbdallah n’a pas pris de distance avec le sujet. Bien au contraire. Il a donné libre cours à un enthousiasme particulier au point d’agir comme s’il était le tuteur de tout ce qui touche au secteur des médias au Maroc. À voir sa façon de parler, les intonations de sa voix et les arguments affûtés, on en conclut que les deux chaînes de télévision, la radio et la MAP sont des services annexes relevant de son commandement direct. Et que les 9 membres de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca) sont ses obligés, voire ses subordonnés dont il n’a pas manqué au demeurant de défendre la compétence comme s’ils avaient besoin d’un avocat pour mériter leur place. Or, toutes ces structures sont censées, pour mieux exercer leur devoir, jouir d’un minimum d’indépendance par rapport à toute tutelle gouvernementale. L’objectif de la libéralisation des ondes n’est-il pas de faire souffler un vent de liberté sur les médias publics et de consacrer le principe de leur ouverture sur la société de telle sorte que les Marocains se réconcilient avec leur petit écran ? Ce n’est pas en tout cas ce que les téléspectateurs ont compris de l’intervention du ministre du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Celui-ci, tout à ses envolées lyriques, a donné en revanche la nette impression d’un responsable centralisateur qui veut opérer une reprise en main du secteur audiovisuel. En fait, la question qui devait être posée à l’invité c’est de savoir si l’État marocain, au nom d’un service public hypothétique, a besoin dans un contexte international de plus en plus libéral de garder sa mainmise directe sur deux télévisions… C’est une situation évidemment à rebrousse-poil de la dynamique télévisuelle dans le monde où les chaînes privées ont depuis longtemps supplanté par la qualité de leurs programmes les chaînes étatiques. Il ne faut pas confondre le tourisme et l’immigration. Pour tout dire, l’État marocain a administré la preuve qu’il ne sait pas faire de la télévision. Il ne suffit pas d’adosser les deux chaînes à une société anonyme avec un projet de refonte pour que les choses changent dans la direction souhaitée. L’État fera mieux de mobiliser son énergie à assurer un service public de qualité dans les secteurs vitaux de l’enseignement, de la santé et du transport où le déficit est énorme pour ne pas dire chronique.
Selon toute vraisemblance, M. Nabil Benbdallah a décidé tout seul que TVM et 2M doivent rester dans le giron des pouvoirs publics sans qu’il y ait un débat préalable ni au sein du gouvernement ni sur la place publique. La logique des choses voudrait que la chaîne de Aïn Sebaâ devienne une télé privée de référence dans l’espoir d’en faire une sorte de TF1 marocaine. Elle en a les moyens. Les contradictions surgissaient au détour de chacune des réponses de l’invité, forçant le trait avec un ton solennel et sentencieux : “Nous avons décidé…, Nous avons voulu“… Sans aucun détachement par rapport au dossier, il est allé même jusqu’à se substituer aux futurs décideurs en affirmant, au nom de l’on ne sait quelle autorité, que les employés et les cadres de la TVM seront maintenus à leurs postes alors que la restructuration de toute entreprise selon des normes modernes de rendement et d’efficacité, nécessite une gestion rigoureuse des ressources humaines.
Tous comptes faits, M. Nabil Benabdallah n’a de remarquable qu’une capacité exceptionnelle, voire suspecte à aligner une brochette de personnalités sur le plateau. Ce qui est disproportionné par rapport à la nature du thème débattu et le genre de l’émission. Il est vrai que le pouvoir grise mais pas au point d’empêcher les journalistes de finir leurs questions en leur sortant comme argument cette phrase prétentieuse: “ Laissez-moi parler au peuple“. La question de la libéralisation, telle qu’elle a été développée par l’interviewé, n’intéresse que le microcosme médiatique. Et encore…

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