Citoyenneté: Pour une réhabilitation du quartier Gauthier !

Citoyenneté: Pour une réhabilitation du quartier Gauthier !

Du côté des pouvoirs publics, la solution de sélectionner les déchets tarde à venir. D’autres villes ont déjà réussi ce pari pour ne citer que la ville de l’Oriental Oujda.

Poubelles abandonnées à toute heure dans les rues du quartier Gauthier et particulièrement dans les artères principales, vols à l’arraché et démission des parents face à l’échec scolaire ; ce sont là les principaux constats qui ont conduit les habitants du quartier à s’unir pour créer une association de voisinage. A sa tête, Said Sbaytti, professeur de mathématiques et actuellement fonctionnaire au sein de la délégation de l’éducation Casa-Anfa, a fédéré autour du projet plus de membres que prévoit une constitution d’ONG. C’est dire l’inquiétude des habitants… «Les plus anciens se sont rendu compte de la dégradation du quartier Gauthier, autrefois considéré comme l’un des plus beaux de Casablanca, voire du Maroc. En tant que conseiller au sein de la commune, j’ai bien vu que les choses devaient avancer plus vite et c’est bien pourquoi nous avons décidé de créer le mois de décembre dernier, l’organisation», argumente le président de l’association Gauthier Voisinage.

Les missions s’articuleront essentiellement autour de trois axes : environnement, encadrement des jeunes et sécurité. Une action a déjà été menée sur le premier volet auprès de 300 jeunes suite au partenariat avec l’école Abou Aynan. «La sensibilisation des enfants à tous les aspects environnementaux permettra d’en faire des prescripteurs au sein des foyers», poursuit le militant. Le second axe a déjà été initié dans le cadre de l’alliance avec cette dernière école pour accompagner ces jeunes en termes de cours de soutien.
Au niveau de la sécurité, les actions devront également être menées en étroite collaboration avec les autorités car le quartier est de plus en plus sujet à des agressions à l’arme blanche en plein jour…
Pour se faire entendre par les différents citoyens et les pouvoirs publics, une opération nettoyage des rues a eu lieu il y a quelques jours pour donner l’exemple et venir en soutien à la société Sita qui malgré ses passages deux ou trois fois par jour, n’arrive pas à enrayer les dépôts des sacs-poubelles, jetés aux quatre coins des rues, au gré des humeurs de bien des riverains défiant toutes les règles de bienséance !
Cinq points noirs ont été identifiés pour l’heure et les riverains comptent bien prêter main forte au gestionnaire délégué pour sensibiliser le voisinage aux dates de collecte des ordures. «Nous souhaitons enlever les grandes bennes installées par la société délégataire de services car les personnes jettent des plastiques à côté de manière volontaire».

Le constat est réel. Angle rues Moussa Bnou Nouçair et Jean Jaurès, les dépôts d’ordures se trouvent situés près d’une clinique… En face de la commune Chaouia, les bennes à ordures font concurrence aux voitures lors des heures de pointe ! En face d’une boucherie haut de gamme et en face d’une agence bancaire d’une institution des plus puissantes du pays, les sacs d’ordures s’amoncellent à la grande joie des chiens errants. Même les chiffonniers n’arrivent plus à se frayer un passage tellement les odeurs sont nauséabondes.

Autre point névralgique, le coin de rue près du consulat d’Italie. L’image de la benne déversant ses entrailles sur la chaussée ne peut que soulever le cœur de bien des âmes sensibles… Pour rappel, il y a quelques années, un bébé vivant avait été trouvé par les citoyens dans la benne…Les pouvoirs publics en sont conscients mais la mobilisation citoyenne rappelle la nécessité de passer à l’étape suivante et à la réhabilitation du civisme. «Nous comptons sur l’adhésion de tous les habitants de telle sorte à avoir un représentant au moins par rue. Nous devons sensibiliser toutes les personnes pour ne sortir les ordures qu’après 19h. Nous avons en effet constaté que les restaurateurs pour la plupart n’avaient pas d’horaires pour le dépôt des déchets organiques».

Les 17 membres de l’association se rendent compte de la lourde tâche car il s’agit de changer des habitudes et inviter les habitants à plus de civisme. «La tâche est difficile car nous ne sommes que des habitants finalement comme les autres. Nous préconisons qu’une amende soit instaurée, ne serait-ce que de manière symbolique pour accélérer le processus. L’arrêté ministériel existe déjà. Reste à l’appliquer», s’insurge M. Sbaytti.
Du côté des pouvoirs publics, la solution de sélectionner les déchets tarde à venir. D’autres villes ont déjà réussi ce pari pour ne citer que la ville de l’Oriental Oujda.
Le pari est grand mais les habitants du quartier y croient dur comme fer. Les actions de sensibilisation devront être pérennisées. Le soutien des pouvoirs publics représentant une évidence…

Ikram Alabadane Habitante, gérante de magasin de prêt- à-porter dans le quartier et bénévole.
Ikram Alabadane, habitante, gérante de magasin de prêt- à-porter dans le quartier et bénévole.

«J’ai participé spontanément à l’action citoyenne de nettoyage des rues, notamment au niveau des points noirs et je le referai si on me le redemande.

Cela dit, j’ai été très déçue le lendemain de l’opération car les mêmes dépôts de déchets ont été recensés au même endroit.

C’est une question d’éducation et de discipline et il n’y aura à mon sens que l’instauration de l’amende qui dissuadera les habitants de commettre ces actes d’incivisme.

Il y a aussi un manque de bennes surtout au niveau des restaurants. D’un autre côté, le quartier est devenu le fief des clochards et des sans-abri, ce qui signe sa dégradation d’année en année.

Il faut trouver des solutions d’urgence car le quartier est en train de péricliter.

Je suis née dans ce quartier et je le constate au fil des ans. A chaque fois que je trouve quelqu’un commettre un acte d’incivisme, je réagis et je sensibilise. Et je continuerai à le faire car c’est l’affaire de tous!».

Farida-Le-Tacon
Farida Le Tacon, habitante depuis 35 ans, retraitée et bénévole

«Je pense que ce n’est pas aux habitants de nettoyer les rues. Le contribuable paie ses impôts mais le gestionnaire délégué doit remplir son cahier des charges. On veut bien montrer notre bonne volonté mais les moyens doivent être renforcés pour venir à bout de ce fléau.

C’est vraiment dommage car ce quartier résidentiel est l’un des plus convoités de Casablanca. Sa population a augmenté au cours des vingt dernières années et de grands promoteurs ont pris d’assaut tous les terrains constructibles. Doté d’une synagogue et d’une grande école hébraïque, le quartier est également habité par une grande communauté marocaine de confession juive. Ainsi, vivent-ils en bonne intelligence, en harmonie et en bon voisinage.

Quartier situé au centre-ville et bien desservi, l’adoption de l’horaire continu a créé une forte affluence lors des heures de repas compte tenu des multiples restaurants qui se sont créés en son sein. Cette animation de quartier nécessite donc des infrastructures plus importantes et une meilleure implication des autorités compétentes. Hélas, cela ne s’est pas fait et les problèmes augmentent au contraire.
Les bennes à ordures sont trop petites, mal réparties et parfois inexistantes. Les trottoirs sont en mauvais état et/ou sans uniformité. L’occupation abusive des trottoirs par les cafés, restaurants et autres est à signaler aussi. Subsistent des bâtiments vétustes. Les arbres ne sont pas taillés. La présence de SDF est également à signaler…»

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