«Ce n’est la faute à personne»

«Ce n’est la faute à personne»

ALM : Vous êtes un expert indépendant choisi par la commission européenne pour superviser le projet MEDA relatif aux infrastructures sportives au Maroc. En quoi consiste votre rôle exactement ?
Chico Kebsi : Ma mission consiste à assurer et à coordonner l’ensemble des démarches de la formation des cadres et de leur redéploiement. Il y avait vingt formateurs et 150 animateurs supervisés par quinze experts internationaux et une dizaine de cadres marocains. Vous vous êtes occupé de la formation, mais il existe le côté investissement aussi qui a complètement foiré. Ce volet de formation a été finalisé dans sa totalité et a été ponctué par la création d’un centre de ressources et et d’initiatives à Rabat. Cet organisme a pour objectif d’enseigner les nouvelles techniques pédagogiques qui serviront d’outil pour la réinsertion des jeunes dans les sites sportifs. Outre la formation, cette convention a été signée fin 1998 entre le Maroc et l’Union européenne pour la construction de 21 sites sportifs à travers le Royaume et la formation des formateurs. Mais, outre les infrastructures, ce projet rentre dans un cadre philosophique plus vaste qui dénote une volonté sincère de l’Etat à encadrer une jeunesse désorientés par le chômage, l’exode et autres vices de la société moderne. Le sport offrant par définition une immunité contre tous les dérapages, il était naturel que les pouvoirs s’investissent dans ce projet avec volonté et détermination. Mais le projet global a été clôturé par la commission européenne pour non-exécution et non-respect de multiples délais. C’est vrai que les services concernés ont accusé un retard au départ de ce projet en 1998. A mon avis, ce retard est dû à plusieurs changement à la tête des responsables du projet dont certains étaient contraignants. Mais la vraie cause de la clôture de ce projet par l’UE réside dans le fait que le budget qui lui a été réservé n’a pas été décaissé. Le scannig de la commission qui supervise prés de 1.700 projet à travers le monde a démontré que certains projets n’avançaient pas. Il y avait le programme marocain et d’autres qui ont été clôturés d’office sachant que la commission avait besoin d’affecter à d’autres rubriques. Mais le volet de l’assistance technique, qui s’est avéré infructueux, ne rentre pas dans cette consideration. L’appel d’offre relatif à l’assistance technique a été infructueux à deux reprises. D’abord parce que le budget de 1,5 million de dirhams qui lui était réservé est très insuffisant pour couvrir les frais qui lui sont afférents. Ensuite il n’existe pas beaucoup d’experts dans ce domaine pour pouvoir se satisfaire d’un budget qui s’étale sur une période qui peut durer entre un an et 18 mois. Ceci étant il faut rendre hommage à l’Unité de gestion du projet( UGP) dépendant du ministère de la jeunesse qui a pris en charge ce volet. Cette unité est composée de professeurs compétents à même de récolter l’information et de la diffuser à travers l’ensemble du Maroc. Je dirais autant pour le secrétaire général du département sport, Abderrahmane Zidouh , sans risque de paraître complaisant . C’est un homme qui a hérité d’un dossier assez complexe qui a longtemps traîné dans les tiroirs. Il a fallu même les défoncer à deux reprises quand deux fonctionnaires ont été arrêtés par la justice concernant des affaires qui n’ont rien à voir avec le ministère. Il faut aussi admettre que l’administration marocaine n’a pas été réactive, notamment dans certaines Wilayas et les communes concernées par ce projet. Mais dans l’ensemble, la plupart des conseils comunaux et des gouverneurs ont été très coopératifs.
Que faut-il faire aujourd’hui pour sauver la jeunesse de ces villes et convaincre la commission européenne afin qu’elle revienne sur sa décision ?
Je ne suis pas dans le secret des Dieux mais, comme le délai imparti à ce projet n’est pas encore terminé, il est toujours possible d’argumenter mieux. C’est pour cela qu’il faudrait que tous les intervenants se mobilisent pour expliquer l’utilité sociale et politique du projet pour la jeunesse marocaine. J’estime qu’il ne faut pas trop dramatiser et accabler tous les responsables de négligence et d’incompétence. Je crois qu’il existe au Maroc, comme dans tous les pays du monde, des bons et des mauvaise gens. Et je peux vous assurer par mon expérience dans d’autres pays qu’il n’existe pas beaucoup plus de mauvais fonctionnaires au Maroc qu’ailleurs.

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