Cadrage : Impunité

Rien n’a changé, ou presque. Telle est la conclusion à laquelle tout observateur arrive à la lecture de la décision de la Cour d’appel de Casablanca qui s’est déclarée, il y a quelques jours, incompétente dans l’examen de l’affaire d’Abdelaziz Laâfora. Déjà que l’affaire traîne depuis plusieurs mois, voici que son issue se trouve incertaine. A la grande joie du mis en cause et sa défense qui n’a pas hésité à parler d’«une victoire pour la justice et la démocratie marocaine» (voir ALM n° 946 du 19-7-2005). Admirez le paradoxe : ceux-là mêmes qui avaient tiré profit de l’ancien régime, se remplissant poches, caisses et comptes en banque, infligeant injustices, chantages et harcèlements aux citoyens surfent désormais sur la vague des libertés et de démocratie qui passe au Maroc. Mais une démocratie, peut-elle se passer d’une vraie justice, pour et envers tous ? Une justice compétente, indépendante, intransigeante. Si la réponse est évidente dans l’absolu, elle l’est beaucoup moins dans le cas d’espèce. Comment, si tel n’est pas le cas, peut-on imaginer, alors que le temps est à la lutte contre la corruption, que les discours et les programmes vont dans le sens de la suprématie de la loi, de la transparence, de la rigueur, une telle entorse peut avoir lieu et passer presque inaperçue. Au risque de balayer des années de travail et d’acquis démocratiques, mais surtout des rêves que de larges franges de la société marocaine nourrissent à l’égard de leur pays.
Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra avoir beaucoup de courage à l’avenir pour tenir un quelconque discours sur la corruption, petite ou grande, quand on sait que dans les faits, la règle est la même.
Le jeu n’est certes pas aussi facile qu’avant. Le facteur intelligence, dans le choix du moment notamment, est entré dans la danse. Nous ne sommes plus dans cette terre fertile en actes aussi franchement abominables que clairement impunis. Mais le résultat des courses est invariable. 
Annoncée en grande pompe comme étant un signal de la fin d’une époque et coïncidant avec l’avènement d’un nouveau concept de la gestion de la chose et des deniers publics, l’affaire Slimani-Laâfora n’aurait donc été qu’un pétard mouillé, destinée plus à avoir un effet d’annonce qu’à donner l’exemple.
Mais l’exemple est bien là, celui d’une affaire dont les observateurs attendent l’aboutissement avec des sanctions de ceux qui auront été jugés coupables.
En dehors de tout faux débat sur l’instance habilitée à trancher, sur la défunte Cour spéciale de justice, sur les  enjeux extra-juridictionnels qui peuvent entourer une affaire, le cas Laâfora, que la Justice, en l’absence de preuves, aurait bien pu innocenter, pose un seul problème. Il est de taille et va au-delà d’une simple affaire pour embrasser toutes les facettes de la gestion dont le pays fait l’objet : l’effectivité de la loi.

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