Combien coûte l’image du Maroc ?

Parfois, au Maroc, on se demande dans quel siècle on vit. Les contrastes, qui agressent le regard et défigurent le paysage, sont partout visibles. Ainsi de l’Aéroport MohammedV à Casablanca. Ici, les passagers, au départ comme à l’arrivée, sont abordés par une camarilla de jeunes poussant des caddies qui lui offre ses services comme porteurs en échange de quelques dirhams. En fait de faux porteurs que la loi ne réprime pas. Cette population désoeuvrée envahit même l’enceinte de l’aéroport. Ce qui pose un problème de sécurité.
Qui sont-ils, d’où viennent-ils ? Ils habitent dans un gros bidonville, s’étendant sur une superficie entre 70 et 80 hectares, à proximité de l’aéroport, devant la porte du pays. Comme ils sont chômeurs, ils ont fait de l’aéroport leur gagne-pain. Dans ce douar sans eau courante, ni électricité, fait de bric et de broc, dépourvu de la moindre infrastructure de base, s’entassent aujourd’hui, dans des conditions de grande insalubrité, près de 1000 familles, soit une moyenne de 5000 personnes. Une véritable bourgade qui s’est développée au fil des ans et au gré du laisser aller des pouvoirs publics .
Les habitants, pour la plupart pauvres, vivent entre autres de l’élevage : vaches, boucs, moutons et poulets… La campagne en pleine zone aéroportuaire. Un voyageur étranger qui débarque dans un aéroport moderne et qui se retrouve, quelques encablures plus loin, face-à-face avec une bête sur la route. C’est à ne rien comprendre. Le choc des images. Une tache noire dans le décor, un préjudice énorme pour l’image du pays et des risques permanents pour la circulation.
Du côté des autorités compétentes, on est aujourd’hui sensibilisé par ce problème sérieux sur lequel se penche depuis quelque temps une commission interministérielle formée des départements concernés : l’Habitat, le Transport et l’Intérieur. Plusieurs réunions ont eu lieu regroupant l’agence nationale de lutte contre l’Habitat insalubre (ANHI), l’Office national des Aéroports (ONDA), la préfecture de Hay-Hassani-Aïn Chock, le conseil municipal de Nouaceur et l’agence de logement militaire (ALM).
En guise de contribution pour la résorption du bidonville, cette agence a fait don d’un terrain d’une vingtaine d’ hectares sur la route de Berrechid. L’ANHI de son côté s’est proposée de prendre en charge la construction des habitations nécessaires, soit 1000 logements de 50 mètres carré chacun dont le prix de revient est estimé à quelque 120.000 Dhs. Une enveloppe globale de 120 millions de Dhs. Cependant, l’ANHI ne veut pas financer la totalité du projet, exigeant que les bénéficiaires participent à hauteur de 50%, soit 60.000 Dhs par logement. Or, ces derniers peuvent-ils débourser une telle somme ?
C’est là justement que les choses se gâtent. Du côté des responsables de la commune de Nouaceur, on met en avant un discours populiste, voire démagogique en défendant la thèse des “bidonvillois sans ressources“ qui n’ont pas les moyens de s’acquitter de leur quote-part. Résultat : le problème est en suspens, et personne ne veut trancher. Qui va financer cette opération ? On en est à ce stade. Une chose est sûre : le projet risque de traîner en longueur si on suppose qu’il faut quatre ans pour régler la question du financement et le même délai pour achever les travaux de construction.
Pas moins de huit ans donc sont nécessaires, faute de pouvoir trouver une solution à ce bidonville qui risque de grossir de jour en jour. Ceci dit, combien coûte l’image du pays ? La somme de 60 millions de Dhs est-elle trop élevée au regard du tort occasionné par cette honte à la devanture du pays?

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