Benacer Boulaajoul: «La sensibilisation durant la période estivale n’est pas un choix mais une nécessité»

Benacer Boulaajoul: «La sensibilisation durant la période estivale n’est pas un choix mais une nécessité»

Entretien avec Benacer Boulaajoul, secrétaire permanent du CNPAC

ALM: Quelles sont les mesures que vous comptez prendre cet été pour sensibiliser les usagers de la route ?

Benacer Boulaajoul: De prime abord, il faut souligner que la période estivale est caractérisée généralement par une forte mobilité de la population sur les axes routiers et autoroutiers et une forte concentration des vacanciers dans les villes côtières atlantiques et méditerranéennes ainsi qu’au niveau des stations balnéaires montagneuses. Cette période est caractérisée aussi par l’opération Transit qui coïncide avec le retour des MRE avec plus de 500.000 véhicules qui s’ajoutent au parc auto national ce qui induit un trafic routier intense sur le réseau routier national.

L’essentiel de ce trafic est supporté par le réseau des routes nationales et autoroutes (moins de 30% du réseau supporte plus de 65% du trafic).

Cette forte mobilité n’est pas sans risque d’accidents, ce qui interpelle l’ensemble des acteurs concernés à doubler de vigilance et à mieux accompagner les usagers de la route que ce soit à travers la communication, la sensibilisation, l’éducation à la sécurité routière, le contrôle ainsi que toutes mesures à même d’impacter le comportement des usagers de la route.

Dès lors, la communication et la sensibilisation durant la période estivale ne sont pas un choix mais une nécessité. Dans ce cadre, le CNPAC envisage d’organiser une véritable campagne de communication et de sensibilisation intégrée, ciblée et de grande envergure au niveau national. C’est une campagne s’appuyant sur plusieurs outils et relais de communication de sensibilisation et d’éducation routière (média, hors média, évènementiel, digital, ONG…). Les actions organisées dans ce cadre concernent essentiellement: les usagers de la route de manière générale ; les conducteurs professionnels et les MRE et les enfants dans les colonies de vacances.

Cette campagne intégrée est déclinée en opérations thématiques comme suit :

Colonies de vacances pour les enfants dans 31 colonies de vacances ;

opération de sensibilisation en partenariat avec les ONG durant les 5 derniers mois de l’année ;

opération de sensibilisation destinée aux MRE ;

démonstration et présentation des véhicules accidentés sur le réseau autoroutier ; 

opération de communication sur la thématique «pneumatique, fatigue et somnolence»;

opération du port de la ceinture de sécurité au niveau des aéroports, des gares routières et ferroviaires et des grandes surfaces.

Comment évaluez-vous l’impact des campagnes précédentes sur les comportements des usagers?

Conscient de l’apport de la recherche scientifique dans la lutte contre l’insécurité routière, le CNPAC a adopté, depuis des années, une nouvelle approche qui consiste à mener des études scientifiques permettant de se doter de solutions concrètes aux problèmes liés au fléau des accidents de la circulation. Le CNPAC avait retenu également le principe d’assurer une évaluation systématique de ses actions de communication et d’éducation routière. Plusieurs études ont été réalisées dans ce cadre. Ces études consistent à mesurer auprès des usagers de la route le taux d’exposition et d’adhésion des campagnes, le taux d’impact des actions concernées, le concept au niveau du fond et de la forme et l’impact sur les cibles visées et la mémorisation des messages.

Des études réalisées récemment par le CNPAC dans le cadre de l’évaluation de ces actions de communication montrent des indicateurs très révélateurs en termes de changement comportemental. A titre d’exemple, les résultats des enquêtes montrent ce qui suit :

Plus de 90% des interviewés pensent que les opérations de grand affichage les ont incités personnellement à faire plus attention aux passages piétons et aux piétons en général ;

60 à 70% des auditeurs des émissions radiophoniques sur la sécurité routière déclarent avoir mis en pratique les conseils entendus, respecter davantage le code de la route, et être mieux informés sur le comportement à adopter sur la route. En termes de réceptivité des messages, 65,7 % des auditeurs ont confirmé l’intérêt de ces émissions et 92% ont manifesté un intérêt à l’égard des émissions radiophoniques en les qualifiant de très intéressantes. Ces résultats encourageants sont, avant tout, le fruit de cette démarche pluridisciplinaire d’intervention et de réalisation d’un ensemble d’actions intégrées et complémentaires. Il faut donc persévérer dans des actions de communication, de sensibilisation et d’éducation routières qui demeurent un volet stratégique dans tout effort national mené dans le but d’influencer positivement le comportement des usagers de la route.

Quelles sont les bonnes pratiques à adopter durant cette période ?

Le CNPAC exhorte tous les usagers de la route, en particulier les conducteurs de véhicules de tourisme, au respect des vitesses réglementaires et attire leur attention, à l’occasion, sur les conséquences néfastes en termes de pertes humaines et matérielles générées par les accidents de la circulation. Le CNPAC invite aussi les conducteurs de transport public de voyageurs à faire preuve de prudence et vigilance, à veiller sur l’état mécanique des autocars et d’assumer pleinement leur responsabilité qui leur incombe de transporter des voyageurs dans les conditions de sécurité et de confort. Porter la ceinture de sécurité que ce soit entant que conducteur ou passager, ce n’est pas uniquement une formalité réglementaire mais un outil de sécurité qui peut réduire le risque d’être tué en cas d’accident entre 50 et 60%. Porter son casque quand on est cyclomotoriste car il réduit jusqu’à 45% le risque d’être tué à cause des traumatismes crâniens.

Eviter de parler au téléphone en conduisant car le risque d’accident est multiplié par 5. Se reposer obligatoirement toutes les 2 heures quand on est sur de longs trajets. La fatigue génère des somnolences qui peuvent être mortelles.

Entretenir son véhicule avec une attention particulière aux organes de sécurité. Etre indulgent sur la route et faire preuve de courtoisie envers les autres usagers de la route.

Qu’en est-il des partenariats avec les autres intervenants?

Nous considérons cette période en tant qu’opportunité pour fédérer les efforts des acteurs autour d’un même objectif, à savoir impacter de manière positive le comportement des usagers de la route. Dans cette perspective, nous mettons en œuvre plusieurs conventions de partenariat avec les associations œuvrant dans le domaine de la prévention et de la sécurité routière, les professionnels et les médias tous supports confondus pour assurer une mobilisation générale de tous les acteurs et de tous les moyens.

Le CNPAC a également mobilisé plusieurs ressources humaines et financières dans le but de réussir les actions de communication et de sensibilisation programmées durant cette période de l’année.

Est-il vrai que les victimes pendant l’été aggravent considérablement le bilan annuel des morts ?

Malheureusement oui, les mois de juillet, août, voire septembre de chaque année sont considérés en tant que mois les plus accidentogènes. Vitesse excessive, dépassements défectueux, fatigue, non-port de la ceinture de sécurité, somnolence, conduite sous influence, notamment sous l’effet d’alcool, sont autant de facteurs qui expliquent ce triste bilan.

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