Casa, la rurale

En l’an 2003, charrettes, carrosses et koutchis sillonnent à longueur de la journée les artères de Casablanca. Souvent, comme c’est le cas du boulevard Harti et du boulevard le Golan et aux environs du Marché de Gros, les voies réservées en principe aux véhicules à vignette sont tracées de grandes lignées de crottin de cheval répandu un peu partout, et dont l’odeur empeste l’atmosphère.
Il est vrai que dans un temps ultérieur les charrettes seront interdites d’accéder au centre ville, mais les autres préfectures vivent jusqu’à nos jours ce grand paradoxe urbain. De même que le commerce de l’avoine et les marechaux-ferrants subsistent encore à la ville blanche. Que ce soit à sidi Bernoussi, au Douar Lahraouyine, à Sidi Moumen ou à Douar Sekouila, il s’agit quand même du Grand Casablanca. La faculté de Ben M’sick est connue pour ses activités culturelles et ses manifestations littéraires et artistiques de grande envergure.
Dans les parages de cette Faculté, des dizaines d’ânes traînent en toute liberté et quand ils sont fatigués, ils s’adossent au mur d’enceinte de la Faculté, se mêlant aux étudiants dans un esprit très fair-play. Certes, nous ne sommes plus dans les temps ou les animaux s’aventuraient jusque dans les cours de récréation des écoles comme c’était le cas dans les années 70, mais cet aspect d’urbanisation frustrante pèse tout de même sur les nerfs des casablancais. Entre la flambée du coût de la vie, la propagation vertigineuse des produits et des services de luxe d’un côté et le phénomène de la rurbanisation qui continue de sévir il y a de quoi s’inquiéter.
Dans la capitale économique, les meutes de chiens errants, les fouineurs nocturnes des ordures qui se déplacent dans leurs charrettes tirées par des ânes, et l’élevage de volailles et parfois de bétail en pleine zone urbaine, font partie du paysage quotidien. Autant dire que dans certains coins de la ville, l’urbanisation est une notion totalement abstraite.
Les propriétaires des charrettes et des koutchis se considèrent comme des victimes du développement et de la modernisation.
Dans les années soixante et soixante-dix, ces attelages étaient fortement sollicités pour les vagues besognes, transport de matière de construction, évacuation des débris industriels, tandis que dans la banlieue et les quartiers éloignés, ils constituaient le seul moyen de transport disponible. En tout cas, ils étaient plus que tolérés. Ce n’est qu’à partir du milieu des années 80 que la présence des charrettes commence à être remise en question. La capitale économique prenait de plus en plus de dimension faisant ainsi décupler le nombre de véhicules toutes catégories confondues.
Tous les efforts du gouvernement actuel et des autorités locales sont concentrés sur la lutte, contre la pauvreté, contre l’habitat insalubre, contre l’analphabétisme etc… Mais comment faire pour combattre ces aspects de «ruralisation » fichtrement ancrés dans une réalité marquée par la précarité ? Les propriétaires des carrosses et des charrettes se considèrent dans un cadre légal puisque le parc animal circule côte à côte avec le parc automobile. Ils se comptent par milliers et, parler d’une éventuelle disparition de cet aspect rural de la ville relève pratiquement du miracle, du moins à moyen terme.

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