Ce que nous vendent les médias: Séries télévisées, langues de diffusion, origine des œuvres…

Ce que nous vendent les médias: Séries télévisées, langues de diffusion, origine des œuvres…

Un récent rapport de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) vient mettre la lumière sur les tendances de consommation des produits et œuvres que proposent nos chaînes. Ce sont Medi1TV, 2M TV et Al Aoula qui ont fait l’objet de ce document descriptif et détaillé sur 24 pages. Une occasion de s’arrêter sur la question des cahiers des charges imposés par le ministère, leur efficience et leur respect par ces chaînes.

Les cahiers des charges exigent un quota de diffusion des œuvres cinématographiques aux chaînes télévisées, notamment à la Société nationale de radio et de télévision (SNRT), Soread 2M et Medi1Sat.  Ceci s’est fait, selon la HACA, «dans un objectif de revaloriser la culture et les arts chez les spectateurs».  Bien que l’adoption de ce système ait connu des résistances dans le milieu de la production, leur mise en œuvre se fait de manière progressive. Ainsi, selon ce rapport, Al Aoula qui a diffusé 14 longs métrages et 18 courts métrages marocains ne se serait pas pliée aux exigences qui lui sont imposées.

La chaîne était, en effet, tenue de consacrer dans sa grille une programmation d’œuvres marocaines qui soient le double de celles étrangères. Or, à lire les chiffres relatifs à l’année 2014, 54% seulement des œuvres cinématographiques diffusées étaient de production marocaine tandis que 46% provenaient d’une boîte étrangère.  2M TV a, quant à elle, respecté son cahier des charges en diffusant 11 longs métrages et un court métrage de production marocaine en 2014.  Dans ce tableau, Medi1TV n’a pas été soumise à l’étude en raison de son changement de statut et son passage de chaîne publique à privée en mai 2014. Ceci dit, après révision du cahier des charges, Medi1 a l’obligation de diffuser quatre œuvres cinématographiques marocaines par an, et ce depuis janvier 2015.

Loin de cette question de quota, un focus sur le mois d’octobre 2015 relève que sur les trois chaînes, les séries télévisées dominent le reste des œuvres cinématographiques avec un taux qui dépasse parfois les 77% (le cas de 2M, ndlr). Ce même rapport indique qu’en termes de langues utilisées, le dialecte marocain occupe une place prépondérante avec 74% du volume global des films proposés par Al Aoula, contre 22% pour la langue indienne.

Pour ce qui est de la fiction, sur la base de 213 épisodes de 30 séries différentes, le rapport indique que le dialecte marocain occupe la plus importante place avec 60,82%, suivi du dialecte oriental (syrien, libanais…) avec 37,28%. L’arabe classique ne dépasse pas les 0,74% de l’ensemble des langues de diffusion. Sur 2M, si l’on comptabilise les séries turques et mexicaines interprétées en darija, c’est en effet ce dialecte qui est le plus employé (87,45%). La seule chaîne où la répartition des langues est peu disparate est Médi1TV. Dans les séries diffusées sur ce canal, c’est le dialecte oriental qui prédomine avec 40%, suivi de la darija qui occupe un peu plus du quart, le français (16%) et enfin l’arabe classique avec près de 18%.

Près de 5,5 millions de téléspectateurs: La série turque «Samhini» frappe fort !

SamhiniQue l’on soit critique envers la programmation des séries doublées en darija ou non, celles-ci drainent un taux d’audience TV monstre. Aussi surréaliste que cela puisse paraître, quatre séries turques doublées en dialecte ont, à elles seules, drainé un taux d’audience dépassant l’ensemble de l’audience attirée par les dix fictions les plus regardées sur Al Aoula.  Un seul épisode de la série turque «Samhini», diffusé sur 2M, a réuni près de 5,5 millions de téléspectateurs pour la journée du 16 octobre 2015. Le taux d’audience des autres séries n’est pas moins impressionnant et jongle entre les 3 et 4 millions de téléspectateurs, en octobre 2015 toujours.

Ces chiffres ne sont pas sans relancer le débat autour de ce genre de produits à faible coût financier mais à grande attractivité. Il est également sans rappeler la position du ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, Mustapha Khalfi, à ce sujet. Pas loin que décembre dernier, les médias avaient relaté son rejet de ces «produits».  Il avait notamment considéré que  les chaînes publiques qui continuent à diffuser ces séries outrepassent ce qui est convenu dans le cahier des charges et que la darija utilisée dans ces programmes nuit à la culture de la société et à l’éducation linguistique des jeunes. Une opinion que l’on comprendrait davantage si on la remettait dans son contexte. En effet, quand le ministre s’était exprimé à ce propos, c’était à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du Congrès national de la langue arabe.

Sur Al Aoula et 2M: Les productions marocaines séduisent (aussi)

Audiovisuels-au-Maroc-Television-1Plus d’un million et demi de téléspectateurs se sont intéressés aux longs métrages diffusés sur Al Aoula au mois d’octobre 2015. Ceci au moment où les courts métrages ont attiré plus de 4 millions de téléspectateurs. «Les quatre œuvres les plus regardées sont de production marocaine», indique le rapport.  Par ailleurs, la série qui aurait raflé la vedette sur cette chaîne s’appelle «Ouladi».

Cette production diffusée en prime time est de 17 épisodes. Elle aurait, à elle seule, cumulé près de 21 millions de téléspectateurs. Sur 2M, ce sont toujours les séries turques qui trônent sur le podium des audiences. Quatre séries de ce genre ont réuni l’impressionnante audience de 41 millions. Ceci au moment où une série appelée «Le prix de l’amour»  a cumulé durant le mois d’octobre uniquement  pas moins de 20 millions de téléspectateurs. Une chose est claire, bien que la production marocaine tente de séduire, les Marocains demeurent friands des productions turques, au grand dam de nos politiques.

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