Ces petits vieux dont plus personne ne veut

Ces petits vieux dont plus personne ne veut

Vieillir peut tourner au cauchemar. Ces 31 pensionnaires en détresse qui passent leurs longues journées dans ce «Centre pour personnes âgées sans abris et sans ressources», situé au quartier Atlas, à Azrou, confirment cette réalité. «Nous sommes tous rejetés par nos familles», affirme Hadj Ahmed Taïaa, âgé de 81 ans. Les larmes aux yeux, il raconte à ALM son histoire. «Je n’ai pas d’enfants, mais j’ai des frères qui habitent à Casablanca», balbutie-t-il sur un ton plein de chagrin. Il était un berger qui gagnait dignement sa vie. Il était marié, mais le divorce l’a condamné à vivre seul, sans compagnon. Certes, il rendait visite, de temps en temps, à sa famille. Il avait même des amis. «Mais, ils m’ont tous abandonné. Personne n’a voulu de moi quand j’avais vraiment besoin d’eux», ajoute-t-i1 sur un ton amer. Enfin, il se réfugie, en 2008, dans ce centre qui abrite actuellement 17 hommes et 14 femmes et qui a été construit avec une enveloppe budgétaire de 1.719.852 dirhams dont la part de la contribution de l’INDH est de l’ordre de 1.203.852 dirhams. Hadj Ahmed est considéré comme l’une des premières personnes âgées qui y sont rentrées puisque ce centre est devenu opérationnel depuis le 24 avril 2008. Hlima Amalou ignore son âge. «J’ai 36 ans ou bien 50 ans», dit-elle tout en mettant sa main sur sa joue. Mais il paraît qu’elle est sexagénaire. «Mon mari m’a répudiée parce que je suis stérile et je n’ai trouvé le soutien de personne», nous confie-t-elle. Contrairement à Hadj Ahmed et à Hlima qui n’ont pas d’enfant, El Kaderi Ben Issa, âgé de 76 ans, a eu un enfant, un ressortissant marocain à l’étranger. «Personne ne s’intéresse à toi quand tu vieillis, ni tes enfants, ni ta famille… Tu deviendras comme une peste», bégaye El Kaderi qui ajoute: «Même ma femme me violentait au point que j’ai quitté la maison». La tristesse trace des rides indélébiles sur son cœur au point de pousser un soupir interminable. Son fils est venu, quelques jours avant la fête d’Al Mawlid Annabaoui, lui rendre visite. Il lui a demandé de l’accompagner chez sa belle-famille à Meknès. «Si ma famille m’a rejeté, comment serai-je accueilli par mes gendres?», s’interroge-t-il. Son fils est retourné à l’étranger tout en le laissant dans le gouffre de la détresse. Moulay Ali Ben Youssef est son aîné de 12 ans, mais il partage avec lui le même sort. Cet homme de 88 ans a pris en charge un enfant qui est actuellement père de deux filles. «Je l’ai pris en charge alors qu’il n’en était qu’à son quarantième jour. Je l’aimais. J’ai pris soin de lui jusqu’au moment où il est devenu jeune. Quand il s’est marié, il m’a jeté à la rue», raconte-t-il tout en fondant en larmes. L’hadja Sfia qui a passé plus de 35 ans comme femme de ménage au complexe de l’artisanat à Azrou s’est retrouvée enfin sans toit. Âgée de 77 ans, elle a gagné dignement sa vie, en travaillant avec abnégation, mais sans avoir ses droits sociaux. Elle aussi accuse la famille de l’avoir jetée à la rue. En effet tous ces trente-et-un pensionnaires expriment leur joie d’avoir trouvé, enfin, un refuge où tout est disponible. «Il y a une seule chose qui nous manque: les soins médicaux et les médicaments», nous confie la majorité des pensionnaires. Certes, un médecin leur rend visite. «Mais, pas régulièrement», révèle un pensionnaire. «Si l’un d’entre nous est gravement malade, il reste alité jusqu’à sa mort», conclue-t-il. Un responsable du centre lui, affirme: «Nous faisons de notre mieux pour qu’ils vivent dignement. Mais rien ne leur plaît».

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