Camisole de force pour un assassin

Camisole de force pour un assassin

«Ils m’ont dit que j’ai tué mon ami, mais je ne me souviens de rien », a balbutié Mustapha à voix basse. Le président de la Cour d’appel de Safi lui a demandé de lever sa voix pour être entendu par les deux assesseurs et le représentant du ministère public. Cependant, Mustapha a préféré garder le mutisme. Il ne voulait plus parler, ni répondre aux questions de la Cour. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Pourquoi a-t-il choisi de se taire ? Le président lui a demandé à la énième fois de répondre. Mais en vain. Son avocat, constitué dans le cadre de l’assistance judiciaire, a sollicité la Cour de renvoyer son dossier à la fin de l’audience pour que le mis en cause prenne son médicament. Une fois la requête acceptée, le mis en cause a été conduit hors de la salle du tribunal pour prendre ses médicaments et se reposer pour quelque moment, le temps que la Cour termine l’examen d’autres dossiers. Mais qui est Mustapha et quelle est son histoire ?
Ce natif de Talmeste, province d’Essaouira, en 1978, n’a jamais mis les pieds à l’école. Il a grandi dans son douar et passait son temps à arpenter de large et de long les différents coins du douar. Il fumait de temps en temps des joints. Au fil du temps, il a commencé à délire. Il souffrait d’hallucinations. Ses parents n’étaient pas au courant qu’il s’adonnait au haschich. Ils lui ont demandé à maintes reprises de ne plus fumer des cigarettes. Mais en vain.
D’un joint à l’autre, il a fini par devenir un accro de cette drogue. Pis encore, il commençait à perdre raison et à divaguer. Il ne contrôlait plus ses comportements et ne maîtrisait plus ses paroles. Ses parents l’ont conduit chez des f’kihs. Son état de santé ne s’est pas amélioré. Ils décidèrent alors de s’adresser à des médecins spécialistes. Il s’est avéré que Mustapha souffrait d’un trouble psychique connu sous le nom de schizophrénie. Les traitements médicaux se multipliaient mais sans résultat notable. Son état de santé se détériorait surtout s’il arrêtait de prendre ses médicaments. Il devenait très agressif.
De temps en temps, il quittait le foyer parental et errait dans la nature. Il ne s’y retournait que quelques jours plus tard. Parfois, il est en proie à une véritable crise de psychose : il hurlait, criait, frappait, agressait, violentait…. Il se transformait en un monstre capable de tuer.
C’est malheureusement ce qui lui est arrivé ce jour du drame. Il était en compagnie de son ami Mohamed, un mendiant du même âge que lui. Ils passaient ensemble la majorité de leur temps. Ils étaient ce jour au souk de Talmest. Ils y sont passés toute la journée. Le soir, ils ont décidé de rentrer au douar. À mi-chemin, Mustapha a remarqué une barre en fer jetée par terre. Il l’a saisie. Son ami, le mendiant, le regardait en marchant à côté de lui. Soudain, Mustapha s’est arrêté. Son ami, Mohamed, s’est arrêté mais sans comprendre la raison. Mustapha s’approcha de lui et le fixa des yeux. Mohamed a remarqué que les yeux de son ami Mustapha étaient rouges comme une braise. Et pourtant, il n’avait pas pris ses précautions. Il lui a même demandé de précipiter ses pas pour ne pas perdre de temps. Sans lui permettre d’achever sa phrase, Mustapha lui a asséné un coup sur la tête. Mohamed a lancé un cri strident. Il lui a donné un deuxième coup, puis un troisième. Mohamed est tombé par terre.
Des riverains se sont intervenus pour l’immobiliser et alerter les gendarmes. À l’arrivée de ces derniers, Mohamed a déjà rendu l’âme. Les riverains leur ont confié Mustapha qui était encore dans un état hystérique. Les éléments de la gendarmerie ont tenté vainement de le calmer. Il a continué à crier comme un enragé. Ils ont fouillé ses poches et ont mis la main sur un médicament. L’un des gendarmes s’est dépêché aussitôt vers une pharmacie pour demander explication. Le pharmacien lui a affirmé que le médicament est prescrit en principe pour un schizophrène. Le gendarme donna alors le médicament à Mustapha. Ce dernier se calma un moment plus tard.
Devant la Cour, Mustapha garda encore le mutisme. Il se contentait de regarder les magistrats. Le président de la Cour examina le rapport médical élaboré par l’hôpital psychiatrique de Marrakech. Il l’a jugé, suivant l’avis des experts, non responsable de ses actes lors du crime. Ainsi, Mustapha a été interné à l’hôpital psychiatrique de Marrakech.

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