mars 24, 2017

Casablanca sans marchands ambulants !?

L’expérience de Sidi Bernoussi sera généralisée dans toutes les préfectures

La prolifération des étals anarchiques n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Le conseil de la ville de Casablanca veut stopper ce phénomène et intégrer ces marchands dans le circuit formel.

A Casablanca, les marchands ambulants ont envahi presque tous les espaces publics. Ils ne squattent plus uniquement le voisinage des marchés, ils sont sur les bords des routes, devant les habitations, les centres commerciaux, à côté des cafés, à proximité des jardins publics. La prolifération des étals anarchiques n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Le conseil de la ville de Casablanca veut stopper ce phénomène et intégrer ces marchands dans le circuit formel. Ce projet a d’ailleurs figuré à l’ordre du jour de la session du conseil de la ville qui s’est tenu les 2 et 3 février. A ce sujet, Abdessamad Haiker, premier vice-président du conseil de la ville, signale que l’expérience des platesformes de proximité (PCP) à Sidi Bernoussi sera généralisée au niveau de toutes les préfectures de Casablanca. «Nous ne sommes qu’à la phase préliminaire. Nous avons mandaté Casa Développement pour la création et la gestion des espaces», indique M. Haiker.

Naissance des PCP à Sidi Bernoussi

En arrivant à Sidi Bernoussi, la première chose qui nous interpelle est la propreté des artères et l’absence des marchands ambulants. Chose qui était inimaginable il y a encore quelques années sachant que Sidi Bernoussi concentrait le plus grand nombre de «ferrachas». Sidi Bernoussi a aujourd’hui changé de visage avec la création des centres commerciaux de proximité et des espaces verts.

A l’origine des PCP, l’Association de développement des espaces publics (ADEP), appuyée par l’INDH ( Initiative nationale pour le développement humain) et Mohamed Ali Habouha, gouverneur  d’arrondissements de Sidi Bernoussi. «L’idée des commerces de proximité est née il y a 4 ans en raison du nombre impressionnant de marchands ambulants à Sidi Bernoussi. Ceux –ci avaient envahi la rue 39 appelée « l’Oued Lekibr» et la rue 28 «L’Oued Seghir».  Au niveau de ces deux rues, aucune voiture, ni ambulance, ni sapeur-pompier ne pouvait y passer», affirme Jamal Daloul, secrétaire général de l’ADEP. Partant de ce constat, l’association a décidé de passer à l’acte pour créer des commerces de proximité. Il faut dire que celle-ci a rencontré beaucoup de difficultés pour mettre en œuvre son projet en raison de plusieurs lobbies. «Il y avait une véritable mafia exercée par les anciens marchands. Ceux-ci louaient leur étalage ou «l’Hata» entre 1.500 à 3.000 DH par mois sans compter le loyer pour l’éclairage, à savoir 50 DH par mois pour une ampoule Led et 100 DH pour une ampoule classique. Les marchands devaient aussi payer une location de 250 DH mensuellement pour déposer leur étalage dans des garages». En calculant ces différentes charges, un marchand ambulant se retrouvait à payer jusqu’à 3350 DH par mois. La première plate-forme de commerce de proximité (PCP) à Sidi Bernoussi a été crée en 2015 . Six mois plus tard, une deuxième a ouvert ses portes au quartier Al Firdaous. La création de ces plates-formes a changé la vie des marchands ambulants. C’est le cas de Said, vendeur de jus à l’espace de restauration «Maclati» qui, signalons-le compte 20 bénéficiaires.

«Je gagne beaucoup plus qu’auparavant. Les clients sont nombreux. Il y a une grande affluence dans cet espace, à savoir plus de 1.500 personnes par jour. Nous avons aussi la chance de travailler dans un espace sécurisé et très propre». En plus de ces divers avantages, les bénéficiaires des PCP ont moins de charge à payer. «Auparavant, je devais payer 80 DH pour la location d’un espace de quelques mètres carrés soit 2.400 DH par mois. Aujourd’hui, je ne paie plus que la moitié». En effet, selon le règlement intérieur des PCP, le bénéficiaire doit payer 1.200 DH, soit 40 DH par jour pour l’espace qu’il loue. A ceci s’ajoutent 5.000 DH de droit d’entrée et une caution de 1.000 DH pour l’équipement qui lui est fourni. Par la suite, la caution lui sera rendue si le matériel a été bien entretenu, explique M. Daloul. Il faut bien noter que la location mensuelle de 1.200 DH est destinée à payer les agents de sécurité, les femmes de ménage ainsi que l’eau et l’électricité.

Anassi : Une nouvelle plate-forme ouvrira ses portes en mars

Une troisième plate-forme de proximité au quartier Anassi (Sidi Moumen) ouvrira ses portes au début du mois de mars 2017 . Ayant effectué une visite sur le terrain, nous avons pu constater que les travaux sont en cours de finalisation. Ce projet a nécessité une enveloppe budgétaire de 6 millions de dirhams et s’étend sur une superficie totale de 3.550 m2. Ainsi, 280 marchands auront leurs stands sur ce marché, flambant neuf. A ceci s’ajoute l’espace Maclati qui comptera 20 bénéficiaires. Ce qui porte à 300 le nombre total de bénéficiaires. Un espace sera aménagé uniquement pour l’habillement. L’autre concernera les rayons fruits et légumes et les poissonniers. Ces derniers disposeront d’une machine à glace pour garder au frais le poisson. Des poubelles spéciales et un système des égouts seront mis en place pour l’évacuation des déchets. Cette plate-forme comportera des douches pour les agents de sécurité, des toilettes pour hommes et pour femmes. Notons que des toilettes pour personnes en situation de handicap ont été mises en place et respectant les normes en vigueur (hauteur de la cuvette, barres horizontales fixés au mur, matériaux adaptés à une hygiène quotidienne, mécanisme de chasse d’eau accessible et facile d’utilisation).

Aussi faut-il faire remarquer qu’au niveau des PCP, des agents veillent à la sécurité des marchands et des citoyens. «Ce que l’on appelle «les faux agents» sont en fait des agents de sécurité habillés en civil qui assurent la sécurité à l’intérieur des plates-formes. Les autres, travaillent à l’extérieur», indique M. Daloul tout en précisant que «56 caméras de vigilance et quatre caméras Speed Dom ont été installées pour les différentes plates-formes. A terme, 24 structures similaires sont programmées sur l’ensemble du territoire de la préfecture de Sidi Bernoussi. Actuellement 6 PCP sont en cours de construction sans compter celui-ci d’Anassi».

Des conditions strictes à remplir

Il est important de noter que les marchands dans ces platesformes ont un contrat à durée déterminée ( CDD) de 2 ans . Celui –ci est renouvelable tous les deux ans. Des critères bien précis ont été établis pour les bénéficiaires. En termes de recrutement, la priorité est accordée aux habitants du quartier. «Au total, 53 postes de travail vont être créés pour Anassi», précise M. Daloul. Il faut aussi signaler que l’espace qui est loué ne peut être légué à une autre personne. En cas de décès du locataire, c’est son épouse qui prend la relève.

Pour éviter tout cas de corruption et pour plus de transparence, le système de tirage au sort a été mis en place pour l’emplacement des marchands. Autre mesure importante à relever : les bénéficiaires sont recensés dans une base de donnée et chacun d’entre eux a un code spécial.

En vertu du règlement intérieur des PCP, les marchands sont soumis à des sanctions. Un système de retrait de points a été mis en place comme le permis de conduire. Le marchand dispose au total de 20 points. En cas de mauvais traitement avec le client, il y a un retrait d’un point. Si le marchand fait un scandale ( retrait de 3 points). En cas de retrait de 5 points, le marchand est contraint de fermer et de ne pas travailler une journée par semaine. La sanction double en cas de retrait de 10 points. Après un retrait de 20 points, il n’ a d’autre choix que de quitter les lieux définitivement.

Des formations pour les bénéficiaires

L’Adep, accompagne les bénéficiaires en organisant des séances de formations. L’objectif étant de les sensibiliser et les accompagner pour l’inscription en ligne au statut d’auto-entrepreneur.

Ce qui leur permettra par la suite de bénéficier de nombreux avantages. Ils pourront ainsi accéder aux crédit pour acheter par exemple une maison.

En cas de maladie, l’association les aides financièrement (scanner, achat de médicaments en cas de maladie chronique…).

2 Comments

  1. Assane Dieng

    Bonsoir
    Je viens de lire votre article et cela a une grande importance pour moi et mes frères
    En effet je suis sénégalais vivant avec ma famille à Anassi et disposant d’une table derrière le commissariat
    Je voulais interpeller les autorités qui ont en charge ce programme pour que nous faciliter les démarches et de nous donner la chance de travailler librement au même titre que les Marocains
    Comme vous le savez la majeure partie de mes compatriotes font du commerce et n’entrent pas dans des choses illicites
    Je vous exhorte à nous faciliter les démarches et de nous permettre d’accéder à ces espaces afin de pouvoir travailler
    Vive le roi que dieu le garde et vive le Maroc

    Reply

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