Cancer du sein : Une concertation entre médecins est obligatoire avant le traitement

Cancer du sein : Une concertation entre médecins est obligatoire avant le traitement

Entretien avec Dr Houriya Amrani Mikou, radiologue-sénologue, spécialiste en imagerie de la femme

Le cancer du sein est le premier cancer chez la femme dans le monde. Une femme sur 8 est atteinte d’un cancer du sein. Le dépistage précoce reste le seul moyen pour lutter contre cette maladie.

ALM : Quels sont les moyens disponibles pour le dépistage du cancer du sein au Maroc?

Dr Houriya Amrani Mikou : La mammographie demeure le principal examen pour effectuer le dépistage précoce du cancer du sein. Cette technique a évolué, la mammographie numérique a permis d’améliorer la qualité de l’image. En plus de la mammographie, nous utilisons la tommosynthèse qui est l’imagerie 3D du sein. Cette technique a facilité la détection de tout petits cancers qui sont cachés dans le parenchyme glandulaire dense. Nous sommes amenés aussi à utiliser l’échographie avec une sonde de haute fréquence qui permet de caractériser certaines images difficilement interprétables en mammographie. Chez les populations à haut risque familial, où le cancer du sein survient chez les femmes âgées de moins de trente ans, nous utilisons l’IRM comme moyen de dépistage pour éviter l’excès d’utilisation des rayons X.

Quels sont les gestes essentiels à effectuer par la femme pour être attentive à une éventuelle anomalie bénigne ou maligne au niveau de son sein ?

Déjà, les femmes doivent effectuer leur consultation de gynécologie tous les 6 mois. Elles devront effectuer la première mammographie de dépistage à partir de l’âge de 40 ans. Ceci dit, les femmes peuvent être attentives à leurs glandes mammaires. Elle peuvent se palper les seins lors de la prise du bain. Nous conseillons à la femme de se mettre en face d’un miroir, de lever le bras gauche puis avec la main droite, les doigts bien à plat, se palper toute la glande mammaire. Elle fera attention à la présence d’une éventuelle boule anormale, une grosseur ou une rougeur. Puis elle devra passer sa main dans le creux axillaire pour détecter un éventuel ganglion anormal. Après avoir palpé le côté gauche, de la même manière elle devra examiner le côté droit. Il faut aussi faire attention à la présence d’une goutte de sang au sein de son soutien-gorge, chose qu’elle devra signaler à son médecin. Elle devra examiner les mamelons pour voir s’il n’y a pas un écoulement. Bref, toute anomalie observée telle que rougeur anormale d’un sein, chaleur anormale, phénomène de peau d’orange, aspect de capitonnage de la peau, etc., devra alerter la patiente qui sans plus tarder prendra rendez-vous chez son médecin gynécologue qui effectuera un examen clinique minutieux des seins et prescrira au besoin une mammographie et ou une échographie, voire une IRM mammaire.           

Quelles sont vos recommandations par rapport à la périodicité de l’examen mammographique ou autre chez la femme saine ?

Chez la population générale des femmes, les recommandations internationales conseillent d’effectuer une mammographie tous les deux ans. La première mammographie devra être réalisée dès l’âge de 40 ans. Pour les cas particuliers des femmes qui ont un haut risque familial, la mammographie sera pratiquée chaque année et pourra même être couplée à une échographie et/ou une IRM mammaire.

Quelle est généralement la périodicité de cet examen chez la femme atteinte et traitée complètement ?

Chez une femme traitée pour néoplasie du sein, l’examen mammographique de surveillance est annuel et à vie. Tous les ans, la patiente devra faire une mammographie avec, éventuellement, un complément échographique. Il est clair qu’en plus de cet examen, le reste du bilan lui sera prescrit par son oncologue.

En tant que radiologue, quels sont vos moyens pour sensibiliser de votre côté le patient qui est pris en charge surtout par le médecin traitant ?

Le médecin radiologue joue un rôle important auprès de la patiente. Tout d’abord nous rassurons les femmes qui sont toujours angoissées par la peur de diagnostiquer un cancer. Nous expliquons que ce qu’on découvre par les examens radiologiques n’est pas toujours un cancer. En revanche, on laisse toujours au médecin  prescripteur la tâche de faire l’annonce dans le cas contraire. Notre rôle essentiel est de sensibiliser les femmes à l’intérêt du diagnostic précoce du cancer du sein et de leur expliquer qu’elles doivent continuer leur contrôle de manière régulière tous les deux ans.

Dans le cas d’un cancer diagnostiqué, quelles sont les précautions à prendre avant la chirurgie du sein ?

Une fois qu’un cancer est diagnostiqué par la mammographie, la confirmation histologique par microbiopsie de la tumeur devient indispensable avant toute prise de décision thérapeutique. Cette analyse histologique permet de donner l’équivalent de la carte d’identité de cette tumeur. Les différents éléments donnés par l’examen anatomopathologique permettent d’effectuer des thérapies ciblées et spécifiques à la patiente. Pour exemple, il y a des tumeurs qui ne doivent pas être opérées avant d’avoir instauré une chimiothérapie première. Une chirurgie hâtive et mal indiquée peut diminuer les chances de guérison chez la patiente. Une fois le diagnostic histologique de la masse tumorale est obtenu grâce à la microbiopsie, une réunion de concertation multidisciplinaire est programmée composée d’oncologues, de radiologues,  de chirurgiens, d’anatomopathologistes… A l’issue de cette réunion, une décision thérapeutique spécifique est proposée à la patiente, en fonction des résultats de la microbiopsie. A titre d’exemple, il sera proposé: intervention chirurgicale partielle ou radicale, curage des ganglions axillaires ou pas, chimiothérapie ou pas, hormonothérapie ou pas….

Quels sont les enjeux auxquels est confrontée la profession des radiologues pour faire avancer les actions de dépistage ?

Le diagnostic précoce du cancer du sein doit être une priorité au niveau national. Notre souhait est que le ministère de la santé instaure un dépistage obligatoire du cancer du sein chez toutes les femmes à partir de la quarantaine. Le coût du dépistage est bien moins onéreux que celui d’un traitement de cancer. Nous souhaitons que les centres de santé éloignés des grandes villes soient équipés avec du bon matériel numérique. Enfin la formation continue du personnel médical et paramédical pour qu’il soit qualifié à effectuer le dépistage précoce du cancer du sein est très importante.

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