CAN : Lions, Chats, aigles et fauvettes

Il y a des Aigles du Nigeria, de Carthage (Tunisie) et du Mali, des Fennecs d’Algérie et des Lions de l’Atlas. Mais nul n’ignore que des lions, il n’en reste plus rien dans l’Atlas, l’espèce si particulière au Maroc ayant disparu depuis très longtemps et il n’en reste que des gênes que portent pompeusement des bâtards de zoos. Et si l’idée de coller un oiseau où un animal sur la cocarde d’une équipe est compréhensible dans la mesure où la démarche peut être considérée comme un geste lié au souci de faire bénéficier l’espèce de la sympathie dont jouit la sélection sportive au sein du public, le sens de la présence, dans les armoiries d’une équipe, de l’image d’un animal totalement disparu est pour le moins incompréhensible.
Au lieu de parler des quelques « Lions Indomptables » qui se font dompter aux quarts de finale pour retourner au Cameroun rugir en ventriloques, et de « Lions de l’Atlas » qui ont, depuis belle lurette, cédé les vallées des prestigieuses montagnes à l’homme qui continue à y sévir dans le mauvais sens, n’est-il pas plus censé d’associer les exploits de nos jeunes footballeurs (où le beur a l’honneur de tenir une bonne place grâce aux moyens qu’on lui assure dehors) à ces « cèdres », dont certains plusieurs fois centenaires, qui vivent quotidiennement sous la menace de la tronçonneuse de ces « sans coeur » de trafiquants de bois qui, en mèche quelque part dans les rouages locaux, ne voient dans le vénérable arbre qu’une source de bois de chauffe et donc de profit.
La tour d’ivoire n’a jamais été synonyme de bonne chose. Au lieu d’y camper avec nos Lions imaginaires, il nous appartient plutôt de descendre sur terre et de rechercher ce que nous pouvons faire pour éviter que nos chats sauvages de l’Atlas ne subissent le même sort que leurs cousins de taille plus imposante. En fait, au lieu de débiter des lallations à tout bout CAN en parlant de Lions et d’Aigles, on serait plus près de la réalité en disant, tout simplement, que ce sont des Chats de l’Atlas qui sont allés enlever leurs plumes à ces alouettes et autres fauvettes d’Afrique. Et cela n’enlèverait rien au prestige des valeureux joueurs, la taille du petit félin étant plus imposante que celles de ces petits volatiles. Le chat a eu le mérite d’avoir été efficace : c’est l’essentiel et c’est réaliste. Dans une discussions pas très sérieuses à propos de Lions et d’Aigles, quelqu’un a livré le fond de sa pensée sous forme d’anecdote. C’est l’histoire d’un Chat et d’un Aigle. Le premier était à l’affût près d’un terrier de souris et attendait l’hypothétique apparition du rongeur pour s’en servir comme plat de résistance. Le second venait de dévorer une copieuse proie fraîchement tuée et de prendre les airs en vol plané, histoire de digérer tranquillement son lourd repas et de voir le monde se rapetisser sous son envergure au fur et à mesure de son ascension. Mais l’oeil perçant de l’aigle accroche par hasard le pauvre petit félin en attente et, à l’esprit du rapace, vint l’idée d’en faire un délicieux dessert. En fait, il n’avait encore jamais goûté du chat et c’est l’occasion d’en avoir le coeur net sur sa saveur. Il fonce alors, prend l’animal dans ses serres et remonte au ciel. Ce fût faire sans compter sur l’instinct combatif du prédateur quadrupède qui, profitant des maladresses de la manoeuvre du rapace qui voulait l’achever pour en finir avec ses entortillements, lui prend la tête dans la gueule et y enfoncer ses crocs. Du coup, la notion de chasseur et de proie perd tout son sens et les deux protagonistes du drame finissent par retomber en tournoyant sur le sol, le chat par dessus l’aigle.
Le félin, encore étourdi, s’assure que son agresseur ne peut plus lui faire aucun mal et, remerciant Dieu pour la manne, il se dit : « Oh! quelle chance ! il y quelque instant, je n’espérais qu’une pauvre souris pour calmer la faim qui me tiraillait les tripes et me voilà sur un beau festin après une jolie balade dans les airs, avec les émotions en prime ».
Le chat n’oublie pas que ce n’est que parenthèse et que, sous peu, il lui faudra reprendre sa maraude près des trous de souris. Ce n’est peut-être pas le cas de ces hommes aux anges parce que leurs chats viennent de plumer quelques alouettes. L’homme colle à ses divagations et quand on le bouscule pour le réveiller de cette indécrottable torpeur plus ou moins momentanée qu’inflige la « pilule Foot », il vous traite de « nihiliste », de « défaitiste », voire de « traître ». Mais si l’idée d’aimer que « ça marche bien dans toutes les activités » du pays pour que la joie que procurent les exploits sportifs de nos compatriotes ne soit qu’un éphémère complément au bien-être général et durable, le risque de se faire traiter de rabat-joie devient superflu devant le courage de dire que le traître se trouve du côté de la barrière où se tissent les manigances qui empêchent la machine de tourner en rond, plus ou moins pour tout le monde.

• Mohammed Sarhrouny

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